REPORTAGE

Sur le parvis de Notre-Dame, les charpentiers partagent leur savoir-faire

Un membre de l'association Charpentiers sans frontières en pleine démonstration sur le parvis de Notre-Dame-de-Paris le samedi 19 septembre 2020, à l'occasion des Journées du patrimoine.
Un membre de l'association Charpentiers sans frontières en pleine démonstration sur le parvis de Notre-Dame-de-Paris le samedi 19 septembre 2020, à l'occasion des Journées du patrimoine. © Alain Jocard, AFP

Notre-Dame-de-Paris fait sa rentrée. Même si la cathédrale reste fermée en raison de l'incendie qui l'a ravagée en avril 2019, la vieille dame avait donné rendez-vous ce week-end aux Parisiens pour leur présenter, à l’occasion des Journées du patrimoine, le travail des charpentiers tel qu’il se pratiquait au XIIIe siècle.

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Sur le parvis de Notre-Dame-de-Paris, dimanche 20 septembre, Loïc Desmonts s’attelle à transformer un tronc d’arbre en poutre impeccablement taillée. Muni d’une doloire, une hache qui sert à l’équarrissage du bois, le charpentier, en bretelles et pantalon de velours, réalise les mêmes gestes que les bâtisseurs du XIIIe siècle devant les curieux qui se sont déplacés pour les traditionnelles Journées du patrimoine.

"C’est un peu le rêve de tous les charpentiers de pouvoir un jour poser une pièce de bois à Notre-Dame. C’est le chantier le plus prestigieux du XXIe siècle. Mais c’est déjà un privilège de pouvoir être sur le parvis et de participer à la sauvegarde du savoir-faire que les anciens nous ont légué et de le partager avec le public. Pour moi, cela n’a pas de prix", s’enthousiasme le jeune homme de 21 ans, membre de l’association Charpentiers sans frontières, qui réunit plusieurs centaines de professionnels dans le monde entier passionnés par la construction en bois.

Le charpentier a participé au montage de la ferme n° 7. Exposée sur le parvis, il s’agit de l’une des 25 structures porteuses triangulaires qui composaient "la forêt", le surnom donné à la charpente de Notre-Dame partie en fumée dans l’incendie de la cathédrale en avril 2019.

Cette structure en chêne de 10 mètres de haut et de plus de 3 tonnes, destinée à supporter la toiture de la cathédrale, a été construite en 5 jours en Normandie il y a plusieurs semaines et a mobilisé 25 charpentiers.

"C’était intéressant pour la maîtrise d’œuvre de Notre-Dame de voir réaliser en grandeur réelle tous ces assemblages, comprendre comment ces technologies avaient fonctionné et surtout comment les mettre en œuvre aujourd’hui", explique François Calame, ethnologue et membre de Charpentiers sans frontières. Selon lui, la "forêt" de la cathédrale pourrait être reconstruite à l'ancienne dans un délai raisonnable, si cette technique était choisie.

Le mariage de l’ancien et du moderne

Face aux méthodes traditionnelles, le public parisien pouvait également découvrir, avec les Compagnons du devoir, des méthodes plus modernes mobilisant des machines de taille ou encore une grue pour lever les gigantesques structures en bois. "Nous ne sommes pas en compétition du tout, prévient d’emblée Jérôme Carraz, formateur chez les Compagnons du devoir. Nous sommes tous des charpentiers."

Il se dit certain que la charpente de Notre-Dame pourra être reconstruite à l’identique. "Non seulement nous avons les savoir-faire mais en plus on les enseigne ! Donc on sait le faire comme une entreprise saura le faire avec une machine de taille ou les Charpentiers sans frontières avec les techniques du XIIIe siècle", analyse Jérôme Carraz, dont les élèves pourraient participer au chantier de restauration dans les années à venir.

"Nous n’interviendrons pas directement mais nos jeunes sont susceptibles d’être embauchés dans des entreprises privées qui participeront au chantier", précise-t-il.

Quelles que soient les méthodes utilisées, ils sont nombreux parmi les visiteurs à faire part de leur admiration. "C’est du très beau travail. C’est impressionnant !", s’exclame Reda, les yeux rivés sur un charpentier maniant la hache en équilibre sur le tronc d'un chêne. Mais aussi de leur impatience. "On a hâte qu’un jour on puisse revenir la visiter. C’est quand même Notre-Dame-de-Paris !", explique Manon, originaire de Nancy dans l'est de la France.

Encore un peu de patience

Cependant, la reconstruction de la "forêt" n’est pas pour demain et ne constituera qu’une étape dans le chantier complexe qui s’annonce.

"La cathédrale est encore stricto sensu en état de péril, qui n'est pas levé parce qu'il faut qu'on puisse définitivement inspecter la voûte. Il faut attendre que le fameux échafaudage qui avait brûlé autour de la flèche soit descendu. Il y en a encore pour un mois à peu près", a déclaré à l’AFP le général Jean-Louis Georgelin, en charge de la coordination de la restauration de la cathédrale.

"Nous arrivons à la fin de la phase de consolidation et de sécurisation et nous allons bientôt pouvoir attaquer la phase de restauration proprement dite, après un délai d'études", a-t-il poursuivi.

Le président Emmanuel Macron avait finalement opté en juillet pour une reconstruction de la cathédrale à l'identique, c'est-à-dire au plus proche de son état juste avant l'incendie survenu dans la soirée du 15 avril 2019. La réouverture de l’édifice est prévue en 2024, année où Paris doit accueillir les Jeux olympiques.

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