Tadej Pogacar, le Tour de France sans s'en rendre compte

Paris (AFP) –

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Au chaud dans sa bulle, Tadej Pogacar a traversé le Tour de France avec son insouciance naturelle, pleinement aidé par le contexte sanitaire et un scénario renversant qui lui aura évité la pression du maillot jaune avant le dernier jour de course.

"Cette conférence de presse, c'est trop pour moi", a lâché, à peine le maillot jaune enfilé samedi à l'issue de son contre-la-montre renversant, Tadej Pogacar, jusque-là dans sa bulle, un mot adapté au Tour version Covid-19.

Comme si le Slovène, qui s'offre un Tour de France en cadeau pour son 22e anniversaire lundi, avait pris conscience de son accomplissement seulement à ce moment-là, face au parterre de journalistes.

Une masse jusqu'alors difficile à cerner pour lui en visioconférence ou derrière les barrières de la zone mixte, une création obligée de l'ère coronavirus sur le Tour de France.

C'est comme si, avec ce contexte sanitaire, les étoiles s'étaient alignées pour permettre à la comète slovène de briller de mille feux, mais au dernier moment. Sans passer par les obligations médiatiques souvent éprouvantes pour les nerfs qu'a dû se coltiner son compatriote Primoz Roglic, maillot jaune onze jours de suite.

- "L'esprit léger" -

"J'ai essayé de rester calme pendant trois semaines", a reconnu samedi Pogacar, deuxième plus jeune vainqueur du Tour en 107 éditions, tout en cherchant des yeux le regard des autres, au-dessus de la nuée de masques, pour la première fois face à lui.

Le secret de la décontraction du Slovène qui a déjà réussi une Vuelta éclatante en 2019 (podium et trois étapes): "suivre le mouvement étape après étape" et "garder l'esprit léger dans le car de l'équipe".

Un cocon dans lequel ce qui comptait pour lui était d'abord d'échanger au plus vite avec sa compagne Urska Zigart, elle aussi cycliste professionnelle.

"Tout ce que je voulais, c'était appeler ou envoyer un message à ma copine pour lui dire que tout allait bien", reconnaît le grimpeur au visage rond, poupin.

"Il stresse mais seulement pour ce qui compte dans sa vie: sa famille et sa copine", décrit à l'AFP son premier entraîneur, Miha Koncilja, dans le club de ses débuts, le KD Rog à Ljubljana.

"Le reste, le vélo, les courses, il adore ça. Quand on aime le cyclisme comme lui et qu'on le pratique avec autant de plaisir tous les jours, il ne peut pas y avoir de stress", décrit cet ami de la famille qui habite à deux kilomètres de Komenda (Slovénie), la ville natale de Pogacar.

- Petit Pogi -

Dans la foulée de son exploit à la Planche des Belles Filles samedi, un millier de personnes sont sorties spontanément dans la rue pour fêter l'enfant du pays dans un concert de klaxons, raconte-t-il. Un rond-point a même été repeint en jaune en l'honneur de +Tamau Pogi+ (Petit Pogi), son surnom dans les catégories de jeunes.

Moins épais et moins grand que les garçons de son âge, Pogacar, arrivé au vélo à 9 ans dans le sillage de son frère, n'a pas toujours écrasé la concurrence. Au contraire.

Il a quasiment dû attendre ses 18 ans pour ses premiers grands résultats: une troisième place au championnat d'Europe juniors en 2016 juste après avoir remporté le Giro della Lunigiana, une course par étapes pour juniors disputée en Italie qui compte à son palmarès quelques jolis noms du cyclisme (Damiano Cunego, Vincenzo Nibali et depuis Remco Evenepoel).

"On ne peut pas faire le poids face à quelqu'un qui fait 20 kilos de plus", explique son premier entraîneur. Et chez les très jeunes, on n'organise pas de course sur une montée de 8 kilomètres. Là, il aurait pu gagner".

C'est dans cette adversité qu'il s'est forgé un mental à toute épreuve, selon Miha Koncilja: "Il n'abandonne jamais. Tant que c'est possible, il y croit". Sans même s'en rendre compte.