Accéder au contenu principal
TDF 2020

Tour de France : Tadej Pogacar, un vainqueur avec la fougue de la jeunesse

Le Slovène Tadej Pogacar, portant le maillot jaune, brandit le drapeau de son pays sur le podium du Tour du France 2020.
Le Slovène Tadej Pogacar, portant le maillot jaune, brandit le drapeau de son pays sur le podium du Tour du France 2020. © Marco Bertorello, AFP
9 mn

Le jeune Slovène Tadej Pogacar, bientôt 22 ans, a remporté, dimanche, son premier Tour de France, devant son compatriote Primoz Roglic. Portrait d’un prodige du cyclisme qui ne connaît pas le mot "impossible" et n'a peur de personne.

Publicité

Tadej Pogacar a levé le bras, dimanche 20 septembre, à Paris, pour un sacre historique à plus d’un titre. Il est devenu le premier coureur à rapporter trois tuniques à Paris : la jaune de vainqueur, la blanche de meilleur jeune et le maillot à pois de meilleur grimpeur.

Il a aussi détrôné le prince déchu Egan Bernal, qui a dû abandonner à l’issue de la seizième étape, comme vainqueur le plus jeune de l'après-guerre. Il fêtera lundi ses 22 ans.

Enfin, il devient au nez et à la barbe de son compatriote Primoz Roglic, maillot jaune pendant douze jours, le premier Slovène à remporter le Tour de France. Une victoire qu’il doit à son tempérament offensif et à son mental d’acier qui l’aura fait persévérer même dans les moments les plus difficiles.

Ne jamais renoncer

Sur ses chances de gommer le déficit de 57 secondes qui le séparait du maillot jaune à la veille du contre-la-montre décisif de la Planche des Belles Filles, Pogacar avait répondu : "C'est toujours possible, mais ce serait vraiment incroyable de gagner le Tour demain (samedi)."

Et comme il ne savait pas que c’était impossible, il l’a fait. Pogacar a distancé de 1 min 56 secondes Primoz Roglic, qui portait pourtant le maillot jaune depuis la neuvième étape et dont la mainmise de l’équipe semblait totale.

Tadej Pogacar a gagné après un Tour de France pourtant mal engagé. Lors de la septième étape, il avait perdu plus d’une minute sur les favoris. Mais, à coup d’attaques tranchantes dans les montées finales, il a su refaire son retard et remporter trois étapes, à Laruns, au Grand Colombier et enfin celle retentissante de la Planche des Belles Filles.

"Tadej a un gros mental", avait apprécié, après son numéro vers Loudenvielle, son équipier et compatriote Jan Polanc.

"Sur le Tour, n'importe qui aurait peur de noms comme Bernal, Valverde... et resterait dans le groupe pour voir ce qui arrive. Mais Tadej ne craint personne", décrit à l'AFP son premier entraîneur, Miha Koncilja, dans le club de ses débuts, le KD Rog à Ljubljana.

Selon lui, la façon de courir très agressive de Pogacar s'est forgée dans les catégories de jeunes. "Comme l'année 1998 était une génération de talents en Slovénie, toutes les courses étaient un feu d'artifice. Un d'eux attaquait, un autre contrait. C'était ça sans arrêt", décrit Miha Koncilja, toujours coach, des U17 et U19, dans le même club de la capitale.

Trop petit pour le matériel

Contrairement à son compatriote Primoz Roglic venu tard sur le vélo, Tadej Pogacar s’est passionné très tôt pour le cyclisme. Il veut suivre son grand frère qui a une licence. Mais, à 9 ans, Tadej ne trouve pas de vélo à sa taille dans le club, qui finit par lui en acheter un. Et la taille sera longtemps un problème pour l'adolescent, qui affiche aujourd'hui 1,76 m.

"Il était beaucoup plus petit que les enfants de son âge, 10 ou 15 centimètres de moins. À 12 ou 13 ans, c'était impossible de rivaliser avec eux. ll devait lutter sans arrêt pour rester au contact des autres", raconte Miha Koncilja à l'AFP.

Il tape très vite dans l’œil des recruteurs : "Un jour, je suis arrivé en retard à une course. C’était une boucle en plusieurs tours", aime raconter Andrej Hauptman, ancien coureur slovène, qui l’a pris sous son aile. "J’ai vu un jeune gamin tout frêle qui se faisait dépasser par un gros peloton. J’ai dit aux organisateurs qu’il fallait faire quelque chose pour aider ce jeune coureur. Les organisateurs m’ont dit que je n’avais rien compris. C’était ce jeune qui avait un tour d’avance sur le reste de la meute. Incroyable ! Ce prodige, c’était Tadej Pogacar."

Directeur sportif chez UAE-Emirates, c'est lui qui permet son recrutement fin 2018 au sein de cette formation qui évolue en World Tour, le plus haut niveau professionnel. Le terrain parfait pour faire ses gammes et aiguiser ses cuisses. Le jeune Pogacar a une carte à jouer pour s'imposer car si la formation émiratie dispose de sprinteurs émérites (Gaviria, Kristoff), les leaders des courses à étapes peinent à avoir des résultats.

"Quand sa tête veut quelque chose, ses jambes s’y plient"

Et des résultats, Tadej Pogacar en a très rapidement eus. Il arrive troisième en junior au championnat d'Europe 2016. Il remporte le Giro della Lunigiana, une course par étapes pour juniors disputée en Italie qui compte à son palmarès quelques noms prestigieux : Damiano Cunego, Vincenzo Nibali et, en 2018, un certain Remco Evenepoel. Il récidive au Tour de l’Avenir, un mini Tour de France version espoirs, sur lequel s’était révélé Egan Bernal.

"On a compris qu'il avait vraiment quelque chose de spécial à ce moment-là. Ensuite il nous a surpris chaque année", témoigne Miha Koncilja à l’AFP.

Un état d’esprit, ambitieux et conquérant, souligné par Jaka Primozic, son ami d’enfance interrogé par Libération : "Il ne fait que ce qu’il veut. Quand sa tête veut quelque chose, ses jambes s’y plient. Tadej pouvait s’enfiler dix crêpes au Nutella le matin des Jeux méditerranéens avant de nous mettre la misère sur le vélo."

Troisième du Tour d’Espagne

Son premier succès en World Tour, il le remporte sur les routes du Tour de Californie en 2019 à seulement 20 ans. Il surclasse alors tous les favoris dans l'ascension de Mount Baldy lors de l’étape-reine. Trop jeune pour boire de l’alcool aux États-Unis, il n’a pas le droit au champagne pour savourer son premier succès sur une course par étapes World Tour. Il doit se contenter de la peluche.

"Sa jeunesse est un avantage, estime Miha Koncilja. Il ne ressent pas de pression et adore toujours le cyclisme. Ce n'est pas seulement son travail mais sa passion et son style de vie." Y compris sa vie amoureuse : sa compagne Urska Zigart est aussi cycliste professionnelle et disputait en même temps que son compagnon le Giro féminin.

Avant le Tour de France, le jeune Slovène ne possédait qu’une seule expérience sur un grand Tour : la Vuelta 2019 où il avait terminé en trombe : trois victoires d’étapes et une troisième place derrière son compatriote Primoz Roglic.

La jeunesse prend le pouvoir

Un compatriote avec qui s’installe alors un duel à distance. Lors des championnats de contre-la-montre de Slovénie, il parvient à s’imposer pour la première fois contre le coureur de 30 ans. Puis, sur la Grande Boucle, il devient encore le rival numéro un de Roglic. Son équipe a beau être affaiblie par deux abandons (Aru et Formolo), il arrive à tenir tête à l'armada Jumbo-Visma, épaulé du seul David de la Cruz.

>> À lire aussi : "Tour de France : l’insolente supériorité de la Jumbo-Visma et leur 'cyclisme total'"

Primoz Roglic a-t-il été trop tendre envers son compatriote ? Il jure que non et a probablement pêché par excès d'attentisme et de prudence. De plus, ce serait faire injure à Pogacar de croire qu’il ne doit sa victoire qu’à une erreur de son désormais dauphin. Le jeune Slovène est allé la chercher tout seul, à coups d’offensives. Il peut savourer son triomphe.

La jeunesse prend le pouvoir. Tadej Pogacar, Marc Hirschi, Daniel Martinez et Lennard Kämna : le Tour de France comptait déjà avant Paris quatre vainqueurs d'étape de moins de 25 ans. C'est autant que sur les cinq éditions précédentes cumulées – l'illustration d'un mouvement de fond dans le cyclisme.

Le résumé de la semaineFrance 24 vous propose de revenir sur les actualités qui ont marqué la semaine

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.