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Rugby : les démêlés de Bernard Laporte, président de la Fédération française

Le président de la FFR Bernard Laporte (g) échange avec Mohed Altrad, celui de Montpellier, le 19 février 2017 avant un match de Top 14 à l'Altrad Stadium
Le président de la FFR Bernard Laporte (g) échange avec Mohed Altrad, celui de Montpellier, le 19 février 2017 avant un match de Top 14 à l'Altrad Stadium Franck PENNANT AFP/Archives
Texte par : Olivier Bras
8 mn

Soupçonné de favoritisme, le président de la Fédération française de rugby, auditionné par le Parquet financier, est ressorti libre, mercredi, après une garde à vue. Bernard Laporte assure que le "le dossier est vide" et dénonce des manœuvres destinées à lui faire perdre la présidence de la FFR, à la tête de laquelle il brigue un nouveau mandat de quatre ans.

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En tant que joueur ou entraîneur, Bernard Laporte a toujours été un meneur, un homme au caractère explosif et au verbe fort. Les joueurs qu'il a dirigés ont appris à connaître ses éclats de voix ou ses coups de colère, immortalisés notamment dans une scène filmée en février 2002 à la mi-temps d'un match contre l'Italie. Et à 56 ans, Bernard Laporte,  le président de la Fédération française de rugby (FFR), n'a rien perdu de sa verve, comme en témoigne le communiqué daté du 22 septembre dans lequel il dénonce "une véritable tentative de putsch" à son encontre, alors qu'il est visé par une enquête pour soupçon de favoritisme.

Ce document a été diffusé par courrier électronique et sur les réseaux sociaux, alors même que Bernard Laporte se trouvait en garde à vue, à Paris. Il avait, en effet, choisi de préparer un courrier destiné aux clubs de rugby dans lequel il expliquait pourquoi il se trouvait dans les locaux de la Brigade de répression de la délinquance économique, dans le cadre d'une information préliminaire ouverte par le Parquet national financier (PNF). Avec lui, quatre autre personnes étaient auditionnées et placées en garde à vue : Serge Simon, vice-président de la FFR, Claude Atcher, directeur général du Groupe d'intéret public France 2023, Nicolas Hourquet, responsable pour la FFR des relations internationales et Mohed Altrad, président du club de rugby de Montpellier. Les 5 hommes ont retrouvé leur liberté, mercredi 23 septembre, après une trentaine d'heures de garde à vue.

Dans sa lettre, Bernard Laporte explique que cette audition constitue "une étape logique et normale, issue d’une procédure qui fut entamée, il y a près de trois ans". En 2017, le président de la FFR a été accusé d'être intervenu en faveur du club de Montpellier, pour alléger des sanctions contre le club prononcées après le déploiement de banderoles hostiles à la Ligue nationale de rugby par des supporters montpelliérains. Bernard Laporte reconnaît avoir alors discuté de ce dossier avec le président de la commission d'appel de la FFR, mais nie avoir plaidé en faveur du club présidé par Mohed Altrad. Ce dernier était devenu, trois mois auparavant, le premier sponsor maillot du XV de France avec son entreprise éponyme, avant de soutenir la candidature française, finalement victorieuse, pour l'organisation de la Coupe du monde 2023.

Du costume d'entraîneur à celui de secrétaire d'État

Le PNF doit désormais décider de la suite de la procédure. Les avocats des cinq gardés à vue ont confirmé que leurs clients avaient été interrogés sur d'autres dossiers, comme le soutien apporté par le groupe Altrad à la candidature française ou les relations entre cet homme d'affaires, sacré meilleur entrepreneur mondial 2015 par le cabinet Ernst & Young, et Bernard Laporte. Et ils ont probablement essayé d'en savoir davantage plus sur quatre conférences que le dirigeant sportif devait donner au sein du groupe Altrad en 2017 contre la somme de 150 000 euros. Le Journal du Dimanche avait alors révélé l'existence de ce contrat de communication. Quelques jours plus tard, la FFR publiait un communiqué dans lequel elle expliquait que Bernard Laporte y renonçait afin "de faire cesser toutes formes de suspicion à l'encontre des instances nationales du rugby et de son président".

Ces suspicions, Bernard Laporte les a largement alimentées au cours des dernières années. Son nom s'est retrouvé dans plusieurs dossiers judiciaires qui ponctuent ses nombreuses activités économiques et la justice continue d'en instruire certains. Des accusations que Bernard Laporte a toujours réfutées, attribuant les procédures lancées contre lui à la jalousie de ses opposants. Et elles n'ont pas dissuadé Nicolas Sarkozy de nommer l'ancien sélectionneur des Bleus au poste de secrétaire d'État chargé des Sports entre 2007 et 2009.

Brillant entraîneur-manager au Stade français et au RC Toulon, Bernard Laporte s'est présenté en 2016 à la présidence de la FFR, remportant une fois de plus une large victoire. Il a en effet récolté près de 85% des voix face à son adversaire Pierre Camou et s'est alors lancé dans sa nouvelle carrière de président de fédération. Hyperactif, il a continué à mener en marge ses projets d'investissement et certaines activités médiatiques, devenant chroniqueur dans une émission de débats animé par Cyril Hanouna. Il a également été élu l'année dernière vice-président de la World Rugby, Fédération mondiale de cette discipline.

"Le dossier est vide"

Les chantiers ne manquent donc pas pour cet homme qui a notamment pour mission d'organiser la Coupe du monde de rugby. Pour y parvenir, il entend décrocher un nouveau mandat lors de l'élection prévue le 3 octobre. Face à lui se trouve un candidat, Florian Grill, un chef d'entreprise de 53 ans qui dénonce notamment son bilan financier catastrophique et le manque d'investissement pour tenter d'enrayer la baisse des licenciés. Les deux hommes ne se ménagent pas depuis plusieurs semaines par interviews interposées et les critiques se font de plus en plus dures à l'approche du scrutin.

Bernard Laporte ne semblait pourtant guère s'inquiéter quant au résultat final et menait une campagne active auprès des clubs amateurs au sein desquels qui il jouit d'un fort soutien. Jusqu'à son audition devant le PNF. Le président de la FFR ne comprend pas pourquoi la justice l'a auditionné dix jours avant l'élection. Dans un nouveau message publié jeudi 24 septembre sur Facebook, il dénonce une tempête médiatique et se demande à qui elle profite. Il revient également sur ce qu'il qualifie "d'entretiens" avec les enquêteurs et assure que "le dossier est vide". Il anticipe que "la montagne va accoucher d’une souris" et il appelle ses partisans à ne pas être dupes de cette supercherie et à voter pour lui le 3 octobre. Et il s'est également brièvement exprimé devant les journalistes, jeudi 24 septembre, les larmes aux yeux.

 

 

"Loin de me décourager, cela me renforce dans la volonté d’agir avec vous et pour vous", assène Bernard Laporte sur Facebook. Comme il le faisait dans les vestiaires avec ses coéquipiers ou ses joueurs, il va essayer de fédérer ses troupes contre les détracteurs. Il a d'ailleurs annoncé la reprise immédiate de ses réunions dans différentes régions du pays. Il ne lui reste donc plus qu'à espérer que d'autres mauvaises nouvelles ne viennent pas gâcher les derniers jours de campagne. Si c'est le cas, il saura se montrer toujours aussi combatif. "Je dois être maso mais prendre des coups, ça m'excite", avait-il confié en souriant au Figaro fin 2018.

 

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