Reportage

Amy Coney Barrett, "un excellent choix" pour la Cour suprême, selon les partisans de Donald Trump

Daryl Bernard et ses deux filles attendent Donald Trump à Middletown, en Pennsylvanie, le 26 septembre 2020.
Daryl Bernard et ses deux filles attendent Donald Trump à Middletown, en Pennsylvanie, le 26 septembre 2020. © Yona Helaoua, France 24

Juste après avoir annoncé son choix pour la Cour suprême, samedi soir, Donald Trump s'est envolé pour la Pennsylvanie, où il a tenu un meeting de campagne. Ses partisans sont ravis de la nomination de la juge Amy Coney Barrett, qu'ils considèrent comme une championne de la droite conservatrice et une garante de la Constitution.

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C'est en faisant la queue pour entrer au meeting de leur candidat favori à Middletown, en Pennsylvanie, que les partisans de Donald Trump ont reçu la nouvelle : le président a choisi la juge conservatrice Amy Coney Barrett pour succéder à la progressiste Ruth Bader Ginsburg à la Cour suprême. "Occupez ce siège", pouvait-on lire sur les pancartes des supporters, ravis que l'institution américaine la plus respectée renforce sa majorité conservatrice.

Pour Amy, supportrice de Trump, qui attend son candidat derrière la barrière séparant les supporters des médias, Amy Coney Barrett est "un excellent choix". "Elle a l'air très qualifiée [pour le poste]", estime sans entrer dans les détails cette habitante du comté de Lancaster, une région "plutôt conservatrice". Si les convictions de cette femme de 57 ans, qui a travaillé à la radio pendant une trentaine d'années, sont alignées sur celles de la juge, elle apprécie ce qu'elle considère comme une forme d'indépendance. "Elle a été claire sur le fait qu'elle ne laisserait pas sa foi interférer avec ses décisions, et je pense que c'est vraiment important."

Roe v. Wade en question

Le sujet du droit à l'avortement est au centre de l'attention depuis que circulait le nom d'Amy Coney Barrett, une juge personnellement opposée à cette pratique. Amy, la supportrice de 57 ans, se dit elle aussi engagée du côté des "pro-vie". Mais elle tient à nuancer son propos : "Je suis contre l'avortement, mais ça ne veut pas nécessairement dire que je soutienne le renversement de Roe v. Wade [l'arrêt de la Cour suprême de 1973 qui protège le droit des femmes à avorter sans restrictions excessives de la part du gouvernement, NDLR]." La nouvelle majorité de six juges conservateurs contre trois progressistes pourrait pourtant revenir sur cet arrêt.

C'est précisément ce que souhaitent Erica, 40 ans, et Karen, 43 ans, qui font des emplettes près d'un stand de T-shirts à l'effigie de Donald Trump. L'une est infirmière, l'autre est sage-femme : "Nous aidons à mettre au monde les bébés, pas à les tuer, donc c'est un point crucial pour nous", expliquent les deux amies avant d'entrer au meeting.

L'avion du président américain s'est posé quelques dizaines de minutes plus tard. Cette fois encore, il a choisi un aéroport pour haranguer la foule, un lieu pratique au niveau logistique et qui permet une mise en scène dont il raffole. Tous les membres du public placés derrière Donald Trump portent un masque, tandis que dans la foule, la plupart ont le visage découvert.

"Un excellent modèle"

Une fois sur scène, Donald Trump a immédiatement évoqué son choix à la Cour suprême. Amy Coney Barrett est un "esprit brillant", a-t-il insisté, "elle était première de sa classe". "C'est un peu mieux que Biden, qu'en pensez-vous ?", a-t-il demandé à son audience en se moquant de la scolarité de son concurrent démocrate.

Le profil d'Amy Coney Barrett séduit en effet Daryl, un commercial du secteur médical de 55 ans venu à Middletown avec ses enfants. "J'ai deux filles merveilleuses et la juge sera un excellent modèle pour elles. Elle a sept enfants dont certains de couleur différente, c'est quelqu'un qui a su jongler entre les différentes responsabilités à la maison et au travail." Surtout, il apprécie la magistrate pour son respect de la Constitution face aux "caprices politiques" de l'opinion publique.

Donald Trump s'est vanté d'avoir réussi à nommer trois juges conservateurs à la Cour suprême jusqu'ici, aux côtés de quelque 300 juges d'ici à la fin de son mandat dans les différentes cours que compte le pays.

"Notorious ACB"

"C'est super d'avoir une nouvelle juge conservatrice", se félicite Brian, 53 ans, un électricien de la région de York-Lancaster. Peu importe le choix du président, il aimait toutes les candidates qui étaient sur sa liste, assure-t-il. Brian tient aussi à rendre hommage à Ruth Bader Ginsburg. "Elle a eu une longue carrière et a fait beaucoup de bonnes choses. Je n'étais peut-être pas d'accord avec elle sur beaucoup de sujets, mais elle a un bon bilan."

Une semaine après la mort de "RBG", parfois surnommée "Notorious RBG" par la jeune génération démocrate – un clin d'œil au rappeur Notorious B.I.G. –, les républicains du Sénat ont provoqué la colère du camp d'en face en promouvant de nouveaux T-shirts "Notorious ACB", aux initiales de la juge qu'ils souhaitaient voir confirmer au plus vite à la Cour suprême, si possible avant l'élection du 3 novembre. Cette confirmation express est dure à avaler pour l'opposition.

"Hypocrisie"

"C'est de la pure hypocrisie, étant donné ce que les républicains ont fait en 2016 en refusant la nomination du juge Merrick Garland par Barack Obama", dénonce Kathleen, une démocrate de 76 ans qui a fait une heure trente de route pour manifester près du meeting de Donald Trump. Il y a quatre ans, le président américain avait en effet reculé et son candidat n'avait pas été confirmé par le Sénat, les républicains estimant que le scrutin présidentiel était trop proche. Cette fois, pas question de rendre la pareille aux démocrates.

La confirmation de la juge Amy Coney Barrett "sera une chose terrible pour une génération de jeunes femmes qui ne pourront pas avorter si elles en ont besoin. Ce nouveau monde sera horrible pour elles", fustige Kathleen. Son compagnon, Ray, s'inquiète aussi : "Les Américains vont probablement perdre leur assurance-santé", prédit-il en référence à la loi "Obamacare" qui a été sauvée de justesse à la Cour suprême. Si l'institution penche davantage à droite, "Obamacare" pourrait ne pas survivre.

Pour ce septuagénaire, la situation est bloquée : "Si Joe Biden est élu et décide d'augmenter le nombre de juges à la Cour suprême [une manœuvre permettant de diluer la majorité conservatrice, NDLR], cela fera figure de mauvais exemple à suivre. Le président qui lui succèdera fera de même et ainsi de suite." Comment les choses pourraient-elles s'arranger pour la gauche américaine ? Ray est à court d'idées : "Il n'y a pas de bonne solution", soupire-t-il.

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