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Espagne : destitué, le président catalan Quim Torra veut poursuivre le combat

Le chef du gouvernement régional de Catalogne, Quim Torra, au Parlement catalan à Barcelone, en Espagne, le 16 septembre 2020.
Le chef du gouvernement régional de Catalogne, Quim Torra, au Parlement catalan à Barcelone, en Espagne, le 16 septembre 2020. © Nacho Doce / Reuters
5 mn

Quim Torra a été destitué, lundi, par la justice espagnole qui a confirmé sa condamnation pour "désobéissance" à un an et demi d'inéligibilité. Mais le président indépendantiste régional a répliqué qu'il poursuivrait le combat pour l'indépendance au niveau européen.

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Le président indépendantiste régional catalan Quim Torra a été destitué, lundi 28 septembre, par la justice espagnole. "Je n'abandonne pas ni ne me résigne", a-t-il répliqué dans un discours en catalan au siège de la Generalitat (gouvernement autonome de la Catalogne), à Barcelone, entouré des membres de son gouvernement.

Quim Torra a ajouté qu'il n'acceptait pas la sentence prononcée quelques heures plus tôt à Madrid par le Tribunal Suprême, la plus haute instance judiciaire espagnole, qui a confirmé sa condamnation à un an et demi d'inéligibilité pour un délit de "désobéissance". Ce verdict "veut renverser le gouvernement de la Catalogne", a-t-il dit, annonçant que de nouvelles élections régionales auraient lieu et appelant les électeurs à en faire "un nouveau plébiscite" pour l'indépendance. 

La confirmation par le Tribunal suprême de la condamnation en première instance de Quim Torra entraînait automatiquement sa destitution de ses fonctions de président de la Catalogne, une riche région du nord-est de l'Espagne aux compétences élargies qui a été le théâtre en 2017 d'une tentative de sécession.

Une banderole au contenu séparatiste

Quim Torra a été condamné en décembre 2019 par le tribunal supérieur de Catalogne pour avoir refusé d'obéir aux ordres de l'autorité électorale, qui l'avaient sommé de retirer une banderole au contenu séparatiste de la façade du siège du gouvernement régional avant les élections législatives d'avril 2019.

"Je porterai (la cause de) la liberté d'expression et la cause de l'indépendance au niveau de l'Europe et nous gagnerons", a-t-il lancé, sans préciser exactement quelles actions il comptait mener.

La destitution de Quim Torra risque de raviver les tensions en Catalogne, où la condamnation en octobre 2019 de dirigeants séparatistes à la prison pour la tentative de sécession de 2017 avait entraîné de nombreuses manifestations, dont certaines avaient dégénéré en violences.   

"Défendons le président"

Immédiatement après la décision du Tribunal suprême, les puissantes associations indépendantistes ANC (Assemblée nationale catalane) et Omnium Cultural ont appelé les indépendantistes à se rassembler lundi soir devant les mairies de la région. "Défendons le président, luttons pour l'indépendance", a lancé l'ANC.

Un appel entendu puisque plusieurs rassemblements ont été rapportés dans des villes de la province, dont Barcelone ou Girone, où des manifestants ont mis le feu au drapeau espagnol. "Ils destituent le président pour une simple banderole, cela n'a aucun sens. C'est une erreur, qui vient s'ajouter à toutes les autres", a déclaré à l'AFP Mary Chopa, 59 ans, présente à la manifestation barcelonaise.

Selon un tweet de la police régionale, les Mossos d'Esquadra, "un petit groupe de personnes" ont dressé des barricades et mis le feu à des poubelles dans le centre de la capitale catalane.

Le prédécesseur de Quim Torra, Carles Puigdemont, a, pour sa part, fustigé sur Twitter "un État corrompu depuis la Couronne jusqu'à la magistrature", qui "continue de décider au nom des Catalans". "Une fois de plus, l'État espagnol interfère dans nos institutions démocratiques", a ajouté la principale figure de la tentative de sécession de 2017, qui a fui en Belgique pour échapper aux poursuites judiciaires.

Profondes divisions au sein du mouvement indépendantiste

La décision du Tribunal Suprême risque aussi d'avoir des répercussions politiques majeures en Espagne, où le gouvernement central de gauche dirigé par Pedro Sanchez pourrait avoir besoin des voix des indépendantistes catalans pour faire approuver son budget, destiné à relancer une économie en grandes difficultés en raison de la crise du Covid-19.

Le dialogue ouvert entre les gouvernements central et régional sur la crise catalane depuis la reconduction au pouvoir du socialiste Pedro Sanchez en janvier pourrait aussi être mis à mal. Ce dialogue, condition du soutien d'une partie des indépendantistes catalans à son investiture par le Parlement, a été interrompu de longs mois en raison de la pandémie, mais devait reprendre prochainement.

Le Parlement régional a maintenant environ deux mois pour choisir un nouveau président, mais Quim Torra a d'ores et déjà annoncé que de nouvelles élections régionales seraient convoquées, sans indiquer de date. Ces élections se dérouleront dans un contexte de profondes divisions au sein du mouvement indépendantiste.

En janvier, Quim Torra avait déjà annoncé la convocation d'élections en raison des tensions au sein de sa coalition, mais ce scrutin n'avait pu avoir lieu en raison de la pandémie.

Par ailleurs, le Football Club de Barcelone a, lui aussi, réagi à la destitution de Quim Torra, en exprimant dans un communiqué sa "solidarité" avec celui-ci et en qualifiant de "disproportionnée" la peine d'un an et demi d'inéligibilité.

Avec AFP

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