Haut-Karabakh : le nouveau sujet de frictions entre la France et la Turquie

Le président français Emmanuel Macron à Riga, le 30 septembre 2020.
Le président français Emmanuel Macron à Riga, le 30 septembre 2020. © Ints Kalnins, Reuters

Le président français a qualifié d'"inconsidérées" et de "dangereuses" les déclarations turques sur le conflit en cours entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan dans le Haut-Karabakh. Pour Ankara, Paris approuve l'occupation arménienne de la région. 

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Après des désaccords sur la crise en Libye, sur la guerre en Syrie ou plus récemment sur les tensions en Méditerranée orientale, le conflit dans la région séparatiste du Haut-Karabakh, en Azerbaïdjan, est en train de devenir la nouvelle pomme de discorde entre la France et la Turquie.  

Le président français, Emmanuel Macron, s'est dit "préoccupé" par des déclarations "guerrières" de la Turquie sur le Haut-Karabakh, théâtre depuis dimanche de violents combats entre les forces azerbaïdjanaises et des séparatistes pro-arméniens. La veille, la Turquie affichait sa détermination à aider l'Azerbaïdjan à "recouvrer ses terres occupées et à défendre ses droits et intérêts selon le droit international" dans le Haut-Karabakh.

"La France demeure extrêmement préoccupée des messages guerriers que la Turquie a eus ces dernières heures, au fond décomplexant l'Azerbaïdjan dans ce qui serait une reconquête du Nord-Karabakh et cela nous ne l'accepterons pas", a déclaré Emmanuel Macron, lors d'une conférence de presse dans la capitale lettone Riga, le 30 septembre. 

Pour Ankara, "Macron soutient l'occupation"

Il n'a pas fallu attendre longtemps la réponse d'Ankara . "La solidarité exprimée par Macron envers l'Arménie, tandis qu'il ne se préoccupe pas des territoires de l'Azerbaïdjan, signifie qu'il soutient l'occupation", a affirmé le même jour le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu

La Turquie considère que l'Arménie occupe illégalement la région, disputée par des séparatistes hostiles à l'Azerbaïdjan. Ces derniers y ont autoproclamé une république en 1991 lors de la chute de l'Union soviétique. Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a donc appelé à la fin de "l'occupation" arménienne du Haut-Karabakh pour faire cesser les combats meurtriers.

"Il y a un vrai soutien politique et moral de la Turquie à l'Azerbaïdjan. Certaines analyses avancent même que c'est avec le soutien de M. Erdogan que le président azerbaïdjanais, Ilham Aliev, s'est lancé dans cette aventure de reconquête du Haut-Karabakh", analyse Bruno Daroux, chroniqueur international sur France 24

Au-delà du politique, l'Arménie accuse même la Turquie, son ennemi historique, d'apporter un soutien militaire à l'Azerbaïdjan. Mais cela n'est pas avéré. "Les forces du Haut-Karabakh  prétendent que des avions sont intervenus au nord de la région. Ils disent qu'il s'agirait de F-16, invoquant l'implication de la Turquie, mais cela n'a pas été prouvé", insiste Régis Genté, envoyé spécial de RFI et France 24 à Stepanakert, "capitale" de la région du Haut-Karabakh . 

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"Dommage collatéral

À ce stade, il n'y a pas de régionalisation du conflit et Emmanuel Macron s'est exprimé en ce sens, tout en annonçant son intention de parler à  Vladimir Poutine et à Donald Trump. Mais le désaccord reste néanmoins profond entre la France et la Turquie. Cette mésentente est "un dommage collatéral du conflit", estime Bruno Daroux.

"La France considère que le positionnement de la Turquie est dangereux, sachant que l'Azerbaïdjan est déterminé à récupérer cette enclave majoritairement peuplée d'Arméniens. Et si Bakou va jusqu'au bout, cela impliquera a minima un déplacement de population, poursuit l'analyste. La Turquie considère, pour sa part, que la France se mêle une fois de plus de ce qui ne la regarde pas", poursuit-il. 

Juridiquement, ce n'est pas tout à fait vrai. La France co-préside avec la Russie et les Etats-Unis le groupe du Minsk, créé en 1992 par la Conférence sur la sécurité et la coopération en Europe (CSCE) pour jouer un rôle de médiateur dans la région. 

Avec AFP et Reuters

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