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Proust, du côté de la Comédie-Française avec Christophe Honoré

Le réalisateur et metteur en scène français Christophe Honoré, au théâtre Marigny à Paris, le 24 septembre 2020
Le réalisateur et metteur en scène français Christophe Honoré, au théâtre Marigny à Paris, le 24 septembre 2020 STEPHANE DE SAKUTIN AFP/Archives
4 mn
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Paris (AFP)

C'est un écrivain contre lequel se sont fracassés réalisateurs et metteurs en scène: Marcel Proust s'invite à partir de mercredi à la Comédie-Française grâce à Christophe Honoré, qui tente une "lecture" de l'auteur réputé inadaptable.

Le réalisateur, scénariste et metteur en scène avance, en plaisantant à moitié, que c'est son "côté breton et têtu" qui l'a poussé à transposer "Le Côté de Guermantes", troisième tome d'"A la recherche du temps perdu". Et à rattraper en quelque sorte le temps perdu après le report de la première, initialement prévue au printemps, pour cause d'épidémie.

"Quand j'ai dit à Eric (Ruf, administrateur général de la Comédie-Française) +pourquoi pas Proust?+, il m'a répondu: +beaucoup de metteurs en scène qui m'ont promis des adaptations ont toujours fini par lâcher l'affaire", raconte Christophe Honoré à l'AFP.

Une entreprise un peu "casse-gueule" aussi sur grand écran: au cinéma, Luchino Visconti ou Joseph Losey ont dû jeter l'éponge; Volker Schlöndorff tenta un "Un amour de Swann" (1984) jugé passable malgré une distribution cinq étoiles. Seul "Le Temps retrouvé" de Raoul Ruiz (1999) a pu, selon les critiques, être plus ou moins fidèle à l'esprit proustien.

- "Un souvenir de lecture" -

"Etrangement, je trouve que le cinéma s'accorde mal avec Proust car c'est l'illusion réaliste. Au théâtre, le spectateur accepte la métaphore", explique le réalisateur des "Chansons d'amour". "Je n'aime pas le terme +adaptation+, ça ne veut pas dire grand-chose. On ne peut pas rivaliser avec la langue; on ne peut qu'évoquer un souvenir de lecture, une sorte de promenade".

Dans "Le Côté de Guermantes", le tome le plus long, le narrateur déménage avec ses parents à Paris où il évolue entre deux salons, celui de Madame de Villeparisis et celui de Madame de Guermantes, le tout sur fond d'histoires d'amour mais aussi d'affaire Dreyfus.

En quoi ce "roman pour duchesses", terme utilisé à l'époque par les détracteurs de Proust, et ce tome, "le moins aimé" de la Recherche, peut-il intéresser encore au XXIe siècle?

"On peut trouver ridicule le rêve du narrateur, un bourgeois, d'accéder à des salons aristocratiques. Mais aujourd'hui, les jeunes gens ont d'autres rêves: accéder au cinéma, à la mode, à une sphère qui nous fait rêver mais qui ne peut être que déceptive", explique M. Honoré.

"Beaucoup taxaient Proust d'écrivain mondain (...). Mais ce n'est pas une histoire de duchesses; il essaie de capter l'âme humaine, notre rapport à la beauté, à la mémoire, au temps qui passe, au temps perdu".

- "Aristocratie du théâtre français" -

La pièce de deux heures et demie, avec 16 acteurs du Français, sera jouée non pas dans la salle historique de la "Maison de Molière", fermée jusqu'en janvier pour travaux, mais au théâtre Marigny.

Un lieu intimement lié à l'oeuvre, et raison pour laquelle Honoré a choisi "Le Côté de Guermantes", puisqu'une partie de l'action se déroule dans les jardins des Champs-Elysées, adjacents au théâtre.

La mise en scène "ne vise ni la modernité, ni la reconstruction historique", dit le metteur en scène, qui s'est basé sur les dialogues du livre et a condensé certaines parties au profit d'autres, ce que relèveront "les proustiens purs et durs".

La crise du Covid-19, avec six mois d'interruption et le protocole sanitaire, n'a pas découragé Christophe Honoré, qui a dû supprimer des scènes de baisers.

Lui-même spectateur assidu de la Comédie-Française, le réalisateur qualifie la troupe du Français d'idéale pour ce projet car elle est "l'aristocratie du théâtre français, tout en étant complètement dans le temps présent".

"Je fais ce spectacle pour quelqu'un qui n'a pas lu Proust", ajoute le metteur en scène, qui a monté une dizaine d'opéras et de pièces et se prépare début 2021 à une nouvelle création au Théâtre de l'Odéon.

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