"C'était un geste politique", soutiennent les militants jugés pour tentative de vol au Quai Branly

Musée du Quai Branly-Jacques Chirac à Paris.
Musée du Quai Branly-Jacques Chirac à Paris. © Franck Fife, AFP

Mille euros d'amende ont été requis contre l'activiste congolais Emery Mwazulu Diyabanza jugé avec quatre autres personnes devant le tribunal de Paris après avoir tenté de s'emparer d'un poteau funéraire au Musée du quai Branly en juin dernier.

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Le procès des cinq militants jugés pour avoir tenté de s'emparer d'un poteau funéraire au Musée du quai Branly en juin 2020 s'est déroulé mercredi 30 septembre dans un climat tendu. Alors que les prévenus se sont présentés à l'audience au tribunal de Paris accompagnés par plusieurs dizaines de militants, des mouvements d'humeur et quelques cris ont failli mettre fin au procès avant même son commencement. À la demande du président du tribunal, l'activiste congolais Emery Mwazulu Diyabanza a réussi à calmer ses partisans et le procès a pu reprendre dans le calme.

Mille euros d'amende ont été requis mercredi contre ce dernier. Des amendes de 500 euros avec sursis ont également été réclamées par le ministère public à l'encontre des quatre autres militants pan-africains qui voulaient par leur geste dénoncer "le pillage de l'Afrique" par les anciennes puissances coloniales.

Une peine "de principe et d'apaisement"

Poursuivis pour "tentative de vol en réunion d'un objet mobilier classé", les cinq militants risquaient une peine de dix ans d'emprisonnement et 150 000 euros d'amende, mais la procureure a insisté pour une peine "de principe et d'apaisement".

D'emblée, le président a tenu à distinguer le procès de quatre hommes et une femme accusés de tentative de vol en réunion et "le procès du colonialisme". "Je suis d'une génération qui n'a aucune difficulté avec ça. Mais c'est un autre procès. Un procès citoyen. Nous sommes ici pour juger une infraction, pas pour juger l'Histoire", a souligné le président.

"Pour alerter l'opinion"

Le 12 juin 2020, les cinq militants qui s'étaient emparés d'un poteau funéraire Sara du XIXe siècle étaient renvoyés devant le tribunal en l'arrachant de son socle au Musée du quai Branly. Emery Mwazulu Diyabanza avait pris l'objet dans ses bras en criant : "On les ramène à la maison". Les cinq militants n'étaient pas sortis du musée et l'objet a pu finalement être remis aux gardiens. "C'était une action parfaitement pacifique", ont soutenu les prévenus. "Nous l'avons voulue spectaculaire pour alerter l'opinion", ont-ils déclaré face à la cour. "C'était un geste politique", a insisté le principal prévenu.

Pour Emery Mwazulu Diyabanza et ses camarades, la question centrale qui a motivé leur geste est l'épineuse question de la restitution des objets d'art volés pendant la colonisation en Afrique et exposés dans les musées français.

Sous l'impulsion d'Emmanuel Macron, la France s'est engagée à rendre définitivement dans les prochains mois un sabre historique au Sénégal et 26 objets pillés par des troupes coloniales françaises en 1892 au Bénin. Mais pour les prévenus et leurs avocats c'est à la fois trop peu et trop long.

L'avocat Hakim Chergui a estimé à 116 000 le nombre de biens considérés comme spoliés aux Africains dans les musées français. "Mes clients n'ont pas commis un vol, ils ont interrompu un recel", a-t-il plaidé.

Certes, a reconnu l'avocat du Musée du quai Branly, "le débat est ouvert sur la restitution" des biens spoliés mais le geste des cinq prévenus risque d'être "contre-productif" en portant atteinte aux discussions en cours avec "plusieurs Etats africains".

Avec AFP

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