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Covid-19 : un peu d'ADN de Néandertal chez l'homme peut rendre le virus plus virulent

Des gènes présents chez l'homme de Néandertal il y a 50 000 ans pourraient expliquer pourquoi certaines personnes développent des formes plus graves du Covid-19.
Des gènes présents chez l'homme de Néandertal il y a 50 000 ans pourraient expliquer pourquoi certaines personnes développent des formes plus graves du Covid-19. © César Manso, AFP

Des chercheurs ont constaté, dans un article publié mercredi, que certains gènes hérités d'un homme de Néandertal vieux de 50 000 ans et présent chez certaines personnes peuvent accroître le risque de développer une forme grave du Covid-19.

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C'est la faute à Voltaire ? Non à Néandertal. Des gènes qui ont traversé les millénaires et sont toujours présents dans une partie de la population mondiale constituent "le risque génétique majeur de développer une forme sévère du Covid-19", conclut un article paru dans la revue scientifique Nature, mercredi 30 septembre.

"Nous estimons qu'approximativement 100 000 personnes ont péri après avoir été contaminées par le coronavirus parce qu'elles étaient porteuses de cet héritage génétique", affirme Svante Pääbo, l'un des coauteurs de l'article et directeur de l'Institut Max-Planck d'anthropologie évolutionniste à Leipzig, en Allemagne, contacté par France 24. 

"On a failli tomber de notre chaise"

Celui que Le Monde surnomme le "Pape" du génome ancien (il étudie celui de l'homme de Néandertal depuis une vingtaine d'années) a fait cette découverte avec son collègue Hugo Zeberg de l'Institut Karolinska de Stockholm en analysant les résultats d'une vaste étude, publiée en juillet, cherchant à identifier les facteurs génétiques qui font que certaines personnes sont plus à risque que d'autres face au virus. 

Ce travail avait permis de conclure qu'un grand nombre de malades développant une forme sévère du Covid-19 avaient en commun une même variance génétique au niveau du chromosome 3 (sur les 23 paires de génome humain). C'est en y regardant de plus près que ces deux spécialistes ont pu faire leur incroyable voyage dans le passé : ils ont découvert dans cette région trois gènes avec la même séquence ADN que celle retrouvée en Croatie chez un Néandertalien qui y a vécu il y a 50 000 ans.

"On a failli tomber de notre chaise en constatant ce lien", se rappelle Svante Pääbo. Les implications de cette découverte ne sont, en effet, pas minces. Si nous avons tous* un peu de Néandertal en nous – environ 2 % du bagage génétique –, un Européen sur six se retrouve par le jeu de l'héritage avec la constellation précise de gènes de ce lointain ancêtre qui semble favoriser les formes les plus graves de Covid-19", notent les auteurs de l'article de Nature. C'est encore pire dans certains pays d'Asie du Sud, notamment au Bangladesh "où 63 % de la population est porteuse d'au moins une copie de la séquence ADN à risque", souligne Svante Pääbo.

Un constat qui pourrait contribuer à comprendre pourquoi les ressortissants bangladais au Royaume-Uni sont deux fois plus susceptibles de mourir du Covid-19 que les Britanniques, comme l'a relevé le Public Health England, l'agence gouvernementale en charge des questions de santé publique, dans une étude publiée en juin.

"Cocktail exposif" légué par Néandertal

Ironiquement, l'une des hypothèses pour expliquer l'importance de cette particularité génétique parmi les habitants de pays d'Asie du Sud est que "ces gènes de Néandertal ont joué un rôle positif dans la défense immunitaire contre certaines maladies endémiques dans cette région comme le choléra", souligne Svante Pääbo. Les porteurs de cet héritage auraient ainsi mieux résisté que les autres, ce qui leur a permis de devenir majoritaires… et d'être aujourd'hui plus en danger face au Sars-Cov-2.

"À mon sens, cet aspect génétique est, après l'âge, le deuxième facteur de risque le plus important de développer une forme grave du Covid-19", affirme le directeur de l'Institut Max-Planck d'anthropologie évolutionniste. Il le place même au-dessus des comorbidités, comme le diabète ou d'autres maladies connues pour jouer un rôle dans la virulence des symptômes du virus. 

Ce que les deux chercheurs ont, en effet, constaté en analysant les résultats de l'étude sur les facteurs génétiques et les risque face au Covid-19, c'est que "si vous avez hérité de ces gènes de votre mère et de votre père, c'est comme si on vous ajoutait 20 ans face à la maladie", résume Svante Pääbo. En d'autres termes, une personne de 40 ans à qui les deux parents ont légué ce bagage génétique vieux de 50 000 ans a le même risque de connaître des complications graves de la maladie qu'un sexagénaire.

Pas seulement génétique

C'est pourquoi Svante Pääbo pense qu'il est important d'essayer de comprendre pourquoi ces gènes de Néandertal amplifieraient le risque. "On ne sait pas toujours le rôle que joue chaque gène", reconnaît-il. Mais pour deux d'entre eux, il a des hypothèses. L'un d'entre eux jouerait un rôle dans les défenses du corps face aux virus et on sait que les symptômes du Covid-19 peuvent être aggravés par une trop forte réaction du système immunitaire. L'autre gène a un lien direct avec la protéine qui sert de récepteur au Sars-Cov-2. "Ensemble, ils peuvent former un cocktail particulièrement explosif dans le cas du coronavirus", estime ce chercheur.

"C'est un travail très intéressant et sérieux, qui ouvre de nouvelles perspectives de recherche", reconnaît un spécialiste allemand des questions d'évolution qui a préféré garder l'anonymat, contacté par France 24. Dans les colonnes du Monde, Luis Quintana-Murci, un chercheur du Collège de France, appelle d'ailleurs à "néandertaliser des cellules humaines pour étudier les effets fonctionnels" de cette séquence ADN. En clair, il veut reproduire en laboratoire ce fragment du génome pour mieux comprendre ce qui se passe lorsqu'il rentre en contact avec le Sars-Cov-2.

Mais d'autres chercheurs appellent à la prudence. "Il faut faire attention à ne pas réduire la question à une simple affaire de génétique", affirme Mark Maslin, chercheur à l'University College de Londres, interrogé par The Guardian. Il rappelle que la réponse immunitaire du corps tient autant aux gènes qu'à des facteurs environnementaux et à l'état de santé général du patient. Il ne nie, cependant, pas que l'homme de Néandertal, à travers les âges, nous a légué une bombe à retardement qui vient peut-être d'exploser.

 

* À part en Afrique, où l'homme de Néandertal n'a pas mis le pied. Ce qui pourrait aussi nourrir le débat sur la faible mortalité due au Covid-19 sur le continent africain.

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