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L’école obligatoire dès trois ans scandalise les familles qui pratiquent l’instruction à domicile

Le président Emmanuel Macron, évoque son plan d'action pour lutter contre le séparatisme, vendredi 2 octobre 2020, aux Mureaux, dans les Yvelines, près de Paris.
Le président Emmanuel Macron, évoque son plan d'action pour lutter contre le séparatisme, vendredi 2 octobre 2020, aux Mureaux, dans les Yvelines, près de Paris. © Ludovic Marin, AP
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Vidéo par : FRANCE 3
19 mn

Au nom de la lutte contre le "séparatisme islamiste", Emmanuel Macron a annoncé, vendredi, que l'école deviendra obligatoire dès l'âge de 3 ans à partir de la rentrée 2021, "sauf impératifs de santé". Une mesure liberticide et "démagogique" aux yeux des quelques milliers de familles qui revendiquent le droit de pratiquer l’instruction à domicile en France.   

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Qui a eu cette idée folle un jour de rendre l’école obligatoire ? C’est la question que se posent les familles qui ont choisi l’instruction à domicile pour leurs enfants. Car Emmanuel Macron, il s’agit bien de lui, a en effet annoncé, vendredi 2 octobre, dans un discours très attendu sur le séparatisme religieux, qu’il comptait mettre un terme à cette pratique, dans le but de lutter contre l’islamisme. "C'est une nécessité, a déclaré le chef de l'État, en déplacement aux Mureaux, en région parisienne, pour l’occasion. 

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Chaque mois, des préfets ferment des écoles illégales. Partout sur notre territoire, des parents d’élèves viennent voir le recteur et disent que le cours de musique, c'est terminé, que la piscine, c'est terminé, et enfin c'est la déscolarisation. Ces enfants ne suivent pas les cours du Cned [enseignement public à distance, NDLR]", a-t-il ajouté. "Des murs, presque pas de fenêtre, des femmes en niqab qui les accueillent, des prières, certains cours, voilà leur enseignement." 

>> À lire : Discours sur le "séparatisme islamiste", réactions mitigées de la classe politique française

L’instruction à domicile "dévoyée"

Le nombre d’enfants qui suivent l’instruction à domicile concernait 50 000 élèves, soit 0,5 % des 12,4 millions recensés à la rentrée 2020. Sur ces 50 000 élèves, "plus de 25 000 sont malades" et continueront donc d'être instruits par le Cned. L’exécutif assure, en outre, que ce chiffre n'a cessé d’augmenter chaque année. Ils étaient 41 000 en 2019, 35 000 en 2018 et 25 000 en 2016, d’après les données de l'Éducation nationale. 

Interrogé sur LCI, le ministre de l'Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, a lui aussi défendu le projet de loi. "L'idée, c'est qu'il y ait moins d'instruction à domicile, parce que dans les temps précédents, elle a été dévoyée au profit de structures parfois radicales, donc on se donne l'instrument pour lutter contre le radicalisme, islamiste en particulier, quand il conduit à retirer les enfants de l'école, ce qui est un abus." 

"Une mesure digne d’un État totalitaire” 

Du côté des familles qui pratiquent l’école à la maison, la mesure présidentielle passe mal. "J’ai été stupéfaite d’entendre cette nouvelle, raconte à France 24 Gwenaële Spenlé, maman qui enseigne l’instruction à ses 5 enfants dans un petit village des Vosges et membre actif de l’association Les enfants d’abord. Cette interdiction ne va rien changer au problème : ceux qui enseignent le radicalisme religieux à leurs enfants continueront à le faire. C’est une mesure qui porte atteinte aux libertés fondamentales. Un seul pays en Europe interdit l’instruction à domicile, il s’agit de l’Allemagne. Cette décision avait été mise en application sous le régime de Weimar en 1938 et n’a pas été changée depuis. C’est une mesure digne d’un État totalitaire, sauf que l’endoctrinement contre lequel on est censé lutter ne vient plus des parents mais de l’Éducation nationale. La radicalisation n’est qu’un prétexte”.  

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Chez les sociologues, la question fait également débat. "Je crois que les mesures ne sont pas adaptées parce que le diagnostic est faux, estime Raphael Liogier, sociologue à l’IEP d’Aix en Provence, spécialiste des questions d’islamisation. Depuis les attentats terroristes qui ont été très traumatiques en France, avec notamment Charlie Hebdo en 2015, on focalise de façon obsessionnelle sur l’islam en tant que doctrine. C’est un raisonnement linéaire qui donne le sentiment que plus on pratique l’islam plus on a des chances d’être terroriste. Sauf qu’on ne vise pas les bons milieux. La réalité est moins facile à discerner et moins visible. Les terroristes ont parfois des origines maghrébines, parfois des origines musulmanes mais pas forcément. Ce sont avant tout les individus qui se trouvent dans une dérégulation sociale qui versent dans le terrorisme. Ils sont d'abord animés par un esprit de vengeance et se tournent dans un second temps vers l’islamisme pour passer à l’action." 

Un projet de loi présenté le 9 décembre  

La réponse apportée par le gouvernement à la question de la lutte contre l’extrémisme religieux et au terrorisme est "une mesure purement démagogique et politique", s’indigne Anne Detremmerie, membre de l'association Les enfants d'abord, qui fait elle aussi l’école à la maison à ses trois enfants de 15 ans, 12 ans et 10 ans dans le département du Rhône. Je serais curieuse de connaître le nombre de terroristes qui sont passés par l’instruction à domicile, s'interroge la mère de famille et éducatrice Montessori qui a retiré sa fille aînée d’un système scolaire qu’elle jugeait trop violent sur le plan émotionnel.  

>> À lire : Face au "séparatisme islamiste", Emmanuel Macron prône la "reconquête républicaine"

Soucieux de séduire l’aile droite de son électorat à 20 mois de l’échéance présidentielle, Emmanuel Macron semble, pour sa part, bien déterminé à traiter rapidement ce dossier. Il a par ailleurs indiqué que le projet de loi de lutte contre les séparatismes sera présenté le 9 décembre prochain en conseil des ministres.  

Les familles qui prodiguent l’enseignement à la maison sont elles aussi pressées d'en découdre. "Si la loi passe, on trouvera des solutions, on partira à l’étranger, on avisera, abonde Gwenaële Spenlé. En attendant, on va tout faire pour qu’elle ne soit pas votée. On va contacter les députés, des sénateurs, on va se battre. Avec les responsables de l’association Les enfants d’abord, on a d’ailleurs déjà rédigé un premier communiqué de presse, qui a pour titre 'L’école obligatoire : fausse solution et atteinte aux libertés fondamentales de tous'". 

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