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Surréalisme, mystère et poésie: le cimetière du Père-Lachaise à Paris entretient sa légende

Sculpture de femme installée près d'une tombe encore vide au Père-Lachaise, le 25 septembre 2020
Sculpture de femme installée près d'une tombe encore vide au Père-Lachaise, le 25 septembre 2020 Christophe ARCHAMBAULT AFP/Archives
5 mn
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Paris (AFP)

Elle est apparue au beau milieu du mois de juillet, au détour d'une allée du Père-Lachaise. Une sculpture de femme, une tombe encore vide, une commanditaire anonyme et un soupçon de mégalomanie: l'équation parfaite pour alimenter les mythes et légendes du cimetière le plus célèbre de Paris.

En cette matinée encore ensoleillée de septembre, un couple de promeneurs égaré dans le "Carré des Romantiques", la partie la plus ancienne du cimetière où reposent notamment Chopin et Géricault, contemple la femme en marbre de Carrare, haute de 1,85 mètre, surplombant une plaque vierge de toute inscription. "Pour moi, c'est Deneuve", dit l'homme en scrutant le visage de la statue, qui pourrait effectivement ressembler à celui de la reine des actrices françaises.

L'auteur de la sculpture, le Toulousain Gérard Lartigue, esquisse un sourire. Il est venu découvrir in situ son oeuvre, dont il a appris, tout à fait par hasard, qu'elle avait été enfin installée au cimetière.

Lié par le secret, il ne dira pas qui est la commanditaire, lâchant simplement qu'il s'agit d'une écrivaine passionnée d'Egypte antique, qu'il n'a rencontrée qu'une fois.

"J'ai reçu un appel il y a un peu plus d'un an, me demandant si je voulais faire une oeuvre pour le Père-Lachaise", raconte-t-il à l'AFP. C'est oui, immédiatement. Le cimetière parisien, avec ses sépultures célèbres --Molière, Maria Callas, Oscar Wilde, Jim Morrison...--, ses allées sinueuses et arborées, ses trois millions de visiteurs par an, ne se refuse pas.

Un bloc de 700 kilos de marbre de Carrare est alors livré devant son atelier, et le sculpteur travaillera pendant six mois pour créer celle qu'il appelle "la Pharaonne", en raison de la passion vouée par la commanditaire à la reine de l'Egypte antique Hatchepsout.

- "Non, c'est non" -

"De la mégalomanie, de l'insolite, de l'inconnu, du saugrenu : le Père-Lachaise, c'est un fantastique théâtre. Il n'y a pas de plus beau réservoir d'Histoire et d'histoires", s'enthousiasme Bertrand Beyern, écrivain et conférencier, qui se qualifie de "nécrosophe" et arpente les cimetières depuis son adolescence.

Construit en 1804, ce parc dominant Paris sur une colline du nord-est de la capitale, où plus d'une centaine de Communards furent fusillés par les troupes gouvernementales en 1871, abrite 70.000 sépultures et 26.000 urnes au colombarium.

Au-delà des mythes célèbres du cimetière -beuveries sur la tombe de Morrison, baisers au rouge à lèvres sur celle d'Oscar Wilde, visites ésotériques chez le père du spiritisme Allan Kardec... --, le lieu regorge d'histoires moins connues, mais tout aussi étonnantes.

Rares, les sépultures anonymes valent le détour. A l'instar de cette plaque au colombarium, sans nom, sans prénom, sans date. Juste une inscription: "Non, c'est non".

"C'est l'épitaphe la plus nihiliste qu'on puisse imaginer", s'esclaffe M. Beyern, qui cite aussi volontiers la tombe d'une dame morte il y a 150 ans, sur laquelle le veuf, peu pressé de la rejoindre, avait inscrit: "Attends-moi longtemps".

- Télégraphe et appareil photo -

La construction d'un monument funéraire nécessite l'autorisation du conservateur du cimetière, ainsi que l'avis de l'architecte des bâtiments de France, explique la mairie de Paris. Et théoriquement, il n'est plus possible de faire ériger sa sépulture avant sa mort.

Cela n'empêche pas les monuments les plus étranges, telle la tombe de Claude Chappe, inventeur du télégraphe optique à la fin du XVIIIe siècle: un amas de rochers moussus surmonté d'un petit télégraphe. Ou celle de la fille de la célèbre résistante Berty Albrecht, Mireille, écrivaine, galeriste, voyageuse, muse de Saint-Germain-des-Prés: une chaise de bistrot bariolée en bleu blanc rouge, en équilibre sur la pierre tombale.

Autre monument étonnant, celui imaginé par André Chabot, un photographe français -bien vivant- spécialisé dans l'art funéraire, pour sa future sépulture. Il s'agit d'un immense appareil photo en granit noir posé à l'intérieur d'une chapelle. Là encore, pas de nom, mais un QR code à l'entrée, qui, scanné, renvoie sur le site internet de l'artiste.

"Il y a des nouveaux venus en permanence, le Père-Lachaise est un organisme en mouvement", décrit Bertrand Beyern, avant de s'arrêter sur le plus ancien monument du cimetière, élevé à la gloire d'un jeune dragon des armées napoléoniennes. Il s'appelait Guillaume Lagrange et il est mort "dans les déserts de la Pologne" le 4 février 1807, où son corps a été enseveli. Sa mère a fait ériger une pierre "à la gloire du plus tendre des fils et des amis", sur laquelle est gravée, dans un style enfantin, l'histoire de la courte vie du jeune homme.

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