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Au Kirghizstan, des manifestants envahissent le siège du pouvoir et libèrent l'ex-président

Des manifestants protestent contre le résultat d'un vote parlementaire, lundi 5 octobre 2020 à Bichkek.
Des manifestants protestent contre le résultat d'un vote parlementaire, lundi 5 octobre 2020 à Bichkek. © Vyacheslav Oseledkov, AFP
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Vidéo par : Éléonore VANEL
7 mn

Après des élections législatives contestées, le bâtiment abritant le Parlement et l'administration présidentielle au Kirghizstan a été envahi par des manifestants mardi matin. Ces derniers ont également libéré de sa cellule l'ex-président Almazbek Atambaïev, qui avait été arrêté au mois d'août.

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Des manifestants ont envahi, tôt mardi 6 octobre, le siège du pouvoir à Bichkek, capitale du Kirghizstan, contestant les résultats des élections législatives de dimanche, et ont libéré de prison l'ancien président Almazbek Atambaïev. Les protestataires, qui réclament la démission du président Sooronbay Jeenbekov et la tenue de nouvelles élections législatives, n'ont rencontré aucune résistance.

Des accusations de fraudes, notamment d'achats de voix, ont terni celles organisées dimanche. Le chef de la mission de l'OSCE venue observer les élections, Thomas Boserup, avait jugé que les élections s'étaient "bien déroulées dans l'ensemble", mais que "des allégations crédibles d'achats de voix suscitent une inquiétude sérieuse".

Les manifestants ont dans la foulée libéré de prison l'ancien président Almazbek Atambaïev "sans faire usage de la force ni des armes", a affirmé à l'AFP l'un de ses partisans, Adil Turdukuov, qui a dit avoir assisté à la scène. 

Pas de résistance

La cellule de l'ancien dirigeant, qui purgeait une peine de 11 ans de prison et est un ancien protégé de l'actuel président, se trouvait dans le bâtiment du Comité pour la sécurité nationale et les gardiens n'ont opposé aucune résistance selon lui. Des vidéos diffusées peu après sur les réseaux sociaux ont montré Almazbek Atambaïev saluant ses partisans.

Un témoin ayant participé à l'entrée dans le Parlement mais ayant requis l'anonymat a indiqué à l'AFP que les protestataires s'étaient forcé un passage dans le bâtiment. "Personne n'essayait de le protéger lorsque la foule est entrée", a-t-il indiqué. "Nous nous sommes arrêtés, nous avons chanté l'hymne national et nous sommes entrés dans le bâtiment sans (rencontrer) de résistance", a-t-il ajouté, précisant que seuls quelques "agents techniques" se trouvaient alors à l'intérieur et se sont rapidement retirés.

Des photos publiées par le service kirghiz de Radio Free Europe ont montré des manifestants déambulant dans le principal centre du pouvoir au Kirghizstan. Plusieurs autres médias locaux ont également rapporté la prise du bâtiment par les protestataires.

120 blessés

Lundi, au moins 120 personnes avaient été hospitalisées à Bichkek après des heurts entre la police et des manifestants qui contestaient les résultats des élections législatives de la veille dominées par deux partis proches du pouvoir. La police a fait usage de grenades assourdissantes, puis de gaz lacrymogènes pour disperser les centaines de manifestants réunis dans le centre de la ville. La manifestation avait été organisée à l'appel de cinq partis politiques qui ont échoué à atteindre le seuil de 7 % nécessaire pour entrer au Parlement.

Pour tenter d'apaiser les tensions, le bureau de Sooronbay Jeenbekov a annoncé lundi soir que le président de 61 ans, élu en 2017, rencontrerait mardi les dirigeants de 16 partis ayant participé aux élections. En soirée, le parti pro-présidentiel Birimdik, arrivé en tête avec 25 % des voix, a annoncé qu'il acceptait l'idée d'une nouvelle élection, appelant tous les autres partis ayant dépassé les 7 % à faire de même.

Birimdik et le parti Mekenim Kirghizstan, tous deux pro-Jeenbekov et favorables à une intégration renforcée de Bichkek au sein de l'Union économique eurasiatique promue par Moscou, sont au coude-à-coude avec environ un quart des voix. Le parti pro-présidentiel Kirghizstan devrait également se maintenir au Parlement avec près de 9 % des voix. Deux autres formations, l'une nationaliste et l'autre fondée par un ex-Premier ministre, devraient elle aussi dépasser les 7 %.

Exception démocratique

Les heurts se sont toutefois poursuivis dans la nuit dans les rues environnant la place Ala-Too de Bichkek où s'étaient d'abord réunis les manifestants. Les boutiques du centre-ville ont retiré leurs produits des étals, par peur de possibles pillages.

Dans l'après-midi, au moins 5 000 personnes étaient réunies sur la place Ala-Too, à proximité de la présidence, scandant des slogans anti-pouvoir. "Jeenbekov dehors ! Matraïmov dehors !", lançait la foule, s'adressant au président Sooronbay Jeenbekov et à un ancien haut responsable accusé de corruption.

La place Ala-Too avait été le point de départ de deux révolutions en 2005 et 2010 qui avaient renversé successivement deux présidents autoritaires. Entouré de régimes autoritaires, le Kirghizstan, pays pauvre et montagneux, fait figure d'exception démocratique en Asie centrale, même si les transitions politiques ont toujours été houleuses.

Avec AFP

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