Sous la pression de la rue, le Premier ministre du Kirghizstan démissionne

Un manifestant enveloppé dans le drapeau national lors d'un rassemblement contre les résultats des élections législatives. le 6 octobre à Bichkek.
Un manifestant enveloppé dans le drapeau national lors d'un rassemblement contre les résultats des élections législatives. le 6 octobre à Bichkek. © Vladimir Pirogo, Reuters

Le Premier ministre kirghiz Koubatbek Boronov, soutien du président en place, a démissionné mardi, cédant aux manifestants protestant contre les résultats des élections législatives. Il a été remplacé par un homme politique libéré de prison la veille, Sadyr Japarov.

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C'est une victoire pour les manifestants mobilisés depuis dimanche 4 octobre contre les résultats des élections législatives. Le Premier ministre kirghiz, Koubatbek Boronov, a démissionné, remplacé par Sadyr Japarov. Ce politicien nationaliste libéré de prison dans la nuit par les manifestants et détracteur du président Sooronbaï Jeenbekov, a été nommé par le Parlement lors d'une réunion extraordinaire qui s'est tenue dans un hôtel de Bichkek, le bâtiment abritant l'Assemblée étant occupé par les protestataires.

Les États-Unis ont appelé mardi à la retenue et à une solution "pacifique" au Kirghizstan. "Nous demandons à toutes les parties de s'abstenir de toute violence et de résoudre les différends électoraux par des voies pacifiques", a dit un responsable du département d'État américain à l'AFP.

À travers le pays, plusieurs mines d'or ou de charbon, sources de revenus cruciales pour cette ex-république soviétique assez pauvre en ressources naturelles, ont été attaquées par des bandes armées.

Résultats invalidés

Contestés par les manifestants ayant envahi dans la nuit le siège du gouvernement après des affrontements avec la police qui ont fait un mort et 686 blessés, les résultats du scrutin ont eux été "invalidés", a annoncé la Commission électorale kirghize.

Menace supplémentaire pour le pouvoir, les protestataires ont libéré de prison Almazbek Atambaïev, ex-président incarcéré depuis un an et ancien allié devenu le principal adversaire du président Jeenbekov. Le chef de l'État actuel est toutefois toujours à Bichkek et a le "contrôle" du pays, a insisté la présidence kirghize.

Le Kremlin s'est dit "préoccupé" et a appelé les forces politiques kirghizes à "rester dans la constitutionnalité" pour trouver "rapidement une solution". Sooronbaï Jeenbekov est proche de la Russie, comme l'était son prédécesseur.

Pillages

Si la situation était plus calme mardi dans la capitale, les manifestants ont toutefois gardé le contrôle du siège du gouvernement, où des fenêtres ont été brisées et des bureaux saccagés. Des pillages ont également été signalés et de nombreux commerces ont gardé leurs portes closes.

Des troubles étaient par ailleurs signalés en province. Des hommes armés ont notamment attaqué une grande mine d'or qui a dû suspendre ses activités, selon l'entreprise Alliance Altyn. Une société contrôlant une vaste mine de charbon dans la région de Naryn (est) a annoncé dans un communiqué que la mine avait été saisie et leurs bureaux dévalisés par un groupe criminel. La base militaire russe au Kirghizstan a de son côté dit avoir renforcé sa sécurité.

Rétablir la stabilité

Ces émeutes rappellent celles de 2005 et 2010 qui s'étaient muées en une révolution émaillée de pillages, chassant le pouvoir en place accusé de corruption et de dérive autoritaire.

Mardi, une dizaine de partis politiques ont annoncé avoir formé un "conseil de coordination" en vue rétablir la stabilité et "le règne de la loi", accusant le président Jeenbekov de ne pas avoir permis le déroulement d'élections justes.

Les résultats controversés des législatives de dimanche, remportées par deux partis proches du chef de l'État, avaient fait descendre des milliers de personnes dans les rues de Bichkek. Les manifestants réclament la démission de Sooronbaï Jeenbekov et de nouvelles élections.

Avec AFP

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