Débat des colistiers aux États-Unis : Mike Pence, le républicain dans l'ombre de Donald Trump

Le vice-président de Donald Trump, Mike Pence, doit affronter mercredi 7 octobre la démocrate Kamala Harris lors du débat des colistiers.
Le vice-président de Donald Trump, Mike Pence, doit affronter mercredi 7 octobre la démocrate Kamala Harris lors du débat des colistiers. © Mandel Ngan, AFP

Vice-président depuis quatre ans, l'ancien gouverneur de l'Indiana Mike Pence affronte mercredi Kamala Harris dans le débat des colistiers. Une opposition de style entre la démocrate californienne et l'austère conservateur du Midwest, souvent en retrait par rapport au tumultueux Donald Trump.

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"Je suis chrétien, conservateur et républicain. Dans cet ordre." Mike Pence, 61 ans, aime à se décrire ainsi. Le discret vice-président des États-Unis a passé quatre ans en retrait derrière Donald Trump. Cette fois, il va se retrouver sous le feu des feux projecteurs, mercredi 7 octobre, à l'occasion du traditionnel débat des colistiers qui le verra croiser le fer avec la démocrate Kamala Harris à Salt Lake City, dans l'Utah.

Derrière son image effacée, presque grise, se cache un orateur discipliné dont démocrates comme républicains soulignent les performances passées. Et qui avait déjà su surprendre en 2016, lors du débat des vice-présidents contre Tim Kaine.

Chrétien "born again", clé de l'électorat évangélique

Né en 1959 à Columbus, petite ville de l'Indiana, dans la grande banlieue d'Indianapolis, Mike Pence est l'incarnation même de "la vraie Amérique". La religion tient une place fondamentale dans sa vie. Ce descendant d'Irlandais catholiques et démocrates est même enfant de chœur.

Dans les années 1970, une fois adulte et à l'université, il va se convertir deux fois : il se tourne vers les républicains, séduit par le néo-libéralisme de Ronald Reagan et son "conservatisme de bon-sens", et il devient chrétien "born again", c'est-à-dire converti au protestantisme évangélique. Il fréquente la "méga église" College Mark à Indianapolis. Il est souvent caricaturé en rigoriste, voire fanatique. Mike Pence a ainsi défendu par le passé le créationnisme, qualifiant "l'évolution" d'une "théorie comme une autre".

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Son militantisme évangélique le pousse également à soutenir fermement Israël :"Votre cause est notre cause, vos valeurs sont nos valeurs", a-t-il affirmé en janvier 2018, lors d'un discours devant la Knesset, le Parlement israélien.

Comme souvent dans le système politique américain, il est choisi comme colistier par Donald Trump en 2015 pour des raisons d'équilibre politique. Le milliardaire va débaucher ce quasi inconnu pour courtiser l'électorat républicain traditionnel du Midwest, mais aussi rassurer les électeurs religieux, à l'époque rebutés par la moralité douteuse de ce New-Yorkais, divorcé deux fois et régulièrement à la une des magazines à scandale pour ses liaisons.

Avec Mike Pence, peu de chances que cela arrive. En 2002, il confiait à un journaliste de The Hill qu'il ne mangeait jamais seul avec une femme et qu'il n'assistait pas à des événements où de l'alcool était servi sauf si son épouse était présente. Pour ne pas succomber à d'éventuelles tentations. 

Conservateur rigoureux

Avocat de formation, ancien animateur de radio et de télévision avant d'être élu à la Chambre des représentants en 2000, Mike Pence a affiché une constance dans son ultra-conservatisme tout au long de sa carrière.

Conséquence logique de sa ferveur religieuse, Mike Pence est "pro-life". Dans son État de l'Indiana, en 2016, Il est à l'origine de deux lois anti-avortement les plus restrictives du pays. La première interdit même les IVG sur les fœtus souffrant de malformation. La seconde rend obligatoire l'enterrement ou l'incinération des fœtus avortés.

Mike Pence affirme ne pas distinguer les femmes de leur rôle de mère et s'oppose à l'idée qu'une femme puisse concilier favorablement sa carrière et l'éducation de ses enfants sous peine de nuire au développement de ses derniers.

En tant que gouverneur de l'Indiana, il a également validé une loi autorisant les entreprises à refuser de fournir des services dans le cadre de mariages homosexuels. Il décrit d'ailleurs l'homosexualité comme un "effondrement sociétal". Il soutient d'ailleurs le financement public des thérapies de conversion pour les personnes LGBT.

Il s'est aussi opposé à un programme d'échange de seringues qui permettait aux toxicomanes de remplacer une seringue usagée par une neuve pour diminuer les risques de transmission du VIH. Une explosion de cas dans plusieurs comtés l'a contraint à faire marche arrière.

Républicain classique

Si Donald Trump est arrivé à la Maison Blanche sans jamais avoir possédé de mandats électifs, Mike Pence a lui suivi une trajectoire politique plus classique. Il a d'abord été élu au Congrès entre 2001 et 2013 puis gouverneur de l'Indiana. Il n'a acquis une stature nationale que lorsque Donald Trump en fait son colistier lors de la convention républicaine de 2016.

Il n'a d'ailleurs pas toujours appuyé le milliardaire. Pendant la campagne présidentielle de 2016, Mike Pence avait ainsi qualifié l'idée d'interdire l'entrée de musulmans sur sol américain d'"insultante et inconstitutionnelle". Il avait aussi condamné les propos sexistes de Donald Trump parlant d'"attraper des femmes par la ch...". Il avait d'ailleurs dans un premier temps soutenu le sénateur texan Ted Cruz dans la course à la Maison Blanche.

Après la victoire surprise de Donald Trump, Mike Pence montre qu'il sait se rendre utile au président, sans tenter de le contredire. L'ancien parlementaire est chargé de maintenir le lien avec des élus républicains un peu désemparés par ce président turbulent qui lui refile les corvées dont il ne veut pas. Face à l'imprévisibilité de Donald Trump, il est l'incarnation de la ligne républicaine classique.

Nommé par le président à la tête de la cellule de crise Covid-19 dès février, il s'en est tenu sur le sujet à des propos mesurés, loin des dérapages, approximations et provocations du locataire de la Maison Blanche. Tout en prenant toujours soin de ne jamais contredire frontalement ce dernier.

Dans les premiers temps de la campagne de Donald Trump pour 2020, le bruit a couru que le président cherchait un nouveau colistier, de préférence une femme, pour donner un coup de fouet à sa deuxième course à la Maison Blanche. Mais le président a récompensé la loyauté de Mike Pence, et ses liens étroits avec les Blancs chrétiens, plutôt âgés, qui ont joué un rôle-clé dans sa victoire il y a quatre ans.

"Il est solide comme un roc. Il a été un vice-président fantastique", avait lancé le milliardaire républicain en août. "Il est respecté par tous les groupes religieux. Que ce soient les évangéliques ou les autres."

À l'annonce, vendredi dernier, que Donald Trump était malade du Covid-19, tous les regards s'étaient tournés vers son lieutenant, premier dans l'ordre de succession présidentielle. D'autant que les journalistes Michael D'Antonio et Peter Eisner le dépeignent comme "un opportuniste" assoiffé de pouvoir dans leur livre-portrait "The Shadow President" '(2018).

Tout comme Kamala Harris qu'il affronte mercredu soir, Mike Pence est vu comme un président en puissance au vu de l'âge avancé de Donald Trump (74 ans). En cas de décès prématuré du président, sa loyauté patiente pourrait lui permettre d'accéder à la fonction suprême.

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