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"Le Grand Jury", rituel adoré et redouté par les politiques depuis 40 ans

Le studio où étaot enregistrée l'émission Le Grand Jury RTL-LCI-Le Figaro en mars 2006 à Paris
Le studio où étaot enregistrée l'émission Le Grand Jury RTL-LCI-Le Figaro en mars 2006 à Paris STEPHANE DE SAKUTIN AFP/Archives
4 mn
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Paris (AFP)

C'est une émission redoutée autant qu'elle est courtisée par les politiques et les chefs d'entreprise: "Le Grand Jury", aujourd'hui rendez-vous incontournable pour les responsables de tous bords, faisait ses débuts il y a quarante ans jour pour jour sur les ondes de RTL.

Plusieurs habitués de l'émission ont confié leurs souvenirs à la radio, comme François Hollande qui sera son prochain invité, ou Nicolas Sarkozy, dont on ne compte plus les passages et qui dit en avoir longtemps rêvé avant sa première participation.

"C'était une consécration, on entrait dans la cour des grands" a-t-il témoigné, décrivant l'intense préparation qu'il s'imposait à chaque invitation dans l'émission.

En créant "Le Grand Jury", RTL voulait rivaliser avec "Le club de la presse" de sa rivale Europe 1. La présidentielle de 1981 était en ligne de mire, et la perspective d'une libéralisation, tôt ou tard, de la FM, promettait d'intensifier la concurrence radiophonique.

Mais pas question de se lancer toute seule. Car en 1980, "RTL était jugée une radio populaire par rapport à Europe 1, radio plus élitiste et CSP+. On voulait s'associer à un média important et sérieux", raconte à l'AFP Michèle Cotta, à l'époque chef du service politique de la station.

- Le tournant de l'info -

D'où l'idée de s'allier au quotidien Le Monde. L'émission, qui s'appellera "Le Grand Jury RTL Le monde" et deviendra un rendez-vous dominical au bout de quelques mois, est lancée le 7 octobre 1980, avec Simone Veil, alors présidente du Parlement européen, pour premier invité.

Non sans remous: le président Valéry Giscard d'Estaing, considérant la participation du Monde comme "un acte de guerre", fait savoir son mécontentement au patron de RTL Jacques Rigaud, se remémore Michèle Cotta. La radio tiendra bon, mais VGE sera le seul candidat à bouder l'émission durant la campagne présidentielle de 1981...

Malgré le courroux élyséen, l'émission fait rapidement ses preuves et inaugure un tournant à RTL. "Cette émission était une mine d'or. Grâce à elle, RTL, qui n'était pas jusqu'alors à l'avant-garde en matière de politique, est devenue une radio autant d'information que de divertissement", rappelle Michèle Cotta.

La diffusion télé s'ajoute à la fin des années 1980 (sur Paris Première, RTL9, puis LCI depuis 1997), avant que le Figaro ne se substitue au Monde en 2005.

Et en 2015, "Le Grand Jury" passe de la fin d'après-midi à la mi-journée, pour lui redonner un temps d'avance dans une arène politique encombrée par "l'avalanche des invités dominicaux", selon l'expression de Jacques Esnous, patron de l'info de RTL.

"En 40 ans, c'est resté un instrument de pouvoir, en direction du grand public", estime le responsable, pour qui "c'est une émission utile au débat politique parce qu'on peut aller au-delà du vernis", grâce à son format d'une heure en direct, rare par les temps qui courent.

Un marathon auquel les invités se préparent minutieusement, conscients de l'écho de leurs propos, l'émission étant écoutée par plus de 500.000 auditeurs en moyenne à chaque instant, sans compter les téléspectateurs sur LCI.

- "Rite de passage" -

"Aujourd'hui, c'est un peu le tweet qui rythme la vie politique française, et là, on a une heure pour interviewer un invité, c'est un luxe. Ca permet d'aller chercher les contradictions et les failles des invités", avance Benjamin Sportouch, chef du service politique de RTL, qui présente le rendez-vous depuis 2017.

Le meneur de jeu a modifié la formule pour donner un nouveau rythme: les invités et les journalistes ne sont plus assis mais debout derrière des pupitres, et un séquençage a été introduit.

"Le grand jury", devenu "un rite de passage" des politiques, doit les mettre en tension, "comme dans un grand oral", pour sortir de la langue de bois, justifie Benjamin Sportouch. "On doit être incisif sans être agressif".

Un format qui ne favorise pas ces "petites phrases" dont les médias raffolent. Mais qui accouche parfois de déclarations très marquantes, comme les propos de Jean-Marie Le Pen sur les chambres à gaz, "point de détail de l'histoire de la seconde guerre mondiale", en 1987.

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