États-Unis : Kamala Harris et Mike Pence offrent aux téléspectateurs un débat courtois

Kamala Harris et Mike Pence débattent à Salt Lake City, le 7 octobre 2020.
Kamala Harris et Mike Pence débattent à Salt Lake City, le 7 octobre 2020. © Morry Gash, Reuters

Après un premier débat présidentiel houleux la semaine dernière, le vice-président de Donald Trump, Mike Pence, a affronté la colistière de Joe Biden, Kamala Harris, mercredi soir à Salt Lake City. Leurs échanges, durant lesquels la pandémie de coronavirus a occupé une place importante, ont été courtois et disciplinés.

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C'est un débat sous le signe du coronavirus qui a été organisé, mercredi 7 octobre à Salt Lake City, en Utah. L'annonce de la contamination de Donald Trump, la semaine dernière, a chamboulé la campagne présidentielle américaine. Les deux colistiers de cette course à la Maison Blanche, le vice-président républicain Mike Pence et la sénatrice démocrate de Californie Kamala Harris, ont donc débattu séparés par des parois en plexiglas. Dans une Amérique divisée, le symbole est fort.

Les deux candidats ont cependant offert un débat plus policé que celui, chaotique, qui a opposé Donald Trump et Joe Biden mardi dernier. Kamala Harris, procureure de carrière, est réputée pour sa répartie et ses piques incisives. Si elle a par moments refusé de se laisser couper la parole, le ton n'est jamais monté trop haut.

Mike Pence, d'ordinaire calme et discret, a été fidèle à sa réputation. Il s'est adressé avec respect à sa rivale avant le début du débat : "C'est un privilège d'être sur scène avec vous." Il l'a aussi "félicitée" pour sa candidature "historique" en tant que première colistière noire pour un grand parti aux États-Unis. Par la suite, la journaliste Susan Page – cheffe du bureau de Washington du quotidien USA Today – a réussi avec brio à modérer les échanges.

La présence d'une mouche sur la tête de Mike Pence, vers la fin de la soirée, a fini de détendre les téléspectateurs. Ladite mouche a même déjà un compte Twitter... Et le compte officiel du candidat démocrate a saisi l'occasion en publiant une photo de Joe Biden, une tapette à mouche à la main, avec le message suivant : "Versez 5 dollars pour aider cette campagne à prendre son envol."

Coronavirus et économie

La partie la plus intense du débat s'est jouée au début, au sujet de la pandémie de coronavirus. "Le peuple américain a assisté au plus grand échec de n'importe quelle administration présidentielle dans l'histoire de notre pays", a asséné, d'entrée, Kamala Harris. "Ils savaient ce qu'il se passait et ne vous l'ont pas dit", a-t-elle lancé face caméra, reprenant une technique que Joe Biden a utilisée la semaine dernière. "Ils n'ont toujours pas de plan. Eh bien, Joe Biden en a un", a-t-elle ajouté.

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"Je veux que le peuple américain sache que depuis le tout premier jour, le président Donald Trump a placé en premier la santé de l'Amérique", a rétorqué Mike Pence, évoquant notamment la limitation, dès fin janvier, des arrivées en provenance de Chine, le pays où est apparu le virus. Donald Trump a mené "la plus grande mobilisation nationale depuis la Seconde Guerre mondiale", a assuré le vice-président, lui-même responsable de l'équipe de travail de la Maison Blanche sur le coronavirus.

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Mike Pence et Kamala Harris se sont ensuite opposés sur le terrain économique. Le républicain a accusé Joe Biden de vouloir augmenter les impôts des Américains "dès le premier jour", et de vouloir interdire la fracturation hydraulique, une technique controversée visant à extraire le gaz de schiste du sol. C'est faux, a rétorqué Kamala Harris. Le démocrate ne cesse en effet de répéter qu'il n'interdira pas la fracturation hydraulique, sauf sur les terres publiques. C'est un sujet brûlant, notamment en Pennsylvanie, un État-clé où cette industrie prospère. Kamala Harris a aussi assuré que les impôts des plus pauvres et des classes moyennes n'augmenteraient pas, et a critiqué les cadeaux fiscaux offerts par l'administration Trump aux plus riches.

Pandémie, économie... les échanges sont souvent revenus, d'une manière ou d'une autre, à ces deux thèmes. Et pour cause : les démocrates placent la crise sanitaire parmi leurs principales préoccupations, tandis que les républicains citent la reprise économique comme priorité. Chacun des candidats avait donc intérêt à faire glisser le débat sur le thème qui fera gagner son équipe.

Racisme et violences policières

Sur le sujet du racisme et des violences policières, chaque candidat est resté fidèle aux principes de son camp. Kamala Harris a salué la mémoire de Breonna Taylor et de George Floyd, des Afro-Américains tués par la police. Elle a évoqué ces derniers mois de manifestations émaillées de violences. "Nous ne soutiendrons jamais la violence mais nous nous battrons toujours pour nos idéaux", a-t-elle assuré, appelant à une réforme de la police et du système de justice criminelle.

Mike Pence a lui aussi adressé sa sympathie à la famille de Breonna Taylor mais dit "faire confiance au système judiciaire américain". "Il n'y a pas d'excuse pour ce qui est arrivé à George Floyd, la justice sera rendue. Mais il n'y a pas non plus d'excuse pour les émeutes et les pillages qui ont suivi." Le vice-président a rejeté l'idée selon laquelle l'Amérique est traversée par un racisme structurel, une notion qui fait l'objet d'un débat brûlant dans ce pays.

Aussi courtois soient-ils, les deux rivaux n'ont pas pu s'empêcher – c'est le jeu – de se livrer à quelques attaques en règle. Mike Pence a ainsi accusé Kamala Harris d'être la sénatrice la plus à gauche du pays et d'être une politicienne "radicale", une accusation souvent utilisée par Donald Trump. Kamala Harris, elle, a rappelé les propos insultants qu'aurait tenus le président à propos des militaires américains blessés au combat et du sénateur décédé John McCain, prisonnier pendant la guerre du Vietnam. Une polémique que le républicain aimerait ranger aux oubliettes afin de ne pas froisser davantage l'électorat conservateur.

Des questions esquivées

Certaines questions ont aussi été esquivées. Notamment au sujet de la Cour suprême. Interrogé sur la confirmation programmée de la juge conservatrice Amy Coney Barrett, qui pourrait mener au renversement de Roe v. Wade (l'arrêt de 1973 qui, en quelque sorte, interdit d'interdire l'avortement), Mike Pence a refusé de dire s'il soutiendrait une interdiction de l'IVG dans son État de l'Indiana. "Je suis 'pro-life' et je ne m'excuserai pas pour ça", s'est-il contenté d'affirmer avant d'accuser Kamala Harris de soutenir les IVG de fin de grossesse.

La démocrate, elle aussi, a tout fait pour éviter une question de la modératrice. Si Joe Biden arrivait au pouvoir, augmenterait-il le nombre de juges à la Cour suprême afin de rééquilibrer son positionnement idéologique ? Kamala Harris n'a jamais répondu.

À la fin de la soirée, chaque camp a félicité son poulain. "Mike Pence a largement gagné", a tweeté Donald Trump. "Kamala Harris, nous sommes tous fiers de toi ce soir", a écrit Joe Biden. Ce dernier est toujours en tête des sondages et ce débat entre colistiers n'a pas fait émerger de réel vainqueur pouvant déterminer le reste de la course.

Mais il avait ceci de particulier qu'il opposait des candidats à la vice-présidence plus jeunes que les deux hommes en tête du ticket. Mike Pence a 61 ans, Donald Trump en a 74. Kamala Harris a 55 ans, Joe Biden en a 77. Les "numéros 2" ont donc dû prouver qu'ils avaient l'étoffe de remplacer le commandant en chef en cas de pépin de santé. Une perspective bien moins lointaine depuis que Donald Trump a annoncé sa contamination au coronavirus. Son débat du 15 octobre à Miami face à Joe Biden n'a d'ailleurs toujours pas été confirmé officiellement.

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