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Corée du Nord : un défilé géant pour une "arme surprise" ?

Jusqu'à 32 000 soldats pourraient défiler à l'occasion des célébrations du 75e anniversaire du Parti des travailleurs nord-coréen.
Jusqu'à 32 000 soldats pourraient défiler à l'occasion des célébrations du 75e anniversaire du Parti des travailleurs nord-coréen. © Danish Siddiqui, Reuters

La Corée du Nord organise, samedi, un défilé militaire de très grande ampleur afin de célébrer les 75 ans du parti unique. L’occasion pour Kim Jong-un de dévoiler la fameuse "nouvelle arme stratégique" dont il s’était vanté en fin d’année dernière ?

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Cela fera dix ans, jour pour jour, que Kim Jong-un aura été présenté officiellement par son père au peuple nord-coréen. C'est donc un défilé militaire très symbolique que la Corée du Nord organise, samedi 10 octobre, pour le 75e anniversaire du Parti des travailleurs. Des soldats par dizaines de milliers, des missiles, une mystérieuse "nouvelle arme stratégique" et un grand spectacle à la gloire du pouvoir… Une démonstration de force "sans précédent dans l'histoire" du régime, d'après la BBC.

Le régime aurait requis que 32 000 soldats participent à ces célébrations, d’après NK News, l’un des principaux sites d’informations sur la Corée du Nord. Ce serait près de trois fois plus que lors du défilé pour la 70e fête nationale en 2018.

Mystérieuse "nouvelle arme stratégique"

Le terrain d’entraînement pour ce genre de festivités, situé non loin de la base aérienne de Pyongyang, a aussi été agrandi, avec la construction de deux routes supplémentaires et d’une dizaine d’entrepôts où peuvent être stockés du matériel et des véhicules militaires, comme des lanceurs mobiles de missiles, révèlent des images satellite obtenues début octobre par le site 38 North, spécialisé dans l’actualité de la péninsule coréenne.

Mais le clou du spectacle ne sera pas le ballet des soldats traversant la place Kim Il-sung à Pyongyang. "La grande question est de savoir quel type d’armement va être présenté à l’élite du régime, réunie pour l’occasion", souligne Robert Kelly, spécialiste des relations intercoréennes à l’Université nationale de Pusan en Corée du Sud, interrogé par le magazine conservateur américain The National Interest.

Ces grand-messes militaires ont souvent permis à Pyongyang de faire étalage de ses progrès technologiques aussi bien dans le domaine du nucléaire militaire que dans celui des armes plus conventionnelles, comme son arsenal balistique. C’est à l’occasion d’un défilé en 2017 que l’armée nord-coréenne avait, pour la première fois, dévoilé son missile intercontinental capable d’atteindre le territoire nord-américain.

Et cette année, les observateurs s’attendent à ce que Kim Jong-un profite de cet anniversaire pour mettre en scène une mystérieuse "nouvelle arme stratégique". Le leader nord-coréen avait révélé son existence pour la première fois en décembre 2019, et cela fait maintenant plus de dix mois que les rumeurs circulent à son sujet.

L’hypothèse la plus probable "est qu’il s’agit d’un missile balistique intercontinental à propulsion solide", affirme Antoine Bondaz, spécialiste de la Corée du Nord à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), contacté par France 24. Ce type d’arme à longue portée est beaucoup plus facile à déplacer et rapide à déployer que les missiles à propulsion liquide dont disposent actuellement la Corée du Nord et qui nécessitent d’avoir toujours un réservoir de carburant à proximité. En d’autres termes, "ces armes plus mobiles présentent une menace bien plus importante pour les États-Unis et la Corée du Sud car elles sont moins faciles à détruire en cas d’attaque préventive", note Eric Gomez, spécialiste de la stratégie militaire américaine en Asie pour le Cato Institute, un think tank conservateur américain.

Rassurer l’opinion nationale

Si Pyongyang dispose réellement d’un tel missile, ce "serait le clou du spectacle parfait pour le défilé du 75e anniversaire du parti", estime Sojin Lim, codirectrice de l’Institut international des études coréennes à Preston (Royaume-Uni), contactée par France 24.

Elle estime, en effet, que le régime a besoin de "faire une démonstration de force pour rassurer l’opinion nationale à un moment où le pouvoir fait face à des défis importants en interne". La pandémie mondiale a poussé la Corée du Nord à imposer des mesures de restriction des déplacements très sévères à l’intérieur de ses frontières, ce qui n’a pas arrangé une situation économique déjà très fragile. Le pays vient, en outre, d’être frappé par plusieurs typhons qui ont fait d’importants dégâts matériels.

Enfin, Kim Jong-un a annoncé, fin septembre, que le pays n’allait pas atteindre les objectifs économiques sur cinq ans qu’il s’était fixés et qu’il lançait une "bataille de 80 jours" pour relancer la machine économique. En clair, il a prévenu des Nord-Coréens déjà fatigués qu’il "faudrait faire davantage de sacrifices", décrypte Sojin Lim.

Faire étalage, lors du défilé, d’une nouvelle arme perfectionnée "sert à démontrer que la Corée du Nord reste un grand pays capable de prouesses technologiques, ce qui doit remonter le moral de la population et la convaincre de faire les efforts demandés", conclut la codirectrice de l’Institut international des études coréennes.

En attendant le 46e président des États-Unis

Bien sûr, c’est aussi un moyen de signaler au monde, et aux États-Unis en particulier, "que malgré les sanctions et le contexte international, Pyongyang reste capable d’améliorer son arsenal", souligne Sojin Lim.

Mais à l’égard de la communauté internationale, la Corée du Nord "ne va pas non plus se montrer trop provocatrice durant ces célébrations", ajoute-t-elle. "Cela va être un défilé de l’attente", confirme Antoine Bondaz. Kim Jong-un ne sait pas qui sera son interlocuteur aux États-Unis après l’élection présidentielle du 3 novembre et ignore aussi sur quel pied danser avec le nouveau Premier ministre japonais, Yoshihide Suga.

Lever le voile sur sa nouvelle arme mystère devrait suffire. Le discours que Kim Jong-un doit tenir à l’occasion du défilé ne devrait ainsi pas être trop belliqueux à l’égard des États-Unis, d’après les deux experts interrogés. Pas la peine de susciter l’ire de Donald Trump et d’éventuelles représailles à quelques semaines d’un possible changement de président.

Surtout, Pyongyang veut garder ses meilleures cartouches en réserve pour l’un de ses passe-temps favoris : accueillir un nouveau locataire de la Maison Blanche avec une provocation. Ce n’est probablement pas un hasard si Kim Jong-un a avancé la date du 8e congrès du Parti des travailleurs à fin janvier… pour coïncider avec l’entrée en fonction du futur 46e président des États-Unis.

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