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Covid-19 : conséquence de la crise sanitaire, la pauvreté gagne du terrain en France

Des bénévoles du Secours populaire distribuent de l'aide alimentaire, le 6 mai 2020, devant l'université Paris 8 Saint-Denis.
Des bénévoles du Secours populaire distribuent de l'aide alimentaire, le 6 mai 2020, devant l'université Paris 8 Saint-Denis. AFP - THOMAS SAMSON
7 mn

Avec 800 000 suppressions d’emplois attendues en France d’ici la fin de l’année, selon l’Insee, la pauvreté gagne du terrain en raison de la pandémie de Covid-19. La crise sanitaire se double plus que jamais d’une crise sociale.

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Chaque jour, un peu plus de Français tombent dans la pauvreté. La crise sanitaire provoquée par la pandémie de coronavirus a entraîné dans sa roue une crise sociale qui prend de l’ampleur. Et alors qu’une deuxième vague de patients atteints du Covid-19 se profile, les dégâts sociaux collatéraux pourraient bien se poursuivre encore de longs mois, avec de plus en plus de personnes contraintes de faire appel à l’aide alimentaire et au revenu de solidarité active (RSA).

"C’est assez inquiétant car tous les mois, il y a des nouvelles familles qui arrivent, avec un profil qu’on n’avait pas l’habitude de voir, et qui ont été contraintes d’avoir recours à l’aide alimentaire", raconte Houria Tareb, secrétaire nationale du Secours populaire, contactée par France 24.

Les chiffres donnent le tournis : 1,2 million de personnes supplémentaires ont été aidées par l’association de mi-mars à fin août, soit une augmentation de 50 % par rapport aux années précédentes. Au total, ce sont plus de 5 millions de Français, selon une estimation du ministre de la Santé, Olivier Véran, qui ont désormais recours à l’aide alimentaire.

La population jeune active est surreprésentée parmi ces nouveaux arrivants, ainsi que les étudiants. "Ce sont des couples de jeunes commerciaux, par exemple, qui avaient un très bon salaire avec les primes, qui se sont retrouvés à devoir vivre avec un Smic du jour au lendemain et qui ne peuvent pas assumer leurs charges courantes, détaille Houria Tareb. Ce sont aussi des jeunes étudiants qui avaient d’ordinaire des petits boulots, notamment dans la restauration, mais qui n’ont pas pu continuer et qui se retrouvent avec des ressources financières qui passent de 600 euros par mois à zéro."

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À côté de l’aide alimentaire, le Secours populaire voit les demandes d’aide au logement exploser, tout comme les demandes d’aide financière. "Aujourd’hui, nous aidons financièrement des personnes qui ont un salaire, poursuit Houria Tareb. J’ai connu des situations dramatiques, mais la particularité de celle-ci est qu’elle s’inscrit dans le temps. Contrairement à la crise de 2008, on n’arrive pas à voir le bout du tunnel."

"C’est du jamais vu"

Un constat partagé par les départements de France qui ont vu les inscriptions au revenu de solidarité active (RSA), dont ils ont la charge, bondir ces derniers mois. Ainsi, les dépenses consacrées au RSA ont augmenté de 9,2 % entre août 2019 et août 2020, selon l’Assemblée des départements de France qui se base sur un échantillon de quinze départements.

Dans l’Aisne, le nombre d’allocataires du RSA est passé d’environ 17 600 en début d’année à 18 500 en juillet 2020, soit une hausse de 5,11 % et la facture RSA est en hausse de 9,19 % par rapport à août 2019.

À Paris, les personnes inscrites au RSA sont passées d’environ 62 000 à 68 000 personnes entre janvier et juillet 2020, soit une augmentation de 11 %. Les récentes prévisions budgétaires pour l’année 2020 font état d’un montant global de 393 millions d’euros consacrés aux allocations du RSA, quand ce budget était de 364 millions d’euros en 2019.

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Dernier exemple avec le Val-de-Marne, où l’arrêt de l’aéroport d’Orly et la nette chute d’activité du marché de Rungis ont eu un impact majeur. Les allocataires RSA ont ainsi augmenté de 10 %, passant de 42 000 en janvier à 46 000 en septembre, avec une accélération lors des cinq derniers mois de l’ordre de +15 %.

"C’est du jamais vu, on arrive à un niveau jamais atteint dans notre département", constate Christian Favier, président du Conseil départemental du Val-de-Marne, contacté par France 24. "La crise sanitaire a été un accélérateur. Ma crainte est que cette hausse risque de se poursuivre", ajoute-t-il.

Un dispositif "pas fait pour accueillir autant de monde dans un temps si court"

"Je n’ai jamais vu une hausse des allocataires aussi forte", abonde Léa Filoche, adjointe à la maire de Paris, en charge des solidarités, de la lutte contre les inégalités et contre l’exclusion, contactée par France 24. "Mais ce qui m’inquiète le plus, c’est qu’il s’agit probablement de jeunes qui avaient des petits contrats dans l’hôtellerie, dans la restauration, dans l’événementiel ou le tourisme. Or, ces secteurs ne vont pas reprendre tout de suite. Tous les signaux sont au rouge."

D’autant que les départements n’ont pas les reins assez solides pour assumer financièrement la hausse des demandeurs du RSA. L’État prend à sa charge le versement des allocations via des transferts financiers en direction des départements, mais en partie seulement. Ainsi, dans la capitale, le taux de compensation était de 72 % en 2019, mais ne devrait être que de 66 % en 2020, soit 130 millions d’euros qui ne seront pas compensés par l’État, selon la mairie de Paris.

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"Le filet social va être fragilisé, estime Léa Filoche. Ce dispositif n’est pas fait pour accueillir autant de monde dans un temps si court. Il faut que l’État prenne en charge les coûts des nouveaux bénéficiaires du RSA."

Cette demande, partagée par l’ensemble des départements, sera-t-elle entendue par le gouvernement ? Critiqué par le président du comité d’évaluation de la stratégie nationale de prévention et de lutte contre la pauvreté, Louis Schweitzer, pour son plan de relance qui "s’adresse trop peu aux plus démunis", le Premier ministre, Jean Castex, a promis de nouvelles mesures dans les prochaines semaines.

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