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Traçage numérique : StopCovid est mort, vive StopCovid 2 ?

Le secrétaire d’État au Numérique, Cédric O, présente l'application StopCovid sur un smartphone, le 29 mai 2020, à Paris.
Le secrétaire d’État au Numérique, Cédric O, présente l'application StopCovid sur un smartphone, le 29 mai 2020, à Paris. © Ludovic Marin, AFP (archives)
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Le Premier ministre, Jean Castex, a annoncé lundi matin qu’une deuxième version de l’application de traçage des malades du Covid-19 serait téléchargeable à partir du 22 octobre. Il faudra toutefois éviter certains écueils pour qu'elle ne connaisse pas le fiasco de la version d’origine.

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"Non, je ne l'ai pas fait." L'aveu du Premier ministre, Jean Castex, sur le plateau de France 2, le 24 septembre, était symbolique du fiasco qu'a représenté StopCovid. Alors que le gouvernement comptait au printemps sur cette application de traçage des malades du Covid-19 pour limiter les chaînes de contamination, Jean Castex et plusieurs de ses ministres reconnaissaient ce soir-là ne pas l'avoir installée sur leur téléphone.

Comme eux, une grande majorité de Français ont boudé StopCovid, qui n'a été téléchargée que par 2,6 millions de personnes, selon des chiffres officiels communiqués début octobre. En comparaison, les applications britannique et allemande ont été installées, respectivement, par 16 et 18 millions de personnes.

Face à un tel fiasco – seulement 7 969 personnes se sont déclarées comme étant positives pour 472 notifications envoyées à de potentiels cas contacts –, le gouvernement a donc décidé de lancer une nouvelle version de StopCovid, disponible à partir du 22 octobre, a annoncé Jean Castex, lundi 12 octobre, sur Franceinfo.

L'enjeu sera d'éviter les écueils qui ont plombé la première version. À commencer par la communication. "Tous les pays qui ont massivement convaincu leurs citoyens de télécharger une application de traçage ont mené une importante campagne de communication", explique Sarah Kreps, professeure à Cornell University, qui étudie l'attitude des citoyens vis-à-vis de ce type d'application. "En Allemagne, par exemple, le gouvernement a tout fait pour que les citoyens s'approprient cet outil et des spots publicitaires avec Angela Merkel ont été diffusés à la télévision", ajoute-t-elle.

En France, le secrétaire d'État au Numérique, Cédric O, a reconnu lui-même que le gouvernement n'avait pas été à la hauteur. "Peut-être que nous aurions dû être plus pédagogue (…). Peut-être que nous aurions dû accentuer la communication, car ce qu'on voit dans les études c'est que les gens ne comprennent pas très bien à quoi ça sert", a-t-il affirmé sur France Culture.

"On n'a aucun moyen de savoir si ça marche"

Ce dernier point est sans doute l'une des clés de la réussite d'une telle application, selon Serge Abiteboul, chercheur à l'Institut national de recherche en informatique et automatique (Inria) et membre de l'Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (Arcep), contacté par France 24. "Pour qu'une application soit efficace, il faut comprendre ce qu'elle fait et comment elle fonctionne. Or là, l'interface ne le permet pas, on n'a aucun moyen de savoir si ça marche."

Le chercheur estime qu'il devrait être possible de tester l'application avec une autre personne en appuyant sur un bouton de son téléphone qui afficherait alors sur l'écran qu'un autre téléphone possédant StopCovid a été détecté à proximité.

>> À lire : Lancement de l'application StopCovid en France : que font les autres pays ?

Il cite également l'exemple de l'application britannique qui ne se contente pas d'être une application de traçage. "C'est un outil qui permet d'obtenir des informations sur le Covid-19 en renvoyant vers des pages du National Health Service (la Sécurité sociale britannique, NDLR) avec les derniers chiffres mis à jour", explique-t-il.

Cette piste devrait justement être retenue par le gouvernement qui compte faire de la nouvelle version de StopCovid un espace d'informations concernant le nouveau coronavirus, selon Europe 1. Le temps de contact nécessaire entre deux personnes devrait par ailleurs être réduit de 15 minutes à 5 minutes, toujours selon la même source.

Le problème de la centralisation des données

Autre problème majeur, le lancement de StopCovid en juin a donné lieu à un important débat concernant la protection des données personnelles des citoyens, qui a pu susciter de la méfiance chez ces derniers.

"Le principal raté de StopCovid réside dans sa centralisation", affirme Frans Imbert-Vier, PDG de Ubcom, un cabinet suisse spécialisé dans la protection du secret numérique, contacté par France 24. "Difficile d'avoir confiance quand l'État a la faculté de savoir avec qui vous étiez, quand et où, ajoute-t-il. Il y a un côté Big Brother."

>> À lire : StopCovid, une application de traçage du Covid-19 qui fait débat

"La caractéristique la plus importe qui fait que les gens adhèrent ou n'adhèrent pas à ce type d'application, c'est la centralisation des données, abonde Sarah Kreps. Or, contrairement à l'Allemagne ou au Royaume-Uni qui utilisent l'outil proposé par Apple et Google, la France a fait le choix de la souveraineté."

Les deux géants de la tech américaine ont en effet rapidement proposé aux États une solution permettant le traçage de la population. La France a jugé qu'il n'était pas souhaitable, en terme de données personnelles, de laisser ces deux entreprises privées collecter autant d'informations pour les stocker sur des serveurs situés de l'autre côté de l'Atlantique et a préféré bâtir sa propre application. Mais les Français, qui abandonnent déjà de nombreuses données personnelles à Apple et Google, se méfient visiblement davantage de leur gouvernement.

"Nous avons besoin de trouver des relais et des alliés"

"Je pense qu'en partie, les questionnements et polémiques sur la question de l'application ont pu créer de la méfiance chez les Français. Je ne peux que le regretter", a déploré Cédric O, le 8 octobre, lors de son audition devant la commission d'enquête du Sénat sur la gestion de la crise sanitaire.

Ce dernier a toutefois rappelé que la Cnil (Commission nationale de l'informatique et des libertés) avait déclaré en septembre que StopCovid était conforme au règlement européen sur les données personnelles. Il a également vanté les mérites de la centralisation des données. "Les Allemands et les Anglais sont incapables de vous dire combien de notifications ont été reçues, car l'ensemble de l'architecture est entre les mains d'Apple et de Google. Nous, on sait ce qui se passe", a-t-il souligné.

Enfin, le contexte du lancement de StopCovid a sans doute joué contre le succès de l'application. "L'application française est sortie après deux mois de confinement à un moment où la première vague était passée, rappelle Sarah Kreps. Les citoyens n'ont sans doute pas vu son intérêt alors que le nombre de cas était au plus bas. Maintenant que la situation est bien différente, avec une hausse continue des hospitalisations, peut-être que les Français seront plus enclins à la télécharger."

Le secrétaire d'État au Numérique espère aussi obtenir le soutien du corps médical et des professionnels de la restauration. "Si nous voulons relancer l'application, nous avons besoin de trouver des relais et des alliés, a-t-il estimé lors de son audition au Sénat. Si les professions médicales estiment que c'est utile, alors elles doivent le dire. (…) Si les responsables de cafés, hôtels, restaurants, estiment que c'est quelque chose qui aidera à ne pas refermer les établissements, alors il faut qu'ils nous aident."

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