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Analyse

Attaque du commissariat de Champigny : la "haine antiflic" en question (2/2)

Policiers et gendarmes pris en photo lors d'une manifestation dénonçant les violences policières, à Paris, le 13 juin 2020.
Policiers et gendarmes pris en photo lors d'une manifestation dénonçant les violences policières, à Paris, le 13 juin 2020. © Benoit Tessier, Reuters

Après l’attaque le week-end dernier d’un commissariat  à Champigny-sur-Marne, aux portes de Paris, les syndicats de police, reçus mardi par le ministre de l'Intérieur, dénoncent une escalade de la violence à leur encontre. Comment expliquer cette hostilité entre certains jeunes de quartier et la police ?  Analyse (suite et fin). 

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Construction sociale de la défiance, sentiment d'impunité, mémoire locale des conflits, les raisons de la défiance entre policiers et une partie des jeunes des quartiers prioritaires sont nombreuses. À cela, s'ajoute le sentiment d'humiliation.

>> À lire sur France24.com : Attaque du commissariat de Champigny : la "haine antiflic" en question (1/2)

Sur le terrain, cela se joue notamment à l'occasion des contrôles d'identité. Un des "nœuds du problème", selon Mathieu Zagrodzki, chercheur associé au Cesdip (Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales). "En Allemagne et au Royaume-Uni, l'entrée en contact est informelle. En France, la police commence par le contrôle d'identité et on discute après. Pour les contrôlés, c'est une humiliation ; pour la police, une routine. Ça en dit long sur le fossé qui les sépare". Sans parler du sentiment d'injustice. 

"Il n'y a plus personne pour désamorcer"

"Prioritaires", les quartiers sensibles le sont dans les statuts, pas dans les faits, encore moins dans les représentations. "Il faut arrêter de considérer les quartiers populaires comme des ennemis de la République, des 'territoires de reconquête'", s'insurge Zouhair Ech-Chetouani, porte-parole du Collectif Banlieues Respect, implanté dans les quartiers nord d'Asnières. Ce dernier ne blâme pas la police pour autant. Selon lui, elle fait les frais de problèmes structurels.   

"Les policiers paient le manque d'emplois, d'orientation et d'accompagnement scolaire dans les quartiers", analyse-t-il. "On a supprimé les contrats aidés, qui permettaient de recruter des éducateurs et de soutenir les associations sportives. Les élus locaux ont coupé dans les subventions aux associations. On ne soutient pas assez les médiateurs, les fameux "grand frères". Le résultat, c'est qu'il n'y a plus personne pour désamorcer et les policiers sont en première ligne", poursuit Zouhair Ech-Chetouani, avant de lâcher: "Petit je rêvais d'être policier, mais qui oserait jouer au flic aujourd'hui ?"

Un constat qui fait, là encore, ironiquement écho aux manques criants côté police : manque d'effectif, manque de moyens, manque de reconnaissance, formations inadaptées, etc… La police n'a plus ni le temps, ni les moyens d'assurer un service de proximité dans les quartiers sensibles et le lien de confiance avec la population en pâtit.

"Moins la police rend de services, moins la population l'apprécie", constate dans "Seine-Saint-Denis, les oubliés de la République", Christian Mouhanna, directeur du Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales. En Seine-Saint-Denis, par exemple, "les interventions nécessitent au moins deux véhicules. Or la police est en manque de voitures. "Au lieu d'intervenir en dix minutes, elle va mettre trois quarts d'heure. Et si les policiers arrivent trop tard, ils perdent leur crédit auprès des habitants."

"Comment créer des liens quand on ne sort pas de sa voiture ?"

Les acteurs de terrain déplorent la disparition de la police de proximité, actée en 2003 sous Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur. "La disparition des îlotiers a fait beaucoup de mal aux relations entre police et population. Avant, nous étions affectés à une zone où l'on restait, où l'on connaissait les gens, on l'on était à pied et donc au contact de la population. Comment créer des liens quand on ne descend pas de sa voiture ?", s'interroge Flavien Bénazet, aujourd'hui secrétaire national de la SNUITAM-FSU, mais ancien îlotier à la cité des Courtilières à Pantin (Seine-Saint-Denis), de 1991 à 1996. 

"Quand j'étais jeune, on se connaissait avec les policiers, il y avait une forme de respect", abonde Zouhair Ech-Chetouani. "Mais maintenant, on nous envoie des jeunes, mal formés, issus d'autres régions, qui ne connaissent ni les lieux, ni les gens. Et en plus, c'est comme si on les envoyait dans des zones de guerre…", déplore le porte-parole du Collectif Banlieues Respect, qui dénonce des "brigades qui sont uniquement dans une logique répressive".  

Une réflexion qui renvoie à la question de la doctrine policière : "En France, la police a été conçue par l'État pour surveiller les citoyens. Dans le monde anglo-citoyen, elle est originellement issue de la société civile. Il s'en suit une différence culturelle forte : en France, la police est axée sur la répression. En Allemagne et Angleterre, le police est là pour résoudre les conflits", rappelle le chercheur associé du Cesdip.

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