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Cameroun : "Ambazonie", 1 000 jours après

Au Cameroun, dans l'État fictif "Ambazonie", l’insurrection armée s’est transformée en mini-guérilla, faisant des milliers de morts.
Au Cameroun, dans l'État fictif "Ambazonie", l’insurrection armée s’est transformée en mini-guérilla, faisant des milliers de morts. © France 24

Dans les deux régions anglophones du Cameroun, depuis trois ans, une guerre asymétrique oppose soldats et groupes armées sécessionnistes. En octobre 2017, les séparatistes y ont proclamé un État fictif, l'"Ambazonie". L’insurrection armée s’est transformée en mini-guérilla, faisant des milliers de morts, près de 700 000 déplacés, alors que des millions de civils se sont retrouvés pris au piège. Immersion dans l’un des drames humanitaires oubliés de l’Afrique.

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Le 1er octobre 2017 devait être leur grand jour. Celui qu'attendaient depuis si longtemps les militants séparatistes anglophones camerounais. Ce jour-là était proclamée la République de d'"Ambazonie", sur les territoires des deux régions anglophones actuelles du Cameroun. Une date symbolique qui faisait écho à celle du 1er octobre 1961, quand le Southern Cameroon, à l'époque sous administration coloniale britannique, était rattaché au Cameroun francophone tout juste indépendant du mandat français. Mais la proclamation unilatérale de cet État "ambazonien" est loin d'être l'apothéose rêvée par les sécessionnistes, qui mènent depuis des décennies un combat identitaire...

>> À voir, notre Focus : "L'Ambazonie, république fantasmée des séparatistes anglophones du Cameroun"

Bien au contraire, le 1er octobre 2017 a marqué le début d'une insurrection armée, qui s'est transformée en guérilla sanglante dans les hautes montagnes et les terres fertiles des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Une guerre à huis clos, marquée par de terribles exactions commises, selon les ONG et l'ONU, à la fois par les forces armées gouvernementales et les milices sécessionnistes.

Mille jours plus tard, la "sale guerre" se poursuit, même si elle est devenue un conflit de moyenne intensité, marqué par des attaques sporadiques de groupes armés devenus incontrôlables. La cause identitaire anglophone, portée par les leaders modérés de la société civile, n'a pas survécu à la radicalisation dictée par le choix de la lutte armée. L'État virtuel d' "Ambazonie" n'a jamais existé ou eu l'occasion d'être établi. Mais le conflit dans les régions anglophones a laissé des cicatrices profondes : des milliers de morts - 4 000 au bas mot -, plus de 70 000 réfugiés anglophones recensés au Nigeria voisin par l'ONU, environ 700 000 déplacés internes… Pour la seconde année consécutive, la situation en "Ambazonie" était déclarée crise humanitaire la plus négligée au monde par le réputé Conseil norvégien pour les réfugiés.

>> À voir, notre Focus : "Au Cameroun anglophone, des camps de réintégration pour anciens miliciens séparatistes"

De Limbé à Kumba, en passant par Bamenda, Kumbo, Batibo et Muyuka, nos reporters ont sillonné les points chauds des deux provinces anglophones camerounaises. Ils ont pu partager le quotidien des patrouilles de l'unité d'élite de l'armée camerounaise - le Bataillon d'Intervention Rapide (BIR) -, attaquées par des snipers séparatistes. Ils ont aussi assisté à une opération d'infiltration nocturne visant à aller interpeller un chef sécessionniste présumé dans une zone habitée. Ils ont enfin rencontré des civils, exténués par cet interminable conflit. Des parents qui réclament la rescolarisation de leurs enfants ou encore des orphelins abandonnés dans la brousse et livrés à eux-mêmes... Sans doute les premières victimes du conflit.

>> À lire : "Ouverture du "grand dialogue national" pour régler la crise séparatiste au Cameroun"

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