Présidentielle en Côte d'ivoire : le spectre des violences intercommunautaires resurgit

Un petit groupe de manifestants proteste contre un éventuel troisième mandant du président sortant, Alassane Ouattara, dans les rues du village d'Anono à Abidjan le jeudi 15 octobre.
Un petit groupe de manifestants proteste contre un éventuel troisième mandant du président sortant, Alassane Ouattara, dans les rues du village d'Anono à Abidjan le jeudi 15 octobre. © Issouf Sanogo, AFP

L'appel au boycott par l'opposition du processus électoral fait craindre un nouveau cycle de violences dans le pays. Vendredi, des tensions intercommunautaires ont éclaté dans le fief du candidat à la présidentielle, Pascal Affi N'Guessan.

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Des violences intercommunautaires, qui ont fait plusieurs blessés, se déroulent depuis vendredi 16 octobre à Bongouanou (à 150 kilomètres au nord d'Abidjan), fief du candidat à la présidentielle, Pascal Affi N'Guessan, ex-Premier ministre de Laurent Gbagbo, dont la maison a été incendiée.

Les habitants du quartier Agnikro (ethnie locale agni) et ceux de Dioulabougou (quartier d'ethnie dioula du Nord, majoritairement pro-Ouattara) s'affrontent à coup "de gourdins et de machettes", selon plusieurs témoins joints au téléphone par l'AFP. Des maisons et des magasins ont été incendiés.

Ces violences surviennent alors que l'opposition, dont fait partie Pascal Affi N'Guessan, a lancé jeudi 15 octobre un mot d'ordre de "boycott actif" du "processus électoral" et notamment demandé à ses militants d'"empêcher la tenue de toute opération liée au scrutin" présidentiel du 31 octobre.

L'opposition demande notamment une réforme du Conseil constitutionnel et de la Commission électorale indépendante (CEI), qu'elle accuse d'être inféodée au pouvoir.

Des violences intercommunautaires ont fait une quinzaine de morts en août et en septembre dans plusieurs villes du pays dans le sillage de l'annonce de la candidature du président Alassane Ouattara à un troisième mandat controversé et après le rejet par le Conseil constitutionnel de 40 candidatures, dont celles de l'ex-chef rebelle et ancien Premier ministre Guillaume Soro et de l'ancien président Laurent Gbagbo.

La crainte de violences électorales est forte en Côte d'Ivoire, dix ans après la crise post-électorale de 2010-2011 qui avait fait 3 000 morts, après le refus du président Laurent Gbagbo de reconnaître sa défaite électorale face à Alassane Ouattara.

"La CEI est très indépendante"

De son côté, Alassane Ouattara, qui a officiellement lancé sa campagne vendredi 16 octobre, a balayé d'un revers de la main les accusations de l'opposition.

"Ils n'ont qu'à arrêter de raconter les histoires, la CEI est très indépendante… Donc le 31 octobre, allez-y voter massivement pour une nouvelle victoire du président ADO [Alassane Dramane Ouattara]", a-t-il lancé.

Un peu plus tôt dans la journée, le président s'était exprimé devant quelque 500 chefs traditionnels de la région.

"À quelques semaines des élections, j'entends les gens dire qu'il faut un dialogue, un dialogue pour faire quoi ? Nous avons des institutions, ces institutions ont décidé que nous serons quatre candidats", a-t-il déclaré, ajoutant qu'il comptait se déplacer dans le pays "pour prêcher la bonne parole".

Outre Alassane Ouattara, l'ancien président Henri Konan Bédié, Pascal Affi N'Guessan et l'ancien député Kouadio Konan Bertin sont en lice.

Élu en 2010, réélu en 2015, Alassane Ouattara avait annoncé en mars renoncer à briguer un troisième mandat, avant de changer d'avis en août après le décès de son dauphin désigné, le Premier ministre Amadou Gon Coulibaly.

La loi ivoirienne prévoit un maximum de deux mandats, mais le Conseil constitutionnel a estimé qu'avec la nouvelle Constitution de 2016, le compteur des mandats d'Alassane Ouattara est remis à zéro, ce que conteste farouchement l'opposition.

Avec AFP

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