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La région dissidente du Tigré prend à nouveau pour cible la capitale de l'Érythrée

Une vue de la ville d'Asmara, capitale de l'Érythrée, le 21 juillet 2018.
Une vue de la ville d'Asmara, capitale de l'Érythrée, le 21 juillet 2018. © Tiksa Negeri, Reuters
6 mn

Asmara, la capitale de l'Érythrée, accusée de prêter main-forte à l'armée éthiopienne par les rebelles de la région du Tigré, a été visée par au moins un tir de roquette vendredi. Cette nouvelle attaque fait craindre un embrasement au niveau régional et menace de provoquer une crise humanitaire majeure. 

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La capitale de l'Érythrée, Asmara, a de nouveau été visée vendredi 27 novembre par au moins une roquette tirée depuis la région dissidente du Tigré, contre laquelle l'armée éthiopienne mène une opération militaire entrée selon l'Éthiopie dans sa "dernière phase".

Ce tir de roquette, confirmé à l'AFP par quatre diplomates basés dans la Corne de l'Afrique et ayant requis l'anonymat, ravive les craintes d'une escalade régionale du conflit.

"Une roquette venant du Tigré semble avoir atterri au sud d'Asmara [la capitale]", a déclaré l'un des quatre diplomates, soulignant qu'aucune information n'était dans l'immédiat disponible sur d'éventuels victimes ou dégâts.

Un second diplomate a déclaré qu'un autre tir de roquette avait été signalé dans un quartier d'Asmara, mais cette information n'a pas pu être vérifiée.

Aucun dirigeant du Front de libération du Peuple du Tigré (TPLF), parti qui dirige la région, n'était joignable dans l'immédiat. Ni l'Éthiopie ni l'Érythrée n'ont pour le moment fait de déclarations.  

Le TPLF avait déjà revendiqué mi-novembre plusieurs tirs de roquettes sur Asmara, qui étaient tombées à proximité de l'aéroport. Il a également visé trois fois la région voisine d'Amhara avec des armes similaires.

Le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed a ordonné jeudi à l'armée de lancer la "dernière phase" de l'opération militaire déclenchée le 4 novembre, en attaquant Mekele, la capitale du Tigré. Mais aucune information ne filtre sur la situation sur place. 

Les dirigeants tigréens, issus du Front de libération du Peuple du Tigré (TPLF), sont retranchés à Mekele, désormais encerclée par les forces fédérales et qui comptait avant le début du conflit quelque 500 000 habitants.

La communauté internationale, inquiète des conséquences d'un assaut pour les civils et de possibles "crimes de guerre", tente de faire pression sur Abiy Ahmed. Mais celui-ci a fermement rejeté toute "interférence dans les affaires internes" de son pays.

"Maintenir l'ordre" 

Entre autres initiatives, l'UA, dont le siège est à Addis Abeba, a nommé trois envoyés spéciaux, d'anciens présidents, le Mozambicain Joaquim Chissano, la Libérienne Ellen Johnson Sirleaf et le Sud-Africain Kgalema Motlanthe, arrivés mercredi dans la capitale éthiopienne.

Le gouvernement éthiopien s'est engagé à les rencontrer "par respect", mais avait par avance décliné poliment cette offre de médiation, comme toutes les précédentes.

Vendredi, le Premier ministre a ainsi exprimé dans un communiqué sa "gratitude" envers eux, saluant leur engagement à proposer "des solutions africaines aux problèmes africains".

Mais il a aussi rappelé que son gouvernement avait "la responsabilité constitutionnelle de maintenir l'ordre [au Tigré] et à travers le pays", soulignant la patience dont il a longtemps fait preuve face aux "provocations" et à "l'agenda de déstabilisation" du TPLF.

Jeudi, à l'issue d'une rencontre avec le ministre éthiopien des Affaires étrangères Demeke Mekonnen, son homologue français, Jean-Yves Le Drian, a condamné dans un communiqué les "violences à caractère ethnique" et a appelé à des "mesures de protection des populations civiles."

Le pape François a lancé "aux parties au conflit un appel à cesser les violences, sauvegarder les vies, en particulier des civils, afin que les populations puissent retrouver la paix", a indiqué vendredi le Vatican  dans un communiqué.

Aucun bilan précis des combats au Tigré n'est jusqu'ici disponible, mais l'International Crisis Group (ICG) estime dans un communiqué publié vendredi soir que "plusieurs milliers de personnes sont mortes dans les combats".  

Par ailleurs, plus de 43 000 Éthiopiens ont fui au Soudan voisin, selon le HCR, l'agence onusienne chargée des réfugiés. 

Retranchés à Mekele 

Vendredi, 24 heures après l'ordre donné à l'armée fédérale, il n'était pas possible de savoir si l'offensive contre Mekele avait effectivement commencé.

Les autorités régionales ont affirmé que l'armée fédérale bombardait "[leurs] villes et [leurs] villages", y "infligeant de lourds dégâts", sans évoquer spécifiquement Mekele. 

"Notre lutte va continuer dans toutes les directions et se renforcer jusqu'à ce que l'autodétermination du peuple du Tigré soit garantie et que l'envahisseur soit chassé du Tigré", ont-elles déclaré dans un communiqué lu à la télévision tigréenne, Tigray TV.

La vérification sur le terrain et de source indépendante des affirmations de l'un et l'autre camp est difficile, le Tigré étant quasiment coupé du monde depuis le début du conflit.

Jeudi, la télévision officielle éthiopienne EBC a affirmé que les dirigeants du TPLF étaient retranchés dans divers lieux de Mekele, dont une cimenterie, un musée et un auditorium, communiquant "par radio militaire"

Fer de lance de la lutte armée contre le régime militaro-marxiste du Derg, renversé en 1991, le TPLF a ensuite contrôlé l'appareil politique et sécuritaire de l'Éthiopie durant presque trente ans.

Progressivement écarté du pouvoir à Addis Abeba par Abiy Ahmed à partir du moment où celui-ci est devenu Premier ministre en 2018, le parti continue de dominer son fief du Tigré.

Les tensions entre Abiy Ahmed et le TPLF n'ont cessé de croître, culminant en septembre avec l'organisation au Tigré d'un scrutin régional qualifié "d'illégitime" par Addis Abeba, puis avec l'attaque début novembre, selon le gouvernement, de deux bases de l'armée fédérale par les forces du TPLF, ce que dément ce dernier.

Avec AFP

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