L'Éthiopie affirme contrôler le Tigré, la région dissidente tire des roquettes sur l'Érythrée

Deux membres des forces spéciales d'Asmara se tiennent au poste frontière avec l'Érythrée où un drapeau impérial éthiopien flotte, à Humera, en Éthiopie, le 22 novembre 2020.
Deux membres des forces spéciales d'Asmara se tiennent au poste frontière avec l'Érythrée où un drapeau impérial éthiopien flotte, à Humera, en Éthiopie, le 22 novembre 2020. © Eduardo Soteras, AFP

Les miliciens du Tigré ont tiré samedi soir une série de roquettes sur Asmara, capitale de l'Érythrée. Ces tirs interviennent quelques heures après que le gouvernement éthiopien a pourtant affirmé "contrôler" cette région dissidente d'Éthiopie, dont sa capitale Mekele.

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La région dissidente du Tigré est-elle vraiment sous contrôle ? Des roquettes ont été tirées dans la soirée du samedi 28 novembre depuis le Tigré sur la capitale de l'Érythrée voisine, Asmara, selon des sources diplomatiques. Ces tirs interviennent quelques heures après que le gouvernement éthiopien a pourtant affirmé "contrôler" cette région dissidente d'Éthiopie, dont sa capitale Mekele.

Dimanche matin, il n'était toujours pas possible de vérifier de manière indépendante si la ville était totalement sous le contrôle de l'armée fédérale. Un porte-parole affirmait que les opérations s'y déroulaient "très bien".

Mekele, ville de 500 000 habitants, est également le bastion des dirigeants tigréens, issus du Front de libération du Peuple du Tigré (TPLF), contre lesquels le gouvernement éthiopien mène depuis le 4 novembre une opération militaire visant à les remplacer par des "institutions légitimes". La chute de la capitale régionale était un objectif majeur de la "dernière phase" de l'intervention militaire, qui inclut aussi l'arrestation des leaders tigréens, désormais "chassés" par l'armée et injoignables dimanche.

Six explosions à Asmara, capitale de l'Érythrée

Le Tigré a cependant tiré samedi soir une série de roquettes sur Asmara, capitale de l'Érythrée, pays voisin honni par le TPLF, ont indiqué dimanche des sources diplomatiques. "À environ 22h13 le 28 novembre il y a eu six explosions à Asmara", écrit dimanche l'ambassade américaine en Érythrée sur son site. 

Deux diplomates basés à Addis Abeba ont indiqué que plusieurs roquettes avaient visé samedi soir la capitale érythréenne, située à environ 130 kilomètres au nord du Tigré, ciblant semble-t-il l'aéroport et des installations militaires. Aucun détail n'a été fourni sur d'éventuels victimes ou dégâts. C'est la troisième fois qu'Asmara, déjà ciblée vendredi soir et mi-novembre, est visée par des roquettes tirées depuis le Tigré. 

Le TPLF avait revendiqué le premier tir, accusant l'Érythrée de prêter main-forte à l'armée éthiopienne, mais ne s'est pas prononcé sur les deux suivants. Ni l'Éthiopie ni l'Érythrée n'ont réagi. Samedi, les autorités tigréennes affirmaient via la télévision locale que des "tirs à l'arme lourde" touchaient Mekele, une information confirmée à l'AFP par deux responsables humanitaires.

De possibles "crimes de guerre" en Éthiopie

Quelques heures plus tard, le Premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed, affirmait sur Twitter que l'armée avait pris Mekele et "mené à bien et terminé les opérations militaires dans la région du Tigré."

Abiy Ahmed, prix Nobel de la paix devenu chef de guerre, a également assuré samedi dans un communiqué que l'armée avait pris le contrôle de l'administration régionale et menait "l'opération avec la précision et le soin nécessaire […] pour s'assurer que les civils ne sont pas ciblés". "Nous avons maintenant devant nous la tâche critique de reconstruire ce qui a été détruit, de réparer ce qui a été endommagé, de faire revenir ceux qui ont fui, avec comme principale priorité le retour à la normale pour le peuple de la région du Tigré", a-t-il également écrit.   

La communauté internationale s'est inquiétée depuis le début du conflit de possibles "crimes de guerre" en Éthiopie et a tenté, sans succès, de faire pression sur Abiy Ahmed pour qu'il accepte une médiation.

Les analystes s'interrogent désormais sur la réaction des quelque six millions de Tigréens ainsi que sur la capacité du TPLF à continuer une résistance armée contre le gouvernement fédéral.

"Nous avons gagné !'

Dimanche, aucune image de Mekele, même à la télévision officielle éthiopienne, n'était disponible. La télévision tigréenne semble avoir entièrement interrompu ses programmes. 

De petits rassemblements ont eu lieu samedi soir à Addis Abeba et à Gondar, une ville d'Amhara, région voisine du Tigré avec qui les mauvaises relations sont historiques. "Les gens étaient dehors toute la nuit pour célébrer [la chute de Mekele]. Ils ont tiré en l'air jusqu'à minuit et les gens criaient 'nous avons gagné !''', raconte Edom, un habitant de Gondar. 

Aucun bilan précis du conflit n'est jusqu'ici disponible, mais plusieurs milliers de personnes seraient mortes dans les combats, tandis que plus de 43 000 Éthiopiens ont fui au Soudan voisin. 

>> À lire aussi : L'armée éthiopienne poursuit son offensive au Tigré en dépit des appels à la désescalade

Avec AFP

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