Le Maroc et Israël normalisent leurs relations diplomatiques sous l'égide de Donald Trump

Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, le président sortant des États-Unis, Donal Trump, et le roi du Maroc, Mohammed VI.
Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, le président sortant des États-Unis, Donal Trump, et le roi du Maroc, Mohammed VI. © Maya Alleruzzo, Tasos Katopodis, AFP

Donald Trump a frappé jeudi un nouveau coup diplomatique en annonçant que le Maroc allait normaliser ses relations avec Israël, et que les États-Unis reconnaissaient la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. Le Maroc a qualifié de "prise de position historique" la décision de Washington.

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Donald Trump a annoncé jeudi 10 décembre que le Maroc allait normaliser ses relations avec Israël, comme l'avaient déjà fait récemment trois autres pays arabes, et que les États-Unis reconnaissaient la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental.

"Une autre avancée HISTORIQUE aujourd'hui!", a écrit sur Twitter le président américain. "Nos deux GRANDS amis, Israël et le Royaume du Maroc, ont accepté de normaliser complètement leurs relations diplomatiques – un grand pas en avant pour la paix au Moyen-Orient!".

Rabat a confirmé un peu plus tard la reprise prochaine de ses relations diplomatiques avec l'État hébreu.

Lors d'un entretien téléphonique avec Donald Trump, le roi du Maroc Mohammed VI a indiqué que son pays allait "reprendre les contacts officiels […] et les relations diplomatiques dans les meilleurs délais [avec Israël]", selon un communiqué du Palais royal.

Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a également salué un accord "historique", évoquant la mise en place sous peu de "vols directs" entre les deux pays.

Le président égyptien, Abdel Fattah al-Sissi, a de son côté évoqué "un pas important vers davantage de stabilité et de coopération" dans la région.

Accords d'Abraham

Le Maroc et Israël avaient déjà ouvert dans les années 1990 des bureaux de liaison à Rabat et à Tel-Aviv, jusqu'à leur fermeture au début des années 2000.

Bahreïn et les Émirats arabes unis ont déjà accepté ces derniers mois de normaliser leurs relations avec Israël, dans le cadre des accords dits d'Abraham, menés par la Maison Blanche représentée par Jared Kushner, gendre et conseiller de Donald Trump

Le Soudan a également donné son accord de principe pour faire de même, et selon Jared Kushner, la reconnaissance d'Israël par l'Arabie saoudite est "inéluctable".

Jusqu'à présent, le Maroc affichait une position constante sur le règlement du conflit israélo-palestinien, se disant pour une solution à deux États avec Jérusalem-Est "comme capitale" de l'État auquel aspirent les Palestiniens et contre la politique de colonisation d'Israël dans les Territoires palestiniens occupés.

Le roi du Maroc préside le "Comité Al-Qods" [Jérusalem en arabe], créé par l'Organisation de la coopération islamique pour œuvrer à la préservation du patrimoine religieux, culturel et urbanistique de la Ville sainte. La visite du pape François en mars 2019 avait été l'occasion pour lui de réaffirmer sa volonté de "préserver" Jérusalem comme "lieu de rencontre et symbole de coexistence pacifique".

Le souverain marocain a assuré au président palestinien, Mahmoud Abbas, la poursuite de "l'engagement permanent et soutenu du Maroc en faveur de la cause palestinienne juste".

Car il ne s'agit pas d'une "reconnaissance" d'Israël, a souligné un haut responsable diplomatique marocain, même si des liens existent depuis longtemps entre les deux pays, notamment du fait de l'importante communauté juive d'origine marocaine en Israël, qui compte environ 700 000 personnes.

Contrepartie 

La question de la normalisation des relations entre Rabat et Israël avait été relancée en février 2020 à l'occasion d'une visite officielle au Maroc du chef de la diplomatie américaine, Mike Pompeo.

À l'époque, des médias israéliens assuraient que Rabat serait prêt à faire un geste en contrepartie d'un soutien américain à la position du Maroc sur le Sahara occidental, ancienne colonie espagnole que se disputent les Marocains et les indépendantistes du Front Polisario soutenus par l'Algérie.

Donald Trump, qui quittera la Maison Blanche le 20 janvier, a ainsi annoncé dans le même temps sur Twitter qu'il avait signé jeudi une proclamation reconnaissant la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental.

"La proposition sérieuse, crédible et réaliste du Maroc sur le plan d'autonomie est la seule base pour une solution juste et pérenne afin d'assurer paix et prospérité!", a-t-il écrit.

"Le Maroc a reconnu les États-Unis en 1777. Il est donc approprié que nous reconnaissions leur souveraineté sur le Sahara occidental", a-t-il ajouté.

Mohamed VI a de son côté salué une "prise de position historique" des États-Unis.

La position de l'ONU reste inchangée

Rabat, qui contrôle les trois quarts de ce territoire désertique de 266 000 kilomètres carrés, propose une autonomie sous sa souveraineté, alors que le front Polisario réclame depuis des années un référendum d'autodétermination, prévu par un accord de 1991.

Les négociations impliquant le Maroc, le front Polisario, l'Algérie et la Mauritanie sont au point mort depuis mars 2019.

La situation est très tendue au Sahara occidental depuis la rupture du cessez-le-feu en place depuis 1991 par les indépendantistes, après une opération militaire surprise marocaine dans une zone-tampon de l'extrême sud du territoire. 

L'ONU, qui a déployé une mission de paix au Sahara occidental, a indiqué que la décision américaine ne changeait pas sa position, à savoir tenter d'organiser un référendum d'autodétermination.

L'Espagne, ancienne puissance coloniale, a assuré qu'elle respectait "les résolutions des Nations unies pour trouver une voie de sortie" au conflit au Sahara occidental.

Le front Polisario a pour sa part condamné "dans les termes les plus forts" la décision de Donald Trump.

Avec AFP

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