Présidentielle au Niger : le peuple a voté dans le calme pour une transition pacifique inédite

Des soldats nigériens marchent entre les urnes avant la distribution du matériel de vote pour l'élection présidentielle à Niamey, au Niger, le 26 décembre 2020.
Des soldats nigériens marchent entre les urnes avant la distribution du matériel de vote pour l'élection présidentielle à Niamey, au Niger, le 26 décembre 2020. © Issouf Sanogo, AFP
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Les Nigériens ont voté, dimanche, pour une élection présidentielle devant mener à la première transition démocratique de l'histoire du pays, régulièrement ébranlé par les attaques de groupes jihadistes. Aucun "incident grave" n'a été recensé.

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Les Nigériens ont voté, dimanche 27 décembre, dans le calme à une élection présidentielle qui doit marquer la première transition démocratique entre deux présidents élus dans leur pays habitué des coups d'État et miné par des attaques jihadistes

"Quel que soit le vainqueur, la victoire appartiendra au peuple nigérien. C'est un jour spécial pour le Niger qui va connaitre pour la première fois de son histoire une alternance démocratique", a souligné le président sortant Mahamadou Issoufou, après avoir voté à l'hôtel de ville de Niamey. Il s'apprête à quitter le pouvoir pacifiquement après ses deux mandats constitutionnels, 

Quelque 7,4 millions d'électeurs sur 23 millions d'habitants étaient appelés aux urnes de 8 h à 19 h locales. "Passer le pouvoir en 2021 à un successeur démocratiquement élu (...) sera ma plus belle réalisation, ce sera une première dans l'histoire de notre pays", a souligné le président Issoufou dont le retrait a été unanimement salué sur la scène internationale, alors que de nombreux chefs d'État africains s'accrochent au pouvoir.

Considéré comme le grand favori du scrutin, Mohamed Bazoum, bras droit d'Issoufou, espère pérenniser les transitions démocratiques dans ce pays qui n'a jamais vu deux présidents élus se succéder depuis l'indépendance en 1960. Âgé de 60 ans, cet ancien ministre de l'Intérieur, considéré comme l'homme fort du régime, vise une victoire dès le premier tour, ce qui n'a jamais été réalisé auparavant. 

Aucun "incident grave"

À l'école Zongo de Niamey, les présidents et délégués dépouillaient avec la lampe tempête fournie par la commission électorale (Ceni) et les lampes des téléphones portables, l'école ne disposant pas de lumière. "La journée s'est déroulée sans problème" a confié Mahamadou Morou, président du bureau de vote 231 de l'école.

Aucun "incident grave" n'avait été recensé dans le pays par la Céni dans la soirée.

Dans le bureau de Zongo, la participation était forte avec votants 287 sur 487 inscrits (58,9 %). 

Les premières estimations nationales pour la présidentielle sont attendues lundi, et les résultats espérés mercredi ou jeudi, selon une source à la commission électorale.

Trente candidats en lice

"Après nous, c'est nous", dit un des slogans de campagne de Mohamed Bazoum. Fort de l'écrasante victoire du parti au pouvoir aux élections locales, le candidat a promis de mettre l'accent sur la sécurité et l'éducation, notamment pour les jeunes filles alors que le pays détient le record mondial de fécondité (7,6 enfants par femme).

Trente candidats sont en lice pour le scrutin, qui suscite "peu d'engouement" de la population, selon un connaisseur de la politique nigérienne. Cette source souligne l'absence de renouvellement de la classe politique, avec deux anciens présidents (Mahamane Ousmane et Salou Djibo) et deux anciens Premiers ministres (Seini Oumarou et Albadé Abouba) parmi les candidats, pour une moyenne d'âge de plus de 60 ans, dans un pays où la population est très jeune.

Une partie de l'opposition a choisi d'attaquer Mohamed Bazoum sur son appartenance à la minorité arabe, bien qu'il soit incontestablement né au Niger. Pour le secrétaire général de l'association Alternative espace citoyen, Moussa Tchangari, il est "malheureux que le débat porte là-dessus et pas sur le bilan de dix ans au pouvoir d'Issoufou".

"Il faut que les vieux passent le flambeau maintenant"

"Nous sommes dans un pays à la dérive, ça ne va pas au niveau sécuritaire, des libertés, du développement social, du système de santé, de l'éducation, de la corruption", affirme-t-il. 

"Ce que l'on veut, c'est donner le pouvoir aux jeunes. Il faut que les vieux passent le flambeau maintenant", réclame également Salamou Hassane, vendeuse de galettes à Niamey. "On n'a pas de sac de riz, on n'a pas de sac de maïs, c'est seulement avec les galettes que l'on peut nourrir la famille. Je souhaiterais que tout le monde bénéficie des bienfaits de la politique, parce que on ne pense jamais aux pauvres."

Sur le plan sécuritaire, deux attaques meurtrières, une à l'Ouest (7 soldats tués le 21 décembre) où sévit régulièrement l'État islamique au Grand Sahara (EIGS), et une à l'Est revendiquée par Boko Haram (34 morts le 12 décembre), se sont produites à l'approche du scrutin. Les attaques incessantes des groupes jihadistes ont fait des centaines de morts depuis 2010, et fait fuir de leurs foyers des centaines de milliers de personnes.

Avec AFP

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