#Jan25 : dix ans après, le rêve révolutionnaire égyptien perdure sur les réseaux sociaux

Un jeune manifestant portant une pancarte appelant au départ du président égyptien Hosni Moubarak, le 30 janvier 2011, au Caire.
Un jeune manifestant portant une pancarte appelant au départ du président égyptien Hosni Moubarak, le 30 janvier 2011, au Caire. © Marc Daou, France 24
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Vidéo par : Florent RODO
9 mn

Le 25 janvier 2011, des centaines de milliers d’Égyptiens sont descendus dans la rue pour réclamer le départ du président Hosni Moubarak et d’un pouvoir jugé corrompu. Une mobilisation qui avait notamment été accompagnée par des réseaux sociaux en ébullition. Dix ans après, de nombreux Égyptiens reviennent sur cet évènement via le hashtag #Jan25, le même que celui utilisé à l’époque, pour y faire part de leurs illusions perdues ainsi que de leurs espoirs.

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"Plus de 16 000 personnes vont manifester [au Caire, NDLR] le #jan25, rejoignez-nous!". Le 15 janvier 2011, une jeune Égyptienne cairote, Alya El Hosseiny, publiait ce message via son compte Twitter @alya1989262 sans savoir qu’il entrerait dans l’histoire de l'Égypte

Selon le site d'information technologique Techcrunch, il s’agissait du premier tweet mentionnant le hashtag (mot-clé) #jan25, devenu l’un des symboles du soulèvement égyptien qui a mené à la chute du régime du "raïs" Hosni Moubarak le 11 février 2011.

Ce hashtag "peut même être considéré comme l’équivalent pour la révolution égyptienne de ce que la prise de la Bastille a été pour la révolution française”, avait même jugé à l’époque, Charlie Beckett, alors directeur du département de communication à la London School of Economics, interrogé par France 24.

Dix ans après cette révolution qui avait suscité de grands espoirs de justice et d'égalité, de nombreux internautes égyptiens ont ressuscité le hashtag #jan25, pour commérer le mouvement populaire.

Mais aussi pour exprimer leur désarroi dans un pays dirigé par le régime autoritaire du président Abdel Fattah al-Sissi, dont la politique de répression contre les manifestants et les opposants est inlassablement dénoncée par les ONG de défense de droits humains.

"Nous méritons mieux"

La majorité des messages et des témoignages rendent hommage aux victimes de la révolution, et traitent des illusions perdues autour d’une révolution inachevée, après la destitution par l'armée en 2013 du président islamiste Mohamed Morsi — le premier issu d'élections libres.

"Je m'étais promis de ne pas être trop émotive ou mielleuse à propos de l'anniversaire des 10 ans, mais en toute honnêteté, il est assez difficile de prétendre que je ne suis pas peinée à l'idée de ce qui était possible et de ce qui aurait pu être. Nous méritons mieux. #Jan25", a ainsi confié Farah Saafan, une journaliste basée au Caire.

"Malgré toute la peine et chaque évènement déchirant qui s'est passé, je serai toujours reconnaissante pour ce que j'ai vécu pendant ces jours-ci. Je n'ai jamais plus vécu quelque chose d'aussi pur et d'aussi beau de toute ma vie. #Jan25 #Pour toujours dans nos cœurs", a tweeté l’ingénieure Rowan Abd el-Meguid.

"Ils ont dit que nous pouvions rêver, nous avons fait une révolution, ils l'ont assassinée (...), et ils nous hantent pour assassiner le rêve avec lequel tout a commencé", écrit la poète Saba Hamzah.

"Ils semblent avoir très peur des fantômes"

Malgré l’amertume, les idéaux révolutionnaires restent cependant très présents dans les esprits de la génération Tahrir, du nom de la célèbre place du Caire, épicentre de la révolution. 

Une génération fière d’avoir surmonté ses peurs, et qui semble garder espoir pour l’avenir, alors même que les espaces d'expression libre se font de plus en plus rares dans le pays. L’arrestation, dimanche 24 janvier, du caricaturiste Ashraf Hamdi en témoigne : il avait réalisé un film d'animation en hommage aux martyrs de la révolution...

De nombreux internautes ne renoncent cependant pas à leurs rêves de 2011. "La révolution est dans notre cœur, nos actions, nos relations et nos consciences. Paix aux âmes de nos martyrs, à nos proches en prison, et à notre rêve, a tweeté Amira Abdelhamid. Je sais que nous pouvons continuer parce que nos rêves vivent toujours."

La révolution “a échoué, mais personne ne peut dire qu'elle n'a pas déplacé les plaques tectoniques de la vie égyptienne, estime de son côté le blogueur égyptien The Big Pharaoh, dont le compte Twitter compte plus de 72 600 abonnés. Ces mouvements peuvent encore avoir des répercussions dans un avenir proche ou lointain. Bénis soient ceux qui nous ont quittés, ainsi que leur mémoire #25Jan #Jan25".

"On a écrit l'histoire et nous continuons à nous battre pour une Égypte plus juste, souligne le journaliste égyptien Mourad Kamel. On continue à grandir, regardez-nous progresser et regardez-nous prendre notre liberté, petit à petit et jour après jour. Que nos martyrs reposent en paix".

De son côté le blogueur révolutionnaire Zeinobia rêve toujours, dans une publication qui mêle à la fois espoir et pessimisme, d’une "meilleure Égypte", celle voulue par les manifestants du Caire. 

"Ils disent que la révolution #Jan25 est morte et que nous sommes des fantômes, mais ils semblent avoir très peur des fantômes. Les fantômes sont vengeurs mais nous ne sommes pas encore morts", écrit-il.

 

 

 

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