Mali : la Minusma enquête sur les lieux d'une frappe aérienne française à Bounti

Un blindé français de l'opération Barkhane devant le mont Hombori dans la région de Gourma au Mali, le 27 mars 2019. Image d'illustration.
Un blindé français de l'opération Barkhane devant le mont Hombori dans la région de Gourma au Mali, le 27 mars 2019. Image d'illustration. © Daphné Benoit AFP/Archive
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Des enquêteurs de la mission de l’ONU au Mali ont été dépêchés sur les lieux d’une frappe aérienne française dans le centre du pays, a indiqué, vendredi, l’organisation. Des civils affirment qu'au moins une vingtaine de personnes ont été tuées lors d'un mariage dans ce village rural.

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Que s’est-il exactement passé dans le village de Bounti, au centre du Mali, début janvier ? C’est pour le savoir que des enquêteurs de la mission des Nations unies au Mali (Minusma) se sont rendus sur place lundi, a annoncé l’organisation dans un communiqué publié vendredi 29 janvier.

Le 3 janvier, une frappe aérienne française a été menée sur ce village et a fait une vingtaine de morts. 

"Assistée par la Police technique (de l'ONU), la Division des droits de l'Homme s'est entretenue avec d'autres témoins sur place et (a) pu vérifier certaines informations et faire ses constatations qui alimenteront son prochain rapport", a déclaré dans un communiqué la Minusma, sans préciser quand le rapport serait rendu.

Avant de se rendre dans le village de Bounti, les enquêteurs avaient déjà "interrogé de nombreux témoins, ainsi que des blessés" et "passé plusieurs jours à Douentza et Mopti", deux villes du centre du pays, selon le communiqué.

Juste après la frappe, des habitants de Bounti et une association peule ont affirmé que celle-ci avait tué une vingtaine d'habitants lors d'un mariage dans ce village rural.

Les autorités françaises et maliennes martèlent, de leur côté, que les avions de chasse français ont visé et éliminé des dizaines de jihadistes et qu'il n'y avait ni mariage, ni femmes, ni enfants.

"La vérité se trouve peut-être entre ces deux versions"

Il y a donc "deux versions" de ce qu'il s'est passé durant cette frappe, souligne Wassim Nasr, journaliste à France 24, spécialiste des réseaux jihadistes. "Les états-majors malien et français disent qu'ils ont frappé un groupement de jihadistes", affirme le journaliste. "Selon mes propres informations, il y avait un mariage, voire deux, prévus sur deux jours. Les jihadistes étaient présents ce matin-là, mais peut-être pas pendant le mariage."

"La vérité se trouve peut-être entre ces deux versions", nuance Wassim Nasr, soulignant les dangers d'une dégradation des conditions de vie de la population malienne qui pousse les civils à choisir "entre des groupes jihadistes (l'organisation État islamique et Al-Qaïda) pour subvenir à leurs besoins".

Plusieurs ONG, dont Human Rights Watch (HRW), la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) et l'Association malienne des droits de l'Homme (AMDH), ont demandé l'ouverture d'une enquête indépendante. Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l'ONU (Ocha) a également estimé "important que toute la lumière soit faite sur cet événement".

La frappe a eu lieu dans le cadre d'"Eclipse", une opération antijihadiste menée du 2 au 20 janvier, principalement dans le centre du Mali, mais également au Burkina Faso et au Niger voisins, par la force française Barkhane et ses partenaires locaux.

Avec AFP

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