Paul Rusesabagina, héros du film "Hôtel Rwanda", face à la justice

Paul Rusesabagina et ses avocats à la Cour de Justice de Kigali, au Rwanda, le 2 octobre 2020.
Paul Rusesabagina et ses avocats à la Cour de Justice de Kigali, au Rwanda, le 2 octobre 2020. © Simon Wohlfahrt, AFP

Le procès de Paul Rusesabagina, dont l'histoire a inspiré le film "Hôtel Rwanda", s'ouvre mercredi à Kigali. Critique de longue date du président Paul Kagame, il est accusé d'actes de terrorisme.

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Paul Rusesabagina, qui a sauvé en 1994 plus de 1 200 personnes et dont le parcours a inspiré le film "Hôtel Rwanda", fait face à la justice de son pays. Son procès s'ouvre mercredi 17 février à Kigali.

Héros pour certains, imposteur pour d’autres, il avait été arrêté en août 2020. Il est visé par neuf chefs d’accusation pour son implication présumée dans des attaques d’un groupe armé dans le sud du Rwanda en 2018. Pour ses proches, c’est le résultat d’une cabale du gouvernement rwandais contre un opposant. 

Le directeur de l'hôtel des Mille Collines

Paul Rusesabagina a été rendu célèbre par le film hollywoodien sorti en 2004 qui raconte comment l'ancien directeur de l'hôtel des Mille Collines, à Kigali, un hutu modéré, a sauvé des milliers de vies au cours du génocide qui a tué 800 000 personnes, principalement des Tutsi, au Rwanda

En 2017, il a fondé le Mouvement rwandais pour le changement démocratique (MRCD), un parti politique soupçonné d'avoir un bras armé, le Front de libération nationale (FLN), un groupe considéré comme terroriste par Kigali.

À plusieurs reprises, Paul Rusesabagina avait publiquement exprimé son soutien au FLN mais son éventuelle implication dans le mouvement, qui a revendiqué plusieurs attaques à Nyungwe, près de la frontière burundaise, demeurait floue.

Poursuivi pour terrorisme

Depuis son arrestation, dans des circonstances à la fois rocambolesques et troubles, et après des années d'exil en Belgique et aux États-Unis, l'image de Paul Rusesabagina est devenue plus complexe.

Lors d'une précédente audience, Paul Rusesabagina a admis avoir participé à la création d'un groupe rebelle. Il a, par contre, rejeté toute implication dans ses crimes. Il avait aussi reconnu avoir envoyé 20 000 euros au commandant du FLN Callixte Nsabimana, alias Sankara, mais il avait démenti tout financement des activités du groupe, expliquant qu'il s'agissait d'un soutien financier personnel.

Callixte Nsabimana avait revendiqué sur les réseaux sociaux la responsabilité de plusieurs attaques, dont l'incendie d'un bus en 2018, qui avait fait deux morts et de nombreux blessés. Arrêté et poursuivi au Rwanda en 2019, il avait cependant essayé de se distancier des meurtres de civils devant le tribunal. 

Les attaques avaient conduit de nombreux pays occidentaux à déconseiller à leurs ressortissants de voyager dans la région de Nyungwe, prisée des touristes pour ses gorilles des montagnes.

En 2018, dans une vidéo soutenant le FLN, Paul Rusesabagina avait déclaré : "Le moment est venu pour nous d'utiliser tous les moyens possibles pour amener le changement au Rwanda car tous les moyens politiques ont été tentés et ont échoué."

Une image écornée

Paul Rusesabagina a quitté le Rwanda, en 1996, avec d'autres modérés qui considéraient que le pays offrait de moins en moins d'espace à l'opposition. Après la sortie d'"Hôtel Rwanda", sa notoriété internationale l'avait poussé à porter ses critiques contre le président Paul Kagame, qu'il accuse d'autoritarisme et d'alimenter un sentiment anti-hutu – un sujet très sensible.

Peu à peu, son image s'est détériorée dans son pays. Des détracteurs l'ont accusé d'avoir embelli ses exploits, et des survivants d'avoir profité de leur misère, tandis que ses partisans affirment que le régime s'est lui-même employé à ternir son image. 

Sa famille estime que les charges retenues contre lui sont politiques. Elle pense également qu'il ne serait jamais retourné de lui-même au Rwanda.

Avec AFP

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