Mali : 19 civils tués lors d'une frappe française selon l'ONU, la France réfute

Sur cette photo d'archives du 19 mai 2017, un soldat français se tient à l'intérieur d'un hélicoptère militaire lors d'une visite du président français Emmanuel Macron aux troupes de l'opération Barkhane.
Sur cette photo d'archives du 19 mai 2017, un soldat français se tient à l'intérieur d'un hélicoptère militaire lors d'une visite du président français Emmanuel Macron aux troupes de l'opération Barkhane. © AP (archives)

D'après un rapport de la Mission de l'ONU au Mali, 19 civils réunis pour un mariage sont morts lors d'une frappe aérienne de l'armée française ciblant des jihadistes, en janvier près de Bounti, dans le centre du pays. La France réfute toute bavure et émet des "réserves" sur cette enquête.

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Une enquête des Nations unies conclut qu'une frappe aérienne conduite par l'armée française au Mali en janvier a tué 19 civils réunis pour un mariage, et non pas seulement des jihadistes, comme l'a soutenu Paris jusqu'alors

Paris a immédiatement réagi par la voix de son ministère français des Armées qui a réfuté mardi 30 mars toute bavure et émis "de nombreuses réserves" sur ce rapport.

Au terme de l'enquête menée par la Division des droits de l'Homme de la Mission de l'ONU au Mali (Minusma), appuyée par la police scientifique des Nations unies, sur les évènements survenus le 3 janvier près de Bounti, dans le centre du pays, la Minusma "est en mesure de confirmer la tenue d'une célébration de mariage qui a rassemblé sur le lieu de la frappe une centaine de civils parmi lesquels se trouvaient cinq personnes armées, membres présumés de la Katiba Serma", assure le résumé du rapport, consulté par l'AFP. La Katiba Serma est affiliée au Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (GSIM, ou JNIM en arabe), alliance jihadiste elle-même affiliée à Al-Qaïda.

Régissant à ces conclusions, le ministère français des Armées a "réaffirm[é] avec force" que "le 3 janvier, les forces armées françaises ont effectué une frappe aérienne ciblant un groupe armé terroriste identifié comme tel" près de Bounti. Il "émet de nombreuses réserves quant à la méthodologie retenue" et "ne peut considérer que ce rapport apporte une quelconque preuve contredisant les faits tels que décrits par les forces armées françaises".

"Des préoccupations très importantes" pour l'ONU

Cette région aride de forêts clairsemées et de brousses surplombées d'un impressionnant massif rocheux est une zone d'activité et de refuge pour des groupes liés au JNIM, mais aussi des jihadistes rivaux affiliés au groupe État islamique. Le secteur, tout comme le Burkina Faso et le Niger voisins, était au moment de la frappe le théâtre d'une vaste opération antijihadiste, Éclipse, menée par Barkhane et ses partenaires locaux.

Cinq soldats français venaient d'être tués au Mali entre fin décembre et début janvier.

Au moins 22 personnes ont été tuées lors de cette frappe, dont trois membres présumés de la Katiba Serma – 19 sur le coup, trois au cours de leur évacuation –, affirme le document de la Minusma, précisant que le groupe touché "était très majoritairement composé de civils, qui sont des personnes protégées contre les attaques au regard du droit international humanitaire".

Les autorités françaises ont toujours assuré qu'il n'y avait pas de mariage, que le renseignement avait "formellement" établi qu'il s'agissait d'un rassemblement de jihadistes et que l'intervention d'une patrouille d'avions français lâchant trois bombes avait "neutralisé" une trentaine de jihadistes.

En revanche, pour les Nations unies, le rapport "soulève des préoccupations très importantes sur le respect de la conduite des hostilités", a déclaré le porte-parole d'Antonio Guterres, Stéphane Dujarric, en réponse à une question sur la réaction du secrétaire général de l'ONU. Ces préoccupations portent aussi sur "l'obligation des États membres de tout faire pour vérifier que les cibles sont bien des objectifs militaires", a ajouté le porte-parole.

La Minusma invoque les principes de protection des civils pour dire que la présence de membres d'un groupe armé ne suffisait pas pour y assimiler les autres participants. En outre, si, comme le dit l'armée française, il s'agissait d'un groupe jihadiste, "il apparaît difficile d'exclure la présence de civils dans le groupe d'hommes en si peu de temps". Les experts de l'ONU qui se sont rendus sur place n'ont trouvé aucune trace d'armes ou de motos, moyen de déplacement privilégié des jihadistes, dit-elle.

La Minusma "recommande" aux autorités maliennes et françaises de diligenter "une enquête indépendante, crédible et transparente". Elle préconise d'examiner les processus préalables aux frappes, voire de les modifier. Elle recommande aussi aux Français et aux Maliens de chercher à établir les responsabilités et d'octroyer le cas échéant une réparation aux victimes et à leurs proches.

Avec AFP

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