Mausolées de Tombouctou : le peuple malien et l'humanité reçoivent un euro symbolique

L'entrée de l'un des mausolées de Tombouctou datant du XVe siècle, le 19 septembre 2016.
L'entrée de l'un des mausolées de Tombouctou datant du XVe siècle, le 19 septembre 2016. © Sébastien Rieussec, AFP

Lors d'une cérémonie mardi à Bamako, un euro symbolique a été remis à l'État malien et à la communauté internationale pour la destruction des mausolées des saints musulmans de Tombouctou par les jihadistes en 2012.

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Après des années d'une reconstruction exemplaire des mausolées de Tombouctou, un euro symbolique a été remis mardi 30 mars aux victimes : l'État malien et la communauté internationale tout entière, représentée par l'Unesco.

En septembre 2016, la Cour pénale internationale (CPI) avait condamné le jihadiste malien Ahmad al-Faqi al-Mahdi à neuf ans de prison pour avoir, en 2012, "dirigé intentionnellement des attaques" contre neuf des mausolées de Tombouctou, classés au patrimoine mondial de l'humanité par l'Unesco depuis 1988.

L'homme était à l'époque membre d'Ansar Dine, l'un des groupes jihadistes liés à Al-Qaïda qui ont contrôlé le nord du Mali pendant environ dix mois en 2012, avant d'être en grande partie chassés par une intervention internationale déclenchée en janvier 2013 par la France.

La CPI, qui siège à La Haye, avait estimé qu'Ahmad al-Faqi al-Mahdi avait provoqué pour 2,7 millions d'euros de dégâts, et avait ordonné des réparations pour les victimes.

En termes de réparations symboliques, elle avait ordonné le versement d'un euro à l'État malien et à la communauté internationale.

"L'impunité n'est pas une option"

La remise de cet euro, lors d'une cérémonie mardi à Bamako, constitue le "couronnement d'une décision de justice qui sanctionne la destruction de biens culturels comme crimes de guerre", a souligné le président de transition du Mali, Bah Ndaw.

Il faut que cette décision devienne "un exemple", a-t-il plaidé, alors que les attaques meurtrières des jihadistes se poursuivent dans le nord et le centre du Mali et dans des pays voisins comme le Burkina Faso et le Niger.

Cet euro est "un symbole incommensurable du tort que nous avons tous subi et de notre volonté de dire 'Plus jamais ça !"", a assuré Mama Koité Doumbia, présidente du Fonds au profit des victimes, organe indépendant mis en place par le statut de Rome, traité fondateur de la CPI.

La procureure de la Cour pénale internationale, Fatou Bensouda, a pour sa part réaffirmé l'engagement de ses services à "défendre ce qui fonde notre identité commune".

Le patrimoine culturel malien est "le miroir de l'humanité", a-t-elle dit, en martelant que "l'impunité n'est pas une option" et que "les victimes doivent être réparées et leur dignité restaurée".

Reconstruction à l'identique

Les personnages vénérés dans la vingtaine de mausolées islamiques de Tombouctou, dont les plus anciens remontent au XIVe siècle, valent à la ville son surnom de "Cité des 333 saints".

Détruits à coups de pioche, de burin et de houe, les mausolées ont été reconstruits à l'identique entre mars 2014 et juillet 2015, dans le cadre d'un programme mis en œuvre par l'Unesco et financé par plusieurs pays et institutions, avec l'aide d'un groupe de maçons locaux.

Le patrimoine de Tombouctou a été "pris pour cible (par les jihadistes) car il racontait une histoire riche de sens pour le peuple malien. Les mausolées sont désormais debout et les manuscrits sauvegardés en lieux sûrs", a souligné mardi à Bamako le directeur général adjoint de l'Unesco, Xing Qu.

Le représentant des victimes de Tombouctou, Harber Kounta, a remercié la CPI, mais a souligné que "le paysage architectural qui faisait la fierté de Tombouctou demeure en souffrance", en citant les problèmes d'urbanisme, le manque de moyens et la pollution.

Le procès d'un autre jihadiste malien, Hassan Ag Abdoul Aziz Ag Mohamed Ag Mahmoud, considéré comme le commissaire de la police islamique à Tombouctou, s'est ouvert devant la CPI en juillet 2020.

Il est poursuivi pour avoir lui aussi participé à la destruction de mausolées à Tombouctou et pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité, viols et esclavage sexuel commis dans le contexte de mariages forcés.

Avec AFP

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