Crise politique au Mali : de New York à Bamako, les diplomates à pied d'œuvre

Goodluck Jonathan, médiateur de la Cédéao, est arrivé mardi 25 mai à Bamako pour tenter de trouver une issue à la crise politique malienne.
Goodluck Jonathan, médiateur de la Cédéao, est arrivé mardi 25 mai à Bamako pour tenter de trouver une issue à la crise politique malienne. © Amadou Keita, Reuters

Le Conseil de sécurité de l'ONU doit se réunir mercredi au sujet de la situation de crise au Mali, tandis que le médiateur de la Cédéao a indiqué qu'il allait rencontrer le président de transition et son Premier ministre.

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Les diplomates seront à pied d'œuvre mercredi 26 mai, de Bamako à New York, pour tenter d'endiguer une nouvelle crise politique majeure déclenchée au Mali par l'arrestation du président et du Premier ministre de la transition. 

L'homme fort du pouvoir malien, le colonel Assimi Goïta, a indiqué mardi avoir écarté le président Bah Ndaw et son Premier ministre, Moctar Ouane. Une situation qui s'apparente à un deuxième putsch en neuf mois, suscitant une vaste réprobation internationale et la menace de premières sanctions.

Goodluck Jonathan, le médiateur de la Cédéao – l'organisation régionale ouest-africaine – est arrivé mardi dans la capitale malienne et a "obtenu le feu vert pour rencontrer mercredi le président de transition et son Premier ministre", a dit à l'Agence France-Presse une source proche de la médiation à l'issue d'une rencontre avec le colonel Goïta.

"Nous sommes là pour aider nos frères maliens à trouver une solution à la crise, mais il est clair que la Cédéao pourrait rapidement, lors d'un prochain sommet, annoncer des sanctions", a dit à l'AFP un membre de la délégation. Selon cette source, d'autres rencontres avec les colonels sont prévues.

"Nous avons expliqué les raisons de la mise sur la touche du président de transition et de son Premier ministre", a pour sa part expliqué un membre du cabinet du colonel Goïta.

Le Conseil de sécurité se réunit

La France et d'autre pays comme le Niger et la Tunisie ont par ailleurs obtenu qu'une réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU se tienne mercredi à 19H00 GMT, a appris l'AFP de sources diplomatiques à New York.

L'arrestation, lundi, des deux dirigeants et de plusieurs hauts personnages de l'Etat a provoqué une multitude de condamnations à l'encontre des militaires.

Le président français Emmanuel Macron, dont le pays engage plus de 5 000 soldats contre les jihadistes au Sahel, a parlé de "coup d'État dans le coup d'État inacceptable".

Assimi Goïta et d'autres colonels maliens avaient déjà renversé le président élu Ibrahim Boubacar Keïta le 18 août 2020 avant d'installer des autorités de transition demeurées sous leur contrôle.

Les dirigeants de l'Union européenne sont "prêts, dans les prochaines heures, si la situation n'était pas clarifiée, à prendre des sanctions ciblées" contre les protagonistes, a affirmé Emmanuel Macron à l'issue d'un sommet européen.

Les appels à la libération immédiate des personnes arrêtées et à un retour à la transition politique devant ramener les civils au pouvoir se sont succédé de la part de la mission de l'ONU au Mali (Minusma), de la Communauté des États ouest-africains (Cédéao), de l'Union africaine (UA), des États-Unis, du Royaume-Uni ou encore de l'Allemagne.

Élections "courant 2022"

Les événements soulèvent aussi des questions sur le respect du calendrier de retour des civils au pouvoir. Les autorités de transition avaient annoncé l'organisation, en février-mars 2022, d'élections présidentielle et législatives. Plus vague, le colonel Goïta a dit que les élections se tiendront "courant 2022".

Bien que prévisible, cet énième soubresaut a plongé les Maliens dans la consternation. Malgré la prolifération du hashtag #wuli ("debout" en bambara) sur les réseaux sociaux, les appels à se rassembler à Bamako pour protester n'ont guère trouvé d'écho.

Le sociologue Bréma Ely Dicko voyait dans ces événements le prolongement du putsch de 2020. "Ce qu'on est en train de vivre aujourd'hui est une conséquence logique des tares du début de la transition", quand les colonels ont tenu à l'écart les partis et les organisations de la société civile qui avaient mené pendant des mois la contestation contre l'ancien pouvoir, dit-il.

Le principal syndicat malien a annoncé mardi suspendre la grève lancée cette semaine, pour ne pas aggraver la crise politique.

Avec AFP

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