Jean Castex en visite en Tunisie, minée par la crise économique

Le Premier ministre tunisien Hichem Mechichi rencontre son homologue français Jean Castex à son arrivée à Tunis, le 2 juin 2021.
Le Premier ministre tunisien Hichem Mechichi rencontre son homologue français Jean Castex à son arrivée à Tunis, le 2 juin 2021. © Fethi Belaid, AFP

Le Premier ministre français, Jean Castex, était en visite en Tunisie mercredi et jeudi afin de resserrer les liens entre Paris et Tunis. Parmi les "grandes priorités" de cette visite, la crise sanitaire, le partenariat économique entre les deux pays, et la lutte contre le terrorisme.

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Le Premier ministre français Jean Castex, accompagné de plusieurs membres du gouvernement, a promis jeudi 3 juin à la Tunisie l'assistance de Paris pour "accompagner les réformes" dans ce "pays ami" secoué par des crises multiples et mis à genoux par l'épidémie de coronavirus

Deux mois après le report polémique d'un séminaire gouvernemental en Algérie, le chef du gouvernement français effectuait sa première sortie internationale d'envergure dans le plus petit État du Maghreb, pour le 3e Haut conseil de coopération (HCC) franco-tunisien, après ceux de 2017 et 2019.

Depuis la dernière édition, l'exécutif a changé en Tunisie, avec l'élection à la présidence en octobre 2019 de Kaïs Saïed, un universitaire indépendant, puis la nomination en juillet 2020 comme chef du gouvernement de Hichem Mechichi. En toile de fond, d'importantes turbulences politiques opposent le sommet de l'État et le parti d'inspiration islamiste Ennahda, principale force d'un Parlement morcelé.

Retour des radicalisés

Au cœur des discussions les plus sensibles : le retour en Tunisie d'une poignée d'individus sur quelques dizaines fichés en France pour radicalisation.

Interrogé sur le renforcement du partenariat sécuritaire conclu jeudi, Jean Castex n'a pas voulu "entrer dans les détails" mais, a-t-il ajouté, "cela concerne aussi bien la question des réadmissions des individus radicalisés et condamnés, la maîtrise des flux migratoires, la sécurité dans les infrastructures aéroportuaires et portuaires et la coopération entre nos services".

"Les cadres juridiques permettent la gestion du dossier du retour des Tunisiens en situation irrégulière en France, un retour dans des conditions qui préservent leur dignité et dans un cadre juridique", a assuré son homologue tunisien Hichem Mechichi, qui a accompagné M. Castex au musée du Bardo, théâtre d'un sanglant attentat en 2015 (22 morts, dont 4 touristes français).

Selon l'ONU, 15 % des migrants arrivant par la mer en Europe sont tunisiens, soit le plus gros contingent . M. Mechichi a jugé, dans un entretien au Figaro, que "bloquer les migrants sur les côtes tunisiennes ou d'Afrique du Nord, c'est insuffisant ou impossible. La meilleure manière de les retenir chez eux, c'est de renforcer le partenariat avec les pays émetteurs", a-t-il plaidé.

Paris souhaite toutefois expulser une poignée d'individus vers la Tunisie, sur quelques dizaines fichés pour radicalisation, mais les négociations patinaient sur ce qui s'apparente à un "bâton merdeux", selon l'essayiste Hakim El Karoui, auteur en mai d'une note pour l'Institut Montaigne sur la stabilité du Maghreb. "Les Tunisiens disent à la France : ils se sont radicalisés chez vous", résume-t-il. À l'image de l'auteur de l'attaque dans le commissariat de Rambouillet en avril, arrivé en France en 2009.

Enfin, la visite devait servir à préparer le prochain sommet de la Francophonie qui se tiendra en Tunisie en novembre 2021 et à sceller de nouveaux accords "entre établissements de formation français et tunisiens".

Paris tente de soulager les craintes de pénurie d’oxygène

Lors d'une rencontre économique, le Premier ministre français s'est engagé à "accompagner les réformes engagées par les autorités tunisiennes qui visent à accroître son attractivité et à améliorer le climat des affaires".

"Ces réformes sont importantes pour la Tunisie, pour le peuple tunisien et pour le partenariat franco-tunisien", a souligné le chef du gouvernement français, insistant sur les liens privilégiés entre les deux pays, la France étant le premier partenaire commercial de Tunis.

"En dix ans, la Tunisie a beaucoup changé. Ce changement s'accompagne de menaces mais aussi d'opportunités", a expliqué de son côté le Premier ministre tunisien Hichem Mechichi.

Dans le cadre du partenariat avec ce "pays ami", et alors qu'un rebond de la pandémie de Covid-19 (12 793 décès au 1er juin depuis le début de l'épidémie) a récemment suscité des craintes de pénurie d'oxygène en Tunisie, le gouvernement français est venu les bras chargés.  D’abord de trois générateurs d'oxygène pour les hôpitaux de Sidi Bouzid, Sfax et Tataouine. Mais également de 18 respirateurs de réanimation et 38 000 tests antigéniques ou encore 240 000 masques FFP2. Un bateau doit également acheminer sous huitaine plus de 4,5 millions de masques FFP2.

"On a discuté de la nécessité d'aider la Tunisie pour accélérer le rythme de la vaccination, ce qui permettrait de rendre la destination tunisienne sûre en ce qui concerne le Covid", a promis le chef du gouvernement tunisien.

Urgence économique

L'urgence est également économique : lourdement endettée, souffrant d'un modèle de développement à bout de souffle basé sur une main-d’œuvre bon marché, la Tunisie espère du Fonds monétaire international (FMI) un nouveau prêt sur trois ans en contrepartie d'un programme de réformes.

La France, qui "veut encourager" ce programme, s'est ainsi engagée il y a un an à prêter 350 millions d'euros pour appuyer la transformation du pays jusqu'en 2022.

Pour l'heure, 100 millions d'euros ont été versés et la France attend surtout la mise en œuvre effective des réformes promises pour poursuivre les décaissements.

Ce n'est "ni assez, ni le bon vecteur", estime auprès de l'AFP Hakim El Karoui. "Il faut des dons", autour "d'un ou deux milliards d'euros", portés par une initiative européenne dans le cadre du plan de relance, afin de "passer le pic Covid", insiste Hakim El Karoui, soulignant que la faiblesse annoncée de la saison touristique, un des piliers de l'économie tunisienne qui représente autour de 14 % du PIB, assombrissait les perspectives.

Avec AFP

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