Tchad : amnistie générale pour les rebelles et opposants afin de faciliter le dialogue national

Un groupe de rebelles capturés par l'armée tchadienne est présenté à la presse avec leurs armes et leurs véhicules au siège de l'armée tchadienne à N'Djamena, le 9 mai 2021.
Un groupe de rebelles capturés par l'armée tchadienne est présenté à la presse avec leurs armes et leurs véhicules au siège de l'armée tchadienne à N'Djamena, le 9 mai 2021. © Djimet Wiche, AFP

La junte militaire au pouvoir au Tchad a décrété lundi une "amnistie générale" pour les rebelles et opposants condamnés notamment pour "atteinte à l'intégrité de l'État". Ce geste intervient pour permettre la participation des groupes armés au dialogue national. 

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Le Tchad a fait un nouveau pas vers la réconciliation. Une amnistie générale pour les rebelles et opposants condamnés notamment pour "atteinte à l'intégrité de l'Etat" a été décrétée lundi 29 novembre.

Cette mesure concerne 296 personnes condamnées - qu'elles soient ou non détenues - et répond à l'une des exigences des principaux groupes rebelles pour venir à la table des négociations à l'invitation du président Mahamat Idriss Déby Itno.

"Faire table rase des vestiges hérités des périodes sombres de notre pays"

Le jeune général a pris la tête du Conseil militaire de Transition (CMT) au lendemain de la mort de son père, Idriss Déby Itno, le chef de l'État tué en avril 2021 dans des combats contre des rebelles.

"Il est apparu indispensable de faire table rase des vestiges hérités des périodes sombres de notre pays en accordant une amnistie générale à ceux qui, pour une raison ou une autre, avaient choisi la voie de l'exil et/ou de la violence pour exprimer leurs divergences politiques", proclame le projet de loi adopté lors d'un Conseil des ministres extraordinaire, dont un compte-rendu a été envoyé à l'AFP.

Ce texte sera ensuite soumis au Parlement, dont les membres ont été nommés par le président du CMT. Sont concernés "39 personnes condamnées pour des faits d'atteinte à l'intégrité de l'État et de délits d'opinion" et "257 membres" des groupes armés, détenus et jugés notamment pour "terrorisme" après une offensive de l'Union des forces de la résistance (UFR) en 2019, qui visait à renverser le président Déby.

Participer au dialogue national

Le Tchad, dirigé d'une main de fer pendant plus de 30 ans par Idriss Déby à l'issue d'un coup d'État, est fréquemment secoué par des offensives rebelles depuis la Libye et le Soudan voisins, dont certaines les ont menées jusqu'aux portes de la capitale N'Djamena.

Les principaux groupes rebelles tchadiens se sont dits début novembre "disposés" à participer au dialogue national "sous certaines conditions", dont l'amnistie générale.

Mahamat Idriss Déby avait multiplié les signes d'ouverture aux groupes armés pour les faire participer à un dialogue national censé réconcilier les Tchadiens avant des élections "libres et transparentes" promises dans un délai de 18 mois renouvelable une fois, quand il a pris le pouvoir.

Les personnes amnistiées "sont nominativement citées et les chefs rebelles ne sont pas présents parce qu'ils ont déjà été amnistiés en 2018. Cette mesure concerne les prisonniers et d'autres organisations rebelles qui ont été arrêtés puis condamnés après le 31 mai 2018", a déclaré Abderaman Koulamallah, ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement tchadien.

"Si elle se confirme et se matérialise dans les faits, cette amnistie serait une avancée majeure, entre autres, vers le dialogue, la réconciliation et la paix tels que voulus par l'ensemble des Tchadiennes et des Tchadiens", a déclaré Kingabé Ogouzeimi de Tapol, porte-parole du Front pour l'alternance et la concorde au Tchad (FACT). Le maréchal Idriss Déby a été tué en avril au combat face à l'avancée de colonnes rebelles du FACT.

"Cela fait partie de nos préalables. C'est un premier pas", a indiqué Timan Erdimi, le chef de l'UFR en exil au Qatar. "Il reste la libération de Tom Erdimi", son frère détenu en Egypte selon sa famille, "et des prisonniers de guerre, ainsi que la restitution des biens spoliés", a-t-il ajouté.

"C'est un pas important vers la réconciliation, et un acte politique pour donner une légitimité au président du CMT qui avait été contesté à cause de la succession dynastique du pouvoir. Il récupère un capital sympathie, aussi bien à l'intérieur qu'à l'international, y compris pour une éventuelle candidature à l'élection présidentielle", analyse Kelma Manatouma, chercheur tchadien en sciences politiques à l'université Paris-Nanterre.

Aucun pays n'a à ce jour dénoncé la prise du pouvoir par la junte et, immédiatement après sa proclamation comme président de la transition, Mahamat Déby avait reçu le soutien remarqué de la France, l'ancienne puissance coloniale, de l'Union européenne, puis de l'Union africaine. L'armée du Tchad est considérée comme le pilier, aux côtés des militaires français de l'opération Barkhane, d'une coalition combattant les jihadistes dans la bande du Sahel. 

Avec AFP

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