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USA 2020

Au Wyoming, on croit toujours en Trump et en des jours meilleurs pour le charbon

La mine de charbon de Butte Eagle a licencié près de 600 personnes à l'été 2019.
La mine de charbon de Butte Eagle a licencié près de 600 personnes à l'été 2019. © Romain Houeix, France 24
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Dans le nord du Wyoming, la petite ville de Gillette ne vit que pour l'industrie du charbon. En 2016, Donald Trump avait promis de se battre pour la survie de cette dernière mais quatre ans après, les fermetures s'enchaînent, laissant des centaines de personnes sur le carreau. Pas de quoi ébranler la base électorale du président républicain.

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"Le charbon est vital pour Gillette. Enlevez ça à la ville et elle meurt." Dans la petite ville du nord du Wyoming, dans le centre des États-Unis, le constat d'Eric Hanson, candidat républicain au conseil municipal, est partagé par tous. Celle qui s'autoproclame "capitale énergétique de la nation" ne vit que par et pour ses mines de charbon.

La houille semble être l'unique source de fierté pour les 31 917 habitants que compte la ville. Le musée de la ville est dédié à cette industrie. Des visites guidées des mines sont organisées régulièrement pour les touristes, notamment à celle de Butte Eagle, où travaille Eric Hanson comme mécanicien.

"Gillette a grandi avec le charbon. Aujourd'hui, le secteur représente près de 4 000 emplois. Si le charbon disparaît, les habitants seraient obligés de quitter la ville et notre communauté pourrait disparaître", alerte le candidat républicain qui exhibe fièrement un T-Shirt siglé Wyoming.

Cet ancien militaire de 47 ans vit à Gillette depuis l'enfance. Son père a déménagé du Dakota du Sud voisin pour travailler dans les mines alors que l'industrie était en plein boom au détour des années 1980. Après s'être engagé dans l'armée, Eric Hanson a suivi les traces paternelles en travaillant dans l'industrie minière.

Eric Hansen parle du fonctionnement de la mine où il travaille
Eric Hansen parle du fonctionnement de la mine où il travaille © Romain Houeix, France 24

"Le déclin de l'industrie du charbon affecte beaucoup de gens autour de moi. Moi-même, j'ai déjà perdu mon travail, une fois, il y a huit ans à cause d'une fermeture provoquée par les règlementations d'Obama", raconte-t-il. "Je crois en un futur pour le charbon. C'est une énergie peu chère et fiable. Le solaire ou l'éolien ne sont pas suffisants. Il faut trouver un équilibre et tout utiliser."

"Ici il n'y a même pas besoin de faire campagne" pour Donald Trump

"Il y a quatre ans, les gens d'ici se sont mobilisés contre Hillary Clinton car elle voulait mettre fin au charbon. Cette année, ce sera sans doute la même chose pour Donald Trump", pronostique Eric Hanson, qui a lui-même un panneau dans son propre jardin pour afficher son soutien au président américain. "Ici il n'y a même pas besoin de faire campagne pour lui, il est sûr de gagner."

>> À lire aussi : Dakota du Sud : "En tant qu'Amérindien, je ne me sens représenté par aucun candidat"

Le Wyoming est en effet un État profondément républicain. En 2016, Donald Trump y avait battu de 46 % sa rivale démocrate, son plus gros écart avec Hillary Clinton. Dans le comté de Campbell où se situe Gillette, 85,98 % des votants avaient accordé leurs faveurs au milliardaire. Aujourd'hui encore, difficile de trouver des démocrates dans les rues enneigées du centre-ville.

"Je vote Trump car avant le Covid-19, il avait enfin remis l'économie dans le bon sens", explique Deb Davis, mère au foyer, qui a déjà glissé son bulletin dans l'urne grâce au vote anticipé.

"Je vais voter pour Trump car je suis profondément républicain. J'aime le fait que Donald Trump soit un homme d'affaires. Ça le distingue des autres candidats", affirme Trent Jones, un barbu entre deux âges, croisé près du tribunal local.

Seule voix dissonante, Molly, professeure remplaçante dans le collège local : "Honnêtement, je m'en fiche. L'un ou l'autre, c'est pareil. Le seul qui ferait un bon président, c'est Jésus", explique-t-elle entre ironie et profond désintérêt pour la politique, jouée d'avance dans ce bastion républicain.

Donald Trump avait promis de défendre le charbon

Il y a quatre ans, Donald Trump avait affirmé qu’il "allait remettre les mineurs au boulot" et mettre fin à la guerre contre "le charbon", promettant des lendemains qui chantent à cette industrie.

Las. À Gillette, les fermetures ont continué. En juillet 2019, près de 600 personnes ont perdu leur emploi en raison de la fermeture de deux sites. À la mi-octobre 2020, c'est le groupe Arch Resources, un fleuron local, qui a annoncé vouloir se détourner du charbon à court terme. Pourtant, les locaux continuent de défendre mordicus leur président et de croire en un futur meilleur pour le charbon.

"Ce n'est pas exactement sa faute. Le prix des matières premières s'est effondré, ce qui explique les fermetures", argumente Trent Jones.

"Il n'a pas brisé sa promesse. Il n'avait pas le contrôle sur ce qui s'est passé. Pour moi, le gouvernement ne doit pas se mêler des affaires des entreprises. Les fermetures qui ont eu lieu sont dues à des erreurs de celles-ci", justifie Eric Hanson. "Avec Hillary Clinton, ça aurait été pire."

Les habitants espèrent l'émergence d'un charbon "propre", c’est-à-dire respectueux de l'environnement. Beaucoup parlent avec espoir de la capture du CO2, une solution permettant de capturer les rejets de carbone et les enfouir sous terre. Cependant, la solution fait débat parmi les scientifiques.

"Le secteur du charbon va mourir"

Pour débusquer des démocrates à Gillette, un indice ne trompe pas : le port du masque en ces temps d'épidémie de Covid-19. Les rares personnes dont le cœur incline pour la gauche américaine semblent beaucoup plus précautionneux que les républicains concernant celui-ci. La piste nous emmène dans un café branché du centre-ville à la décoration qui fait honneur à l'importance locale du charbon, entre antiques chariots en guise de table basse, lampes à pétrole et tableaux représentants des "gueules noires". L'établissement est apprécié de la jeunesse de Gillette, moins optimiste que leurs ainés sur le futur de la ressource locale.

>> À lire aussi : Nebraska : dur d'être un démocrate en terres trumpistes

"Que Donald Trump l'emporte ou pas, le Wyoming va se retrouver dans une situation difficile. Notre économie ne s'est jamais diversifiée. Nous avons gardé tous nos œufs dans le même panier", analyse Kami Riddle, attablée avec deux collègues qui comme elle, œuvrent à la défense des sans-abri. Par réflexe, les trois jeunes filles baissent la voix : "Certaines opinions sont mal vues ici", sourient-elles.

Lynne Huskinson, 60 ans et candidate démocrate à la chambre des représentants locale, a également ses habitudes ici. La vieille dame a fait partie du cortège des 600 licenciés de juillet 2019. Elle travaillait dans le secteur minier depuis trente-neuf ans. Elle en a profité pour prendre sa retraite et s'engager désormais dans la politique locale. Celle qui dit ne pas être une politicienne professionnelle ne se fait guère d'illusions sur ces chances de l'emporter. Toutefois, elle veut tenter de faire entendre son message.

"On parle toujours de chiffres ou de revenus. Jamais des personnes que l'industrie du charbon laisse derrière. Je veux me battre pour ces gens", explique celle qui travaillait dans la même mine qu'Eric Hanson.

Lynne Huskinson se présente pour aider les travailleurs à faire face aux changements économiques.
Lynne Huskinson se présente pour aider les travailleurs à faire face aux changements économiques. © Romain Houeix, France 24

Lynne Huskinson appelle ses concitoyens à regarder la situation en face. "Le secteur du charbon est en train de mourir. On produit déjà deux fois moins qu'il y a deux ans. Le Covid-19 a encore accéléré le déclin. La promesse de Donald Trump n'était qu'un stratagème de campagne. Je pense qu'il savait aussi que c'est une ressource déclinante mais s'en est servi pour être élu", estime-t-elle. "Je pense que les gens d'ici cherchaient un sauveur en 2016 et c'était lui."

"J'ai peur pour le futur de notre ville. On va continuer de miner jusqu'à ce qu'on puisse plus. Ce sera long mais on finira par s'éloigner du charbon un jour. Nous sommes résilients", espère Lynne Huskinson. La retraitée compte bien être à Gillette ce jour-là : "J'ai grandi ici, vécu ici et je veux être encore là quand les entreprises de charbon partiront et que le changement arrivera".

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