USA 2020

Le sort de l'élection américaine suspendu à trois des États clés

Des bulletins de vote dépouillés en Pennsylvanie, à Philadelphie, le 4 novembre 2020.
Des bulletins de vote dépouillés en Pennsylvanie, à Philadelphie, le 4 novembre 2020. © AFP

Biden ou Trump ? Trump ou Biden ? L'issue de l'élection présidentielle américaine pourrait se jouer désormais en Pennsylvanie, en Géorgie et dans le Michigan, trois États clés qui n’ont pas fini de dépouiller les bulletins. Le Wisconsin et la Floride, autres États clés, ayant quant à eux choisi respectivement Joe Biden et Donald Trump. France 24 fait le point.

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L'élection du futur président des États-Unis se joue désormais sur quelques circonscriptions clés. Si Biden veut la Maison Blanche, il doit désormais l'emporter dans au moins deux des trois États disputés du Nord industriel : la Pennsylvanie, le Michigan, le Wisconsin. Ce dernier a finalement basculé de justesse pour Joe Biden, lui offrant 10 grands électeurs supplémentaire.

Une vague de votes tardifs donne une légère avance au démocrate, mais il est encore trop tôt pour se prononcer. D'autant que des centaines de milliers de bulletins sont en cours de dépouillement en Pennsylvanie.

Rien n'est joué. En 2016, Donald Trump s'était adjugé la victoire à la surprise de tous, faisant basculer ces trois bastions du "mur bleu", la couleur des démocrates, qui les pensaient pourtant acquis à leur cause.

Ce tour de force lui avait permis de remporter la majorité qui compte, c'est-à-dire celle du "collège électoral", alors même que sa rivale Hillary Clinton avait récolté plus de voix que lui au niveau national. Une victoire qui repose sur la règle américaine du "winner takes all" (le vainqueur rafle tout). Celle-ci s'applique dans 48 des 50 États, dont le Michigan, le Wisconsin et la Pennsylvanie. Pour l'emporter, un candidat doit obtenir au moins 270 des 538 grands électeurs attribués au niveau des États.

>> À consulter sur France24.com : LA CARTE ÉLECTORALE 2020 et les résultats de la présidentielle américaine en temps réel

Ainsi, sur les 120 millions de votes comptabilisés en 2016, 100 000 d'entre eux avaient décidé du résultat de l'élection.

Que sait-on cette fois des résultats du scrutin dans les États décisifs pour la course à la Maison Blanche ? 

  • Pennsylvanie

Tous les regards sont tournés vers cet État clé qui représente 20 grands électeurs, et où le décompte des votes est en cours. Le dépouillement pourrait se poursuivre mercredi 4 novembre, voire sur plusieurs jours, notamment en raison du niveau record de votes par correspondance. L'attente s'annonce donc longue.

Toutefois, d'après les sondages réalisés à la sortie des urnes par l'institut Edison Research et mis à jour mercredi à l'aube aux États-Unis, Donald Trump serait largement en tête. Or il ne faut pas exclure les votes par correspondance, dont "un tiers serait favorable au candidat démocrate", selon François Durpaire, historien spécialiste des États-Unis, interrogé par France 24. Le suspense reste donc entier quant à l'issue du scrutin.

Lieu de naissance du candidat démocrate Joe Biden, la Pennsylvanie, est le plus grand des trois anciens États du "mur bleu". Les villes de Philadelphie et de Pittsburgh ont traditionnellement tendance à voter démocrate dans de larges proportions, tandis que les zones rurales penchent fortement elles vers les républicains.

Historiquement, les démocrates ont eu tendance à devancer le GOP (Grand Old Party, nom officiel du parti républicain) parmi les électeurs blancs de la classe ouvrière de l'État. Toutefois, lors de son écrasante victoire à la présidentielle de 1984, le républicain Ronald Reagan avait remporté un grand nombre de suffrages émanant de ces électeurs — surnommés les "Reagan Democrats", notamment de ceux qui vivent dans les zones rurales.

Son successeur issu du même bord, George Bush, a lui aussi réussi à séduire cette frange d'électeurs quatre ans plus tard. Mais de la victoire de Bill Clinton en 1992 à la réélection de Barack Obama en 2012, les démocrates ont réussi à gagner suffisamment de voix au sein de la classe ouvrière blanche pour conserver la Pennsylvanie dans leur escarcelle grâce à la règle du "winner takes all".

La donne a changé lors des élections de 2016. Donald Trump l'a très largement emporté dans les zones rurales et conservatrices, avec des chiffres records. Il a également fait basculer dans son camp les zones ouvrières majoritairement blanches et traditionnellement démocrates — comme les comtés d'Erie et de Lucerne, deux zones post-industrielles dans cet État clé de la Rust Belt (ceinture de rouille). 

Pourtant les derniers sondages avant le scrutin du 3 novembre avaient donné Joe Biden en tête avec 4 points d'avance en Pennsylvanie. Il est donc probable que les cartes soient à nouveau rebattues. Reste que la fiabilité des sondages est mise en doute. Après avoir prédit à tort une victoire de Hillary Clinton en 2016, les sondages précédant le vote sont à prendre avec des pincettes.

  • Michigan

Dans le Michigan, les résultats des urnes n'étaient pas encore connus mercredi matin (heure américaine) car le décompte des voix était toujours en cours. Joe Biden était donné en tête, selon les sondages à la sortie des urnes avec une très légère avance. 

Cet État clé pourrait lui aussi faire basculer l'élection, car le vote de 16 grands électeurs y est en jeu. Une victoire dans ce "swing state" favoriserait l'élection de l'un ou l'autre des candidats, à condition d'emporter également le vote dans la Pennsylvanie ou dans le Wisconsin voisin. 

Difficile de prédire qui sera le vainqueur dans cet ancien bastion démocrate où Donald Trump s'est imposé par surprise il y a quatre ans. Le schéma électoral du Michigan ressemble en grande partie à celui de la Pennsylvanie : de nombreux électeurs qui avaient penché en faveur de Ronald Reagan en 1984 ont rebasculé vers les démocrates, qui se sont alors systématiquement adjugé l'État à chaque élection présidentielle entre 1992 et 2012, jusqu'à ce que Donald Trump l'emporte en 2016.

Là aussi, les sondages effectués avant le scrutin ont prédit que Joe Biden allait de nouveau teinter de bleu cet État. Le candidat semble être plus en adéquation avec la base démocrate du Michigan que ne l'était Hillary Clinton en 2016. Lors des primaires, en mars 2020, Joe Biden y a battu Bernie Sanders, alors que le sénateur du Vermont, très marqué à gauche, y avait lui-même battu Hillary Clinton en 2016. 

Un succès tempéré par la représentante démocrate du Michigan, Debbie Dingell. Cette élue, qui avait mis en garde l'équipe de campagne de Hilllary Clinton en la prévenant qu'elle y serait en difficulté en 2016, a fait de même avec Joe Biden. À quelques jours de l'élection, elle a averti le camp démocrate, qu'elle "voyait apparaître beaucoup de signes en faveur de Donald Trump [sur le terrain]".

  • Wisconsin

Le suspense a finalement été plus court dans le Wisconsin, avec ses 10 grands électeurs, que Joe Biden remporte avec un écart très serré. Un écart de moins de 1 %, qui permet à Donald Trump de demander un recomptage des voix.

En 2016, Donald Trump est devenu le premier candidat républicain à battre son rival démocrate dans le Wisconsin depuis 1984. Là aussi, la clé de la victoire s'est trouvée entre les mains des électeurs blancs de la classe ouvrière qui ont basculé du camp démocrate vers celui des républicains. À l'instar de l'ensemble des États-Unis, la base du Parti républicain est concentrée dans les zones rurales du Wisconsin, tandis que les bastions démocrates sont dans les zones urbaines, notamment dans la plus grande ville de l'État, Milwaukee, ainsi que dans la capitale et centre universitaire, Madison.

Selon les sondages pré-électoraux, les votants des banlieues aisées qui ceinturent les grandes villes américaines semblent vouloir se débarrasser de Donald Trump. Mais certains sondages suggèrent que les banlieues de Milwaukee pourraient être une exception.

En 2016, Donald Trump était venu à cinq reprises faire campagne dans le Wisconsin après les conventions de son parti. De son côté, Hillary Clinton, qui n'avait pas fait campagne dans cet État durant la même période, a expliqué par la suite que son équipe avait été comme "prise par surprise" sur ce territoire. Joe Biden n'a pas fait la même erreur cette fois-ci, tenant plusieurs meeting dont un très récemment dans cet État clé.

  • Géorgie

Bien que Donald Trump ait déclaré très tôt mercredi qu'il avait décroché la Géorgie, il est prématuré de se prononcer sur les résultats du vote dans cet État clé, selon Associated Press (AP). Quelque 4 % des voix restent à comptabiliser. Cela inclut les bulletins de vote envoyés par courrier dans deux comtés que Biden était en train de gagner tôt mercredi : le comté de la région d'Atlanta et celui de la région de Savannah. Plusieurs localités de la région d'Atlanta ont cessé de compter les votes après avoir rencontré des difficultés techniques, d'après AP. Toutefois, selon les sondages de sortie des urnes mis à jour mercredi à midi (heure de Washington), Donald Trump serait en tête. 

Les résultats en Géorgie sont très attendus, car ce "swing state" représente 16 grands électeurs. Depuis Bill Clinton en 1992, aucun candidat démocrate n'a plus jamais gagné la Géorgie lors d'une élection présidentielle. 

Mais la domination sans partage du GOP dans cet État s'est craquelée depuis qu'une candidate démocrate, Lucy McBath, a réussi à faire basculer de justesse la 6e circonscription de Géorgie, lors des élections de mi-mandat de 2018, et à se faire élire à la Chambre des représentants.

Largement composée des banlieues verdoyantes d'Atlanta, cette circonscription pourtant réputée imprenable est l'ancien bastion du ténor républicain Newt Gingrich, ancien président de la Chambre des représentants.

De son côté, le républicain Brian Kemp était arrivé en tête avec seulement 55 000 voix lors de l'élection très disputée du gouverneur en 2018. Des critiques, parmi lesquelles celles de son adversaire démocrate, Stacey Abrams, avaient dénoncé l'effacement pur et simple d'un grand nombre d'électeurs des listes électorales. Selon les données analysées par The Economist, "le nombre d'électeurs possiblement privés de leur droit de vote était proche de 50 000". Quoi qu'il en soit, ce résultat serré a démontré le recul de l'emprise du GOP sur la Géorgie.

Il faut souligner que le nombre d'électeurs jeunes et issus des minorités y a augmenté au cours de la dernière décennie. "La démographie joue contre nous", a déclaré le sénateur républicain sortant, David Perdue, à un groupe de militants de son parti en avril.

Surfant sur cette tendance, Joe Biden s'est rendu une ultime fois dans l'État à une semaine des élections pour y prononcer un discours, suivi quelques jours plus tard par son concurrent Donald Trump, très présent sur le terrain.

  • Floride
07:51

 

Troisième État américain le plus peuplé du pays, la Floride pèse lourd dans le vote américain avec 29 grands électeurs. Le président républicain sortant a affirmé avoir remporté ce bastion essentiel, ce qui a été confirmé par les projections. Les résultats ont été connus assez tôt en Floride, où de nombreux électeurs avaient voté par anticipation et le dépouillement a commencé avant le 3 novembre.

La Floride a toujours été remportée par le vainqueur de l'élection présidentielle américaine, et ce depuis 1996. Mais cette particularité, qui fait d'elle un indicateur très observé, a attiré l'attention du monde entier à l'occasion de l'élection de 2000. Le résultat final du vote s'est joué autour des 25 voix (aujourd'hui 29) du collège électoral de l'État, qui ont basculé du côté de George W. Bush, après un imbroglio judiciaire autour du recomptage des voix, finalement tranché par une décision de la Cour suprême.

La population floridienne a connu un boom au cours des dernières décennies grâce à l'afflux de retraités, en grande partie blancs, et d'immigrants majoritairement latino-américains. Environ deux tiers des électeurs blancs de Floride ont déclaré, en 2016, dans le cadre de sondages sortie des urnes de l'Associated Press, qu'ils avaient voté en faveur de Donald Trump.

Ce dernier a également obtenu de bons résultats auprès de l'importante population américano-cubaine de l'État, en grande partie issue des exilés qui ont fui le régime communiste de Fidel Castro. Ces derniers semblent avoir été au rendez-vous cette fois encore, permettant au chef d'État sortant de l'emporter dans cet État clé.

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