Au Pérou, le Parlement approuve la destitution du président Martin Vizcarra

Martin Vizcarra se défend devant le Congrès, le 9 novembre 2020 à Lima.
Martin Vizcarra se défend devant le Congrès, le 9 novembre 2020 à Lima. © Juan Pablo Azabache/Présidence péruvianne via EFE

Après 32 mois à la tête du Pérou, le très populaire président Martin Vizcarra a été destitué lundi soir pour une affaire de pots-de-vin. C'est le président du Parlement, Manuel Merino, qui va prendre les rênes du gouvernement jusqu'en juillet. Martin Vizcarra a réagi en disant qu'il quittait le pouvoir "la tête haute", tandis que des manifestants se sont rassemblés à Lima.

Publicité

Cette fois, c'est la bonne. À l'issue d'une seconde procédure en moins de deux mois, le Parlement du Pérou a destitué, lundi 9 novembre, le président de la République Martin Vizcarra pour "incapacité morale". Il lui reproche des pots-de-vin présumés qu'il aurait reçus en 2014 en tant que gouverneur.

La motion pour déposer le chef de l'État, populaire parmi la population en raison de son intransigeance contre la corruption, a recueilli davantage de votes que les 87 nécessaires, avec 105 voix pour, 19 contre et 4 abstentions.

"La résolution déclarant la vacance de la présidence de la République a été approuvée", a déclaré à l'issue du vote le président du Parlement, Manuel Merino, qui va prendre dès mardi les rênes du gouvernement jusqu'à la fin du mandat de Martin Vizcarra, le 28 juillet 2021.

"La tête haute"

"Je sors du palais du gouvernement comme j'y suis entré il y a deux ans et huit mois : la tête haute", a réagi Vizcarra face à la presse, entouré de ses ministres. Il a précisé qu'il se rendrait immédiatement à son domicile particulier et qu'il ne comptait pas donner de suites judiciaires à la décision du Parlement.

Il s'agissait de la seconde tentative de destitution de Martin Vizacarra, après un premier vote le 18 septembre 2020. Son prédécesseur, Pedro Pablo Kuczynski, n'avait pas pu, lui non plus, aller au bout de son mandat, obligé de démissionner sous la pression du Parlement après avoir été mis en cause dans le scandale Odebrecht, du nom de cette compagnie brésilienne de construction accusée d'avoir versé des pots-de-vin dans différents pays d'Amérique du Sud.

Plusieurs appels à manifester ont fleuri sur les réseaux sociaux, dans la foulée de la destitution, et plusieurs dizaines de personnes se sont rassemblées dans la soirée à Lima, frappant sur des casseroles pour dénoncer le vote du Parlement. Sur des pancartes, les manifestants s'en sont pris au "Congrès putschiste", d'autres affirmant : "Merino, tu ne seras jamais président". D'autres rassemblements ont également été signalés dans les villes d'Arequipa et Trujillo.

Martin Vizcarra n'était membre d'aucun parti politique et ne disposait d'aucun soutien du côté des législateurs. Il s'était présenté dans la matinée devant le Congrès, réuni en séance plénière, afin d'assurer lui-même sa défense, niant de nouveau avoir reçu le moindre pot-de-vin lorsqu'il était gouverneur de la région de Moquegua (sud).

Forte popularité

"Je rejette avec véhémence et catégoriquement ces accusations, je n'ai pas reçu le moindre pot-de-vin de quiconque", a-t-il assuré avant de souligner que le choix de déclarer une vacance du pouvoir "est une mesure extrême" qui ne devrait pas être tentée par le Congrès "tous les mois et demi".

Le président de la République, qui est devenu le porte-drapeau de la lutte anti-corruption, a en revanche souligné que 69 parlementaires faisaient l'objet d'une enquête judiciaire, sans pour autant avoir été destitués.

Une position qui lui permet de toujours s'appuyer sur un fort soutien populaire : les différentes enquêtes d'opinion ces derniers jours soulignent que trois Péruviens sur quatre veulent qu'il reste à la tête du pays. Le Congrès de son côté fait face à un rejet de la part de 59 % des personnes interrogées.

L'issue du vote du Parlement a d'ailleurs provoqué la multiplication sur les réseaux sociaux d'appels à manifester contre la décision des législateurs. La destitution a également été mal accueillie par les organisations patronales qui souhaitaient voir le gouvernement se concentrer sur la réponse à la pandémie, alors que le pays compte près de 35 000 morts depuis mars, et le redémarrage de l'économie.

Avec AFP

Le résumé de la semaineFrance 24 vous propose de revenir sur les actualités qui ont marqué la semaine