USA 2020

Derrière la victoire de Joe Biden, un Parti démocrate divisé sur sa ligne

La représentante de New York et égérie de l'aile gauche du Parti démocrate, Alexandria Ocasio-Cortez, le 15 juillet 2019, à Washington.
La représentante de New York et égérie de l'aile gauche du Parti démocrate, Alexandria Ocasio-Cortez, le 15 juillet 2019, à Washington. AFP - BRENDAN SMIALOWSKI

Si les démocrates exultent après la victoire de Joe Biden à la présidentielle américaine du 3 novembre, ils n’ont en revanche pas caché leur déception sur leurs résultats au Congrès, où ils espéraient devenir majoritaires. L’aile droite et l’aile gauche s’accusent mutuellement et se divisent déjà sur la ligne à adopter.

Publicité

Les démocrates espéraient une vague bleue pour conforter leur emprise sur la Chambre des représentants et prendre le contrôle du Sénat. Mais la soirée du 3 novembre a rapidement douché leurs attentes : avec une égalité parfaite entre sénateurs démocrates et républicains et deux élections spéciales à venir en Géorgie, le Sénat a peu de chances de basculer, tandis que le Grand Old Party (GOP) est parvenu à récupérer certains sièges à la Chambre des représentants, y fragilisant la majorité démocrate.

Les accusations n’ont pas tardé à être lancées. Pour de nombreux responsables démocrates, les coupables sont tout trouvés : les élus soutenant les idées les plus marquées à gauche, à l’image de la représentante de New York Alexandria Ocasio-Cortez, ont fait perdre de nombreuses voix au parti.

>> Élection de Joe Biden : retrouvez notre édition spéciale en direct de Washington

Lors d’une conférence téléphonique se tenant deux jours après les élections, les élus démocrates ont vidé leur sac : la représentante de la Floride, Debbie Mucarsel-Powell, et le représentant du Texas, Marc Veasy, notamment, se sont plaints, selon CNN, des attaques des candidats républicains les faisant passer pour des candidats "socialistes". La première a été battue par son opposant républicain, le second est parvenu à sauver son siège.

Mais l’attaque la plus cinglante est venue de l’ancien candidat à la primaire républicaine et ancien gouverneur de l’Ohio, John Kasich. Farouche opposant à Donald Trump, ce dernier a fait le choix de soutenir Joe Biden à la présidentielle et est désormais pressenti pour être nommé au sein du cabinet du futur président.

"Les démocrates doivent clairement faire comprendre à l’extrême gauche qu’ils ont failli lui coûter son élection", a-t-il affirmé, samedi 7 novembre, sur CNN, pointant du doigt des propositions comme l’assurance-santé pour tous.

AOC monte au créneau contre l’aile modérée du Parti démocrate

Les membres de l’aile gauche du Parti démocrate répondent, au contraire, que ce sont eux qui ont permis de mobiliser la base électorale du parti pour élire Joe Biden et sauver les meubles au Congrès.

"Tous les démocrates élus dans une circonscription pouvant basculer à droite ayant soutenu la proposition de loi Medicare For All ont été réélus ou sont sur le point de l’être. Absolument tous", a répondu sur Twitter la cheffe de file de l’aile gauche démocrate à la Chambre des représentants, Alexandria Ocasio-Cortez, qui soutenait Bernie Sanders lors des primaires.

"AOC", comme la surnomment les médias, met d’ailleurs en garde le président-élu Joe Biden. "La période de transition va indiquer si l’administration (de Joe Biden) adopte une approche plus ouverte (aux idées de l’aile gauche) ou si elle se referme. (…) Les nominations faites lors de la transition envoient un message. Elles disent qui, selon l’administration, est responsable de la victoire", affirme-t-elle dans une interview publiée dans le New York Times.

Regrettant un manque de soutien au sein de son parti, où elle se dit avoir été considérée comme une "ennemie", Alexandria Ocasio-Cortez souligne que ce sont les jeunes activistes immigrants qui ont permis de gagner en Arizona et dans le Nevada, que ce sont les Noirs de Detroit et d’Atlanta qui ont permis de gagner dans le Michigan et possiblement en Géorgie et que ce sont bien les militants sur le terrain à Philadelphie qui ont permis de gagner en Pennsylvanie.

>> À lire : Joe Biden pourrait être confronté à une "fracture verte" dans son propre camp

Les deux dernières années avaient déjà montré une cohabitation difficile à la Chambre des représentants. Plutôt que de travailler ensemble, les tenants, au sein du Parti démocrate, d’une ligne modérée soutenue par la présidente de la chambre basse, Nancy Pelosi, et l’aile gauche emmenée par Alexandria Ocasio-Cortez se regardaient le plus souvent en chien de faïence. Avec une majorité resserrée, les démocrates apprendront-ils à travailler main dans la main ?

Joe Biden évoque le "racisme systémique" aux États-Unis

Pour l’heure, l’ancien vice-président de Barack Obama ne s’est pas encore prononcé sur la ligne qu’il comptait adopter une fois installé à la Maison Blanche. Il a toutefois lancé un message de rassemblement lors de son discours après l’annonce de sa victoire, envoyant des signaux à son aile gauche lorsqu’il a évoqué le "racisme systémique" dans le système judiciaire et la société américaine.

Il avait également fait l’effort de reprendre dans son programme un certain nombre de propositions émanant de Bernie Sanders, en particulier pour son plan climat qui prévoit la neutralité carbone des États-Unis d’ici 2050 ou la promesse d’augmenter à 15 dollars de l’heure le salaire minimum — comme cela vient d’être voté en Floride.

>> À voir : Joe Biden veut relancer l'économie par les infrastructures et par un "green deal"

L’ancien candidat aux primaires démocrates, battu par Hillary Clinton en 2016 et Joe Biden en 2020, n’a d’ailleurs pas manqué de souligner que cette question du salaire minimum pourrait être la clé d’une double victoire démocrate en Géorgie lors des deux sénatoriales qui se joueront en janvier dans cet État.

"47 % des travailleurs en Géorgie gagnent moins de 15 dollars de l’heure et 71 % des électeurs en Géorgie soutiennent l’augmentation du salaire fédéral minimum. Si les démocrates reprennent le Sénat, nous augmenterons le salaire minimum, le faisant passer d’un salaire de misère de 7,25 dollars de l’heure à un salaire permettant de vivre d’au moins 15 dollars de l’heure", a-t-il tweeté lundi soir.

Le résumé de la semaineFrance 24 vous propose de revenir sur les actualités qui ont marqué la semaine