Aux États-Unis, la chasse aux assaillants du Capitole est ouverte sur Internet

La police et les internautes tirent profit des nombreuses photos et vidéos postées sur Internet par les assaillants du Capitole pour les identifier.
La police et les internautes tirent profit des nombreuses photos et vidéos postées sur Internet par les assaillants du Capitole pour les identifier. REUTERS - Stringer .

Ils ont laissé d’innombrables traces de leur attaque contre le Capitole sur les réseaux sociaux. Certains des partisans jusqu’au-boutistes de Donald Trump ont déjà perdu leur travail après avoir été reconnus grâce aux photos et vidéos postées. Les autorités veulent collaborer avec les internautes pour en identifier davantage.

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Ce n’était peut-être pas une bonne idée d’envahir illégalement le Capitole, mercredi 6 janvier, en portant son badge de travail. Pas très malin non plus de se laisser photographier, tout sourire, en train d’emporter le pupitre de la présidente de la Chambre des représentants. Ou encore de diffuser en direct sur Twitter une vidéo se montrant en train de forcer l’entrée du bureau d’un élu.

Ces partisans de Donald Trump ont abondamment documenté leur action sur les réseaux sociaux, se laissant aussi complaisamment photographier par les médias, considérant cela comme leur heure de gloire. Des preuves numériques qui se retournent maintenant contre eux.

Retour de flamme

C’est le cas de l’homme au badge. Son employeur, la société de marketing Navistar, n’a pas apprécié de voir l’un de ses salariés associé à cette attaque et l’a licencié. Libby Andrews, une agent immobilière de Chicago, a connu le même sort après que la société pour laquelle elle travaille l’a reconnue grâce aux photos postées sur son compte Instagram, la montrant en train de chanter l’hymne américain depuis les marches du Capitole en compagnie des autres assaillants.

Idem pour l’avocat texan Paul Davis, qui s’est filmé pour annoncer son intention d’entrer dans le Capitole afin d’interrompre le processus de ratification des résultats de l’élection présidentielle. "Il ne fait plus partie de nos employés", a réagi sur Twitter la société d’assurance qui l’employait jusqu’alors.

Le collège catholique Saint Vincent, en Pennsylvanie, s’est séparé de l’un de ses professeurs vacataires, Rick Sackone. Des photos de cet ancien membre de la Chambre des représentants, prises devant le Capitole au moment de l’assaut, ont circulé sur les réseaux sociaux. Il a, par la suite, assuré avoir simplement voulu manifester "pacifiquement" son soutien au président. Mais des internautes n’ont pas tardé à dégoter une vidéo du professeur déclarant qu’ils "allaient déloger [du Capitole, NDLR] tous les républicains qui ont trahi le président".

Et ce n’est probablement que le début du retour de flamme. Le Web regorge de détectives en herbe toujours prêts, pour le meilleur comme pour le pire, à fouiller les tréfonds du Net à la recherche du moindre détail sur une cible désignée. En l’occurrence, plusieurs comptes Twitter ont déjà débuté ce travail d’identification. Il existe même un profil Instagram – Homegrownterrorist (Terroriste nationaux) – qui recense toutes les photos et vidéos qui pourraient permettre de retrouver la trace des assaillants. Plus de 100 000 personnes se sont déjà abonnées à ce compte de chasse à l’émeutier.

Mais c’est le site communautaire Reddit qui mène l’effort le plus notable. Les membres de cette plateforme ont déjà rassemblé une archive de 12 GB de photos et vidéos de l’assaut sur le Capitole. Et cette fois-ci, les participants du forum veulent éviter les identifications à la va-vite. Pas question de répéter la débâcle de 2013. À l’époque Reddit s’était lancé dans une chasse à l’homme numérique pour identifier les auteurs de l’attentat du marathon de Boston en 2013, mais n’avait réussi qu’à faire accuser à tort des innocents.

Preuves pour les enquêteurs

Les internautes se sentent d’autant plus légitimes que les autorités ont officiellement fait appel à eux pour les aider à identifier ceux qui sont entrés dans l’enceinte du Capitole. La police de Washington a mis en ligne un prospectus de plus de 20 pages remplies de photos d’individus qu’elle recherche activement. Le FBI incite, pour sa part, les internautes à lui faire parvenir, via une page internet dédiée, tout document permettant de retrouver les assaillants.

Cette collaboration a déjà commencé à porter ses fruits. Une personne recherchée par la police et qui, sur les photos, est vêtue de plusieurs fourrures, tenant dans l’une de ses mains une sorte de bâton de pèlerin et dans l’autre un bouclier anti-émeute, a été reconnu par des internautes comme le fils d’un éminent juge new-yorkais.

Tous ceux qui seront ainsi identifiés risqueront alors bien plus que de perdre leur travail. La liste des infractions commises par ces acharnés de la cause trumpienne, énumérée par le New York Times, est très longue et va de l’entrée illégale dans un bâtiment fédéral à la sédition. Des membres des forces de l’ordre ont aussi été blessés durant les affrontements, dont un est décédé des suite de ses blessures. Des peines de prison, allant de 5 à 20 ans, pourraient ainsi être requises contre ces émeutiers.

À moins, bien sûr, que Donald Trump, dans son élan de distribuer des grâces à tour de bras, décide d’en faire profiter aussi les participants à l’attaque contre le Capitole. Ce serait politiquement très provocateur, mais, comme le rappelle le site spécialisé Law & Crime, rien n’empêche légalement le chef de l’exécutif de décider d’une grâce de groupe. Sauf à le destituer au plus vite.

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