États-Unis : la NRA se déclare en faillite, une manœuvre pour stopper les poursuites judiciaires

La NRA a annoncé le 15 janvier qu'elle avait déposé son bilan.
La NRA a annoncé le 15 janvier qu'elle avait déposé son bilan. © Johnny Hanson, AP
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Vidéo par : Matthieu MABIN
6 mn

La puissant lobby américain des armes, la National Rifle Association (NRA), a annoncé vendredi s'être déclaré en faillite afin de mettre fin aux poursuites judiciaires entamées depuis quelques mois dans l'État de New York.

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La procédure fait grand bruit aux États-Unis : la NRA (National Rifle Association), puissant lobby américain des armes, a annoncé vendredi 15 janvier s'être déclaré en faillite afin de geler des poursuites judiciaires dans l'État de New York. "Cette information a littéralement sidéré le public américain", commente Matthieu Mabin, correspondant France 24 à Washington. 

La NRA et l'une de ses filiales ont ouvert une procédure dite de "chapitre 11" devant un tribunal des faillites du Texas, afin d'assurer son avenir "libre de l'environnement politique toxique de New York", a écrit son patron Wayne LaPierre dans un courrier à ses adhérents. 

Cette démarche s'inscrit dans le cadre d'un plan de restructuration qui vise à transplanter l'influent groupe conservateur au Texas, où les armes sont reines. "Ce plan se résume très simplement : on PLAQUE New York", a-t-il ajouté.

 

"Nous n'autoriserons pas la NRA à utiliser cette tactique" 

La justice de l'État de New York, démocrate, avait porté plainte en août contre la NRA, Wayne LaPierre et trois autres hauts responsables, accusés d'avoir utilisé les contributions de leurs adhérents comme "leur propre tirelire", au point d'avoir rendu l'organisation quasi insolvable. 

La procureure générale Letitia James avait nié toute motivation politique, tout en reconnaissant que cette plainte pourrait conduire à la dissolution de la NRA. 

"Le statut financier déclaré par la NRA a finalement rejoint son état moral : en faillite", a-t-elle commenté après l'annonce du plan de restructuration. "Nous n'autoriserons pas la NRA à utiliser cette tactique ou une autre pour échapper à ses responsabilités", a-t-elle ajouté. 

Aux États-Unis, se placer sous le chapitre 11 entraîne la suspension des poursuites et empêche les créanciers d'agir pour obtenir le paiement de leurs créances. 

"Aucun changement majeur des opérations et dans le personnel ne sont prévus", a assuré Wayne LaPierre. "La NRA n'est pas en faillite, n'arrête pas ses activités et n'est pas insolvable", a-t-il poursuivi.  

Une machine politique redoutable 

Fondée en 1871 pour promouvoir l'habileté au tir, la petite association de sportifs et de chasseurs est devenue une machine politique redoutable à partir des années 1980, et son influence dépasse largement les 5 millions de membres qu'elle revendique. 

Extrêmement active auprès des élus, qu'elle finance ou note défavorablement, elle a bloqué de nombreuses propositions de lois visant à renforcer les contrôles sur l'achat ou le port d'armes. La NRA a versé des millions de dollars aux deux campagnes présidentielles de Donald Trump. 

Wayne LaPierre, qui est à sa tête depuis une trentaine d'années, a été l'artisan de cette mue. En 2019, il a réussi à écarter des rivaux qui tentaient de mettre un terme à son règne, sans empêcher un déballage embarrassant. 

Train de vie luxueux 

Des documents internes diffusés sur Internet ou dans la presse ont révélé le train de vie dispendieux du dirigeant, avec vêtements de luxe et voyages aux Bahamas ou en Italie, réglés par la NRA grâce à des montages financiers validés par des alliés en interne. 

Selon la procureure de New York, ils ont contribué à des pertes de l'ordre de 64 millions de dollars en trois ans. 

L'aura de la NRA a également souffert face à la multiplication des fusillades aux États-Unis. Les armes à feu ont fait plus de 43 000 morts aux États-Unis en 2020, en incluant les suicides, selon le site Gun violence archive. 

Mais les Américains restent très attachés à leurs armes, et se sont même ruées pour en acheter davantage depuis le début de la pandémie, et encore plus lors des grandes manifestations antiracistes du printemps, et des tensions électorales de l'automne. 

Avec AFP

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