États-Unis : le procès en destitution de Donald Trump s'ouvre au Sénat, en son absence

Charles E. Schumer, leader de la majorité au Sénat, marche avec les législateurs démocrates au Capitole à Washington, DC, le 9 février 2021.
Charles E. Schumer, leader de la majorité au Sénat, marche avec les législateurs démocrates au Capitole à Washington, DC, le 9 février 2021. © Brendan Smialowski, AFP
8 mn

Le procès en destitution doublement historique de Donald Trump s'est ouvert, mardi, au Sénat pour "incitation à l'insurrection" dans l'assaut du Capitole. Dès l'ouverture, l'élu et procureur démocrate Jamie Raskin a diffusé un montage vidéo à charge contre l'ex-président fondé sur des "faits concrets et solides".

Publicité

Second procès en destitution pour Donald Trump. L'audience s'est ouverte, mardi 9 février, au Sénat pour l'ancien président des États-Unis, à peine un mois après l'assaut du Capitole par plusieurs de ses partisans. Une accusation "absurde" face à des preuves "accablantes" : les avocats de l'ex-président républicain et les élus démocrates qui portent l'accusation ont déjà donné le ton des échanges à venir.

Le dossier d'accusation contre Donald Trump se fonde sur des "faits concrets et solides", a déclaré mardi l'élu et procureur démocrate Jamie Raskin, en diffusant dès l'ouverture du procès de l'ancien président devant le Sénat un montage vidéo à charge.

L'élu, un ancien professeur de droit, a promis d'éviter "les longues leçons" ennuyeuses et a projeté un film de plusieurs minutes, juxtaposant des extraits des déclarations enflammées de Donald Trump devant ses partisans, réunis le 6 janvier à Washington, et des scènes de violences lors de leur assaut sur le Capitole quelques instants plus tard. Cas extraordinaire, les 100 sénateurs qui font office de jurés à ce procès sont ainsi les témoins et victimes de l'attaque du 6 janvier.

Cette audience devant le Sénat est "une instrumentalisation politique de la procédure de destitution" et va "déchirer" les États-Unis, a plaidé pour sa part l'avocat de Donald Trump, David Schoen. Et il a ajouté : "Ce procès va ouvrir de nouvelles blessures, profondes, dans la nation car de nombreux Américains le voient pour ce qu'il est : une tentative par un groupe de politiciens d'écarter Donald Trump de la vie politique et priver de leurs droits 74 millions d'électeurs".

Vivant désormais en Floride, Donald Trump ne s'est pas rendu au procès. Et il fait peu de doute qu'il sera, à son terme, acquitté.

>> À lire : États-Unis : cinq questions sur le nouveau procès en destitution de Donald Trump

Un vote rapide espéré

La Constitution impose, en effet, une majorité des deux tiers pour un verdict de culpabilité. Même si des sénateurs républicains ont vertement critiqué le rôle du 45e président américain dans ces violences, il semble peu probable que 17 joignent leur voix aux 50 démocrates pour condamner le milliardaire, encore très populaire auprès de sa base. 

Une chose unit toutefois les deux camps : tous veulent aller vite, et un vote final pourrait avoir lieu dès le début de la semaine prochaine. 

Les républicains parce qu'ils ne veulent pas s'attarder sur une séquence qui divise leurs rangs ; les démocrates parce qu'ils veulent que le Sénat puisse de nouveau rapidement se concentrer sur leur priorité : approuver les candidats et les lois de Joe Biden. 

Se présentant en "rassembleur" d'une Amérique meurtrie, ce dernier prend soin de se tenir à distance de cette procédure. Le nouveau président "ne passera pas beaucoup de temps à regarder les audiences, voire pas du tout", a insisté lundi la porte-parole de la Maison Blanche, Jen Psaki.                  

"Éviter de se mettre à dos les partisans" de Donald Trump

C'est un débat juridique sur la constitutionnalité du procès qui occupera son ouverture mardi : chaque camp aura deux heures pour livrer ses arguments et les sénateurs voteront ensuite pour dire s'ils se jugent compétents. 

Ce point est au cœur de l'argumentaire des avocats de Donald Trump, Me David Schoen et Bruce Castor, pour qui il est "absurde et anticonstitutionnel de mener un procès en destitution contre un simple citoyen". Un argument repris par de nombreux sénateurs républicains.  

"Ces dernières semaines, la droite a cherché un refuge, une façon de s'opposer à la condamnation de Donald Trump sans avoir à exprimer un jugement sur sa conduite, afin d'éviter de se mettre à dos les partisans du président, tout en évitant de justifier sa conduite à l'évidence méprisable, anti-patriotique et anti-démocratique", a tonné lundi le chef de la majorité démocrate au Sénat, Chuck Schumer. 

C'est la première fois qu'un ex-président américain est jugé en destitution. Le 13 janvier, le magnat de l'immobilier était déjà devenu le premier président à être frappé deux fois par une mise en accusation ("impeachment") à la Chambre des représentants, après une première procédure pour "abus de pouvoir" dans l'affaire ukrainienne. Il avait été acquitté début 2020.

"Pire violation de la Constitution jamais commise"

Dans leur argumentaire livré lundi, les "procureurs" démocrates ont cité des "preuves accablantes" de la culpabilité du milliardaire, responsable selon eux de "la pire violation de la Constitution jamais commise par un président américain".

Ils rappellent ses mois passés à nier sa défaite face à Joe Biden, en dénonçant, contre toute évidence, des fraudes électorales "massives". Et son long discours devant les milliers de partisans rassemblés le 6 janvier à Washington, alors même que les parlementaires étaient réunis au Capitole pour entériner la victoire du démocrate. 

"Vous ne reprendrez jamais notre pays en étant faibles. Vous devez montrer de la force", avait-il lancé à la foule chauffée à blanc devant la Maison Blanche, avant d'appeler à se rendre jusqu'au Capitole pour faire "entendre [leur] voix de façon pacifique et patriotique".

Pour ses avocats, "le président Trump n'a exhorté personne à commettre des actes illégaux". 

Affirmer qu'il pourrait être responsable des violences d'un "petit groupe de criminels" tellement "inspirés par ses mots qu'ils sont partis avant la fin de son discours" en direction du Capitole est "tout simplement absurde", ont-il écrit dans leur argumentaire publié lundi. 

Avec AFP

Le résumé de la semaineFrance 24 vous propose de revenir sur les actualités qui ont marqué la semaine