Argentine : mort de l'ancien président ultralibéral Carlos Menem

Carlos Menem lors d'une audience devant la justice pour corruption en 2015.
Carlos Menem lors d'une audience devant la justice pour corruption en 2015. © CIJ, AFP
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L'ancien président argentin Carlos Menem (1989-1999) est décédé dimanche dans une clinique de Buenos Aires à l'âge de 90 ans. Il reste associé au miracle économique argentin, mais aussi à la crise qui a éclaté dans le pays en 2001.

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L'ex-président Carlos Menem, décédé dimanche 14 février à l'âge de 90 ans, a dirigé l'Argentine pendant dix ans (1989-1999) en suivant une ligne ultralibérale, dans un style flamboyant de jet-setteur, avant de faire profil bas ces dernières années en tant que sénateur.

Élu dans la province de La Rioja (nord-ouest) en 2005 puis systématiquement réélu, Carlos Menem, physiquement diminué et hospitalisé depuis plusieurs mois pour des problèmes cardiaques et rénaux, n'assistait plus aux sessions parlementaires et se tenait éloigné de la vie publique.

Né le 2 juillet 1930 dans une famille d'émigrés syriens – ce qui lui avait valu son surnom, "le Turc" –, il se vantait de n'avoir jamais perdu une élection.

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Diplômé en droit, cet homme de petite taille au sourire un peu figé est élu à deux reprises gouverneur de sa modeste province.

À la tête du Parti justicialiste, il s'autoproclame héritier du péronisme, mouvement politique du mythique président Juan Domingo Peron, décédé en 1974. Il accède à la présidence en 1989, puis est réélu en 1995.

Le président Alberto Fernandez a réagi à sa disparition en rappelant notamment que pendant la dictature, Carlos Menem avait été poursuivi et emprisonné.

Une image de playboy

"Non seulement il avait un leadership exceptionnel qui l'a conduit à être réélu avec 50 % des voix, mais il était le dernier chef d'un péronisme totalement unifié", souligne le politologue Carlos Fara.

Arrivé au pouvoir avec d'imposantes rouflaquettes dignes des "caudillos" (dictateurs locaux) du XIXe siècle, il avait ensuite poli son apparence, cultivant une image de playboy, conducteur de Ferrari, joueur de golf et ami de la jet-set.

Détesté par la classe moyenne pour sa flamboyance de nouveau riche – "pizza et champagne", comme disent les Argentins –, cet amateur de montres de luxe suscitait l'adoration des plus humbles et bénéficiait de l'appui intéressé des plus fortunés.

Au cours de son mandat, il a profondément marqué l'Argentine en raison de ses politiques néolibérales, opposées à la doctrine classique du péronisme.

Amnistie des responsables de la dictature

Son nom reste associé au "miracle argentin", une époque où la parité entre le peso et le dollar était synonyme de faible inflation et d'argent facile. Mais cette coûteuse politique monétaire est considérée comme un des facteurs du déclenchement en 2001 de la pire crise économique qu'ait connu le pays sud-américain.

À la fin de son deuxième mandat, le déficit atteignait 6 milliards de dollars, le taux de chômage 14 % et la pauvreté touchait un tiers de la population.

Sa présidence a aussi été synonyme de corruption, de scandales à répétition, de ruine de l'industrie nationale, de privatisations sauvages et de casse sociale.

Elle est aussi ternie par les critiques faites à l'encontre de l'amnistie présidentielle octroyée aux criminels de la dictature militaire (1976-1983).

En 2003, à 72 ans, il avait tenté d'obtenir un troisième mandat à la tête de l'Argentine. Arrivé en tête au premier tour de l'élection présidentielle avec 24 % des voix, il s'était finalement retiré du second tour, pour lequel les sondages lui prédisaient une humiliante défaite.

Son adversaire, Nestor Kirchner, son parfait contraire avec ses costumes ternes, son sérieux inébranlable et son absence de charisme, avait finalement été élu président.

Scandales à répétition

De son premier mariage, Carlos Menem avait eu deux enfants, dont un garçon, Carlos Facundo, tué en 1995 dans un mystérieux accident d'hélicoptère.

Il s'était remarié avec une ancienne miss Univers chilienne, Cecilia Bolocco, de trente-cinq ans sa cadette, dont il a eu un fils. Leur mariage en 2001 et leur séparation deux ans plus tard avaient défrayé la chronique.

Jugé pour avoir couvert l'attentat contre l'Association mutuelle israélite argentine (Amia) en 1994 à Buenos Aires, qui avait fait 85 morts, il avait finalement été acquitté.

En 2013, il avait été condamné à sept ans de prison pour contrebande d'armes à destination de la Croatie et de l'Équateur, avant d'être absous en raison des lenteurs de la justice.

Cinq ans plus tard, il avait été condamné à trois ans de prison pour détournement de fonds, mais son immunité parlementaire l'avait protégé d'un emprisonnement.

Avec AFP

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