États-Unis : Google, Facebook et Twitter sous le feu des critiques au Congrès

Sundar Pichai (Google), Mark Zuckerberg (Facebook) et Jack Dorsey (Twitter) ont été auditionnés au sujet de la désinformation devant le Congrès, le 25 mars 2021.
Sundar Pichai (Google), Mark Zuckerberg (Facebook) et Jack Dorsey (Twitter) ont été auditionnés au sujet de la désinformation devant le Congrès, le 25 mars 2021. © Fabrice Coffrini, Andrew Caballero-Reynolds, Jim Watson, AFP

Auditionnés au Sénat américain jeudi, les patrons de Facebook, Twitter et Google ont été confrontés aux vives critiques des élus, qui tiennent ces plateformes responsables de la montée de l'extrémisme et des infox. Si les trois dirigeants ont dû démontrer leur engagement contre la désinformation et la haine en ligne, ils ont refusé un contrôle trop strict des contenus diffusés sur les réseaux sociaux. 

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Les patrons de Facebook, Twitter et Google ont une nouvelle fois défendu, jeudi 25 mars, devant le Congrès américain leurs efforts pour lutter contre la désinformation en ligne. Cette audition s'est tenue après une élection présidentielle américaine disputée, des émeutes au Capitole et l'arrivée au pouvoir du gouvernement de Joe Biden, apparemment déterminé à en découdre avec la Big Tech.

C'était la quatrième audition devant les parlementaires depuis juillet, par caméra interposée, de Mark Zuckerberg (PDG de Facebook) et Jack Dorsey (patron de Twitter), et la troisième pour Sundar Pichai (patron de Google).

Les grandes entreprises technologiques sont dans le collimateur des élus, tant républicains que démocrates, à cause de leur puissance aussi bien économique que politique.

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Les questions ont surtout porté sur leur rôle dans la propagation des fausses rumeurs sur les vaccins contre le Covid-19 ou les affirmations mensongères sur des fraudes électorales massives lors du scrutin de novembre 2020.

"Le temps est venu de tenir les plateformes en ligne responsables de leur rôle dans la montée de la désinformation et de l'extrémisme", a lancé le démocrate Frank Pallone, président de la commission de la Chambre des représentants pour l'Énergie et le Commerce.

Les réseaux sociaux pointés du doigt dans l'assaut contre le Capitole 

L'attaque contre le Capitole, le 6 janvier, a été ainsi "motivée, démarrée et nourrie par vos plateformes", a dénoncé l'élu Mike Doyle. Les partisans extrémistes de Donald Trump, persuadés que l'élection avait été "volée" à leur héros, avaient envahi le siège du Congrès, interrompant la certification de la victoire de Joe Biden. Cet assaut avait fait cinq morts et choqué le pays.

L'ancien président américain et ses alliés entretenaient depuis des mois le mythe d'une fraude électorale massive, notamment sur Twitter, Facebook et YouTube (Google).

Les trois dirigeants ont défendu l'arsenal sans précédent des mesures prises pour juguler la désinformation, les appels à la violence ou les commentaires racistes. "Notre processus de surveillance des contenus est fait pour constamment évoluer", a affirmé Jack Dorsey, selon qui Twitter se concentre sur la manipulation des médias, la santé publique et l'intégrité civique.

Sundar Pichai a, lui, souligné que YouTube avait "supprimé 850 000 vidéos et bloqué près de 100 millions de publicités liées au Covid-19 en 2020".

Si les trois patrons ont assuré de leur engagement contre la désinformation, ils ont souligné la menace d'un contrôle trop strict des contenus sur la liberté d'expression. "Personne ne veut d'un monde où vous ne pouvez dire que des choses que les sociétés privées ont jugées comme étant la vérité, où chaque texto, courriel, vidéo et commentaire doit être vérifié" avant d'être envoyé, a dit Mark Zuckerberg.

La loi "Section 230" remise en cause 

Au cœur de ce débat se trouve la "Section 230", une loi de 1996 qui protège les hébergeurs sur Internet de poursuites liées aux contenus publiés par des tiers, pierre angulaire des réseaux sociaux. De nombreux parlementaires veulent la réformer pour faciliter les recours en justice contre les plateformes.

Mark Zuckerberg s'est dit ouvert à des changements, prônant toutefois la mise en place d'un système pour identifier les contenus illégaux et les retirer, sans que les plateformes soient tenues responsables de la moindre publication qui passerait entre les mailles du filet. 

"Il est raisonnable d'attendre des grandes sociétés d'avoir des systèmes de surveillance efficaces, mais pas raisonnable d'attendre qu'elles ne fassent jamais d'erreurs", a-t-il dit. Toute réforme qui abolirait l'immunité "pourrait nuire" aux petites plateformes, a-t-il mis en garde.

Jack Dorsey a insisté sur la nécessité de rétablir la confiance avec les utilisateurs, notamment en leur donnant plus de contrôle sur des algorithmes plus transparents.

Joe Biden entouré de personnalités hostiles aux monopoles des GAFA

À l'extérieur du Congrès, des manifestants avaient affublé des effigies d'émeutiers du Capitole des visages des trois grands patrons pour dénoncer le rôle des réseaux dans les violences.

Joe Biden a envoyé des signaux clairs aux GAFA (Google, Amazon, Facebook et Apple) en s'entourant de personnalités connues pour leur approche sévère.

Tim Wu, professeur à l'université de Columbia et défenseur de lois antitrust plus strictes, a rejoint le prestigieux Conseil économique national de la Maison Blanche.

Et le président a confirmé cette semaine son intention de nommer la juriste Lina Khan, une autre professeure de Columbia hostile aux monopoles des géants de la tech, à la tête de l'agence américaine de la concurrence (FTC).

Avec AFP

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