Procès du meurtre de George Floyd : "C'est l'Amérique qui est en procès"

Une veillée à la bougie à l'intersection de la 38e rue et de l'avenue Chicago, à Minneapolis, le 28 mars 2021.
Une veillée à la bougie à l'intersection de la 38e rue et de l'avenue Chicago, à Minneapolis, le 28 mars 2021. © Brandon Bell, Getty Images via AFP

Les proches de George Floyd se sont agenouillés en silence 8 minutes 46 secondes, à l'ouverture du procès sous haute tension de l'ancien policier Derek Chauvin, lundi, à Minneapolis. La mort de cet Afro-Américain, il y a près d'un an, avait entraîné une vague historique de colère contre le racisme aux États-Unis et dans le monde.

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"Le monde entier nous regarde", a déclaré lundi 29 mars, Ben Crump, l'avocat de la famille de George Floyd juste avant de début des plaidoiries dans le procès de Derek Chauvin, le policier blanc accusé du meurtre de George Floyd. 

L'avocat s'est ensuite agenouillé aux côtés de la famille de la victime pendant 8 minutes et 46 secondes, le temps pendant lequel le policier est resté agenouillé sur le cou de George Floyd, lors de son arrestation, le 25 mai à Minneapolis.

"Aujourd'hui commence un procès historique qui sera un référendum sur le chemin parcouru par l'Amérique dans sa quête d'égalité et de justice pour tous", a encore déclaré l'avocat de la famille Floyd. 

"Chauvin est sur le banc des accusés, mais c'est l'Amérique qui est en procès", a ajouté le révérend Al Sharpton, un militant des droits civiques venu exprès à Minneapolis pour cette audience "historique".

Début des débats de fond

C'est un célèbre avocat afro-américain de cette grande ville du nord des États-Unis, Jerry Blackwell, qui a ouvert l'accusation à 9 h, heure locale (14 h GMT), dans un bâtiment public transformé en camp retranché pour ce procès exceptionnel, et qui doit durer trois ou quatre semaines.

Ce lundi marque le début des plaidoiries et des débats de fond. Les procureurs vont tenter de démontrer que Derek Chauvin a manifesté du mépris pour la vie du quadragénaire noir lors de son interpellation, alors que son avocat va plaider que le policier blanc s'est contenté de suivre des procédures autorisées.

Derek Chauvin, 45 ans dont 19 au service de la police de Minneapolis, est inculpé de meurtre et d'homicide involontaire. Le 25 mai 2020, il était resté agenouillé pendant près de neuf minutes sur le cou du quadragénaire noir, plaqué au sol et menotté, qui avait perdu conscience après avoir crié à de multiples reprises qu'il ne pouvait pas respirer.

Le calvaire de George Floyd a été filmé et mis en ligne par une passante. Les images ont fait le tour du monde et fait descendre des foules dans les rues de New York, Seattle, Paris ou Sydney pour dénoncer le racisme et les violences policières envers les minorités.

"Comment peut-on regarder cette vidéo et dire que Derek Chauvin n'a pas commis un acte criminel qui a tué George Floyd", se scandalisait dimanche 28 mars, devant la presse, Ben Crump, dénonçant "une exécution commise en plein jour".

 

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"Overdose de force excessive"

Les procureurs vont tenter de démontrer que Derek Chauvin, qui comparaît libre, a manifesté du mépris pour la vie de George Floyd, en maintenant sa pression bien que celui-ci ait dit à vingt reprises "je ne peux pas respirer", qu'il se soit évanoui, et que son pouls ait finalement disparu.

Me Eric Nelson, l'avocat de Derek Chauvin qui plaide non coupable, va au contraire assurer que le policier s'est contenté de suivre des procédures autorisées pour maîtriser un suspect récalcitrant et qu'il n'est pas responsable de la mort de George Floyd.

Le quadragénaire, qui souffrait de problèmes de santé, aurait selon l'avocat de Derek Chauvin, succombé à une overdose au fentanyl, un puissant opiacé dont des traces ont été retrouvées à l'autopsie.

Il "va essayer de salir" la mémoire de George Floyd mais "les faits sont simples. Ce qui l'a tué était "une overdose de force excessive", a rétorqué Ben Crump, accusant l'ex-policier d'avoir "torturé" M. Floyd.

 

Réforme des services de police

Épidémie oblige, le procès se déroule sans public, mais les audiences sont retransmises en direct et de nombreux Américains devraient les suivre. Les autorités ont lancé un appel au calme et aux "manifestations pacifiques" pendant la durée du procès.

Le verdict est attendu fin avril ou début mai. Les douze jurés devront se prononcer à l'unanimité, sinon le procès sera considéré comme nul. Ce scénario, ou un acquittement, pourraient déclencher de nouvelles émeutes à Minneapolis qui s'est déjà embrasée fin mai.

"Nous prions pour que justice soit faite pour George Floyd en tenant Derek Chauvin responsable pénalement et que cela crée un nouveau précédent aux États-Unis", a lancé Ben Crump.

Les poursuites contre des policiers pour des violences commises dans l'exercice de leurs fonctions sont en effet très rares et les condamnations encore plus.

La mairie de Minneapolis, qui a décidé de réformer les services de police en profondeur, a accepté mi-mars de verser 27 millions de dollars de dédommagements à la famille de George Floyd pour mettre un terme à sa plainte au civil. "J'ai un immense vide dans le cœur, il ne peut pas être rempli, aucune somme d'argent ne le pourra. Nous voulons une condamnation", a affirmé dimanche 28 mars le frère de George Floyd, Philonise.

L'avocat de Derek Chauvin a critiqué cet accord, qui pourrait selon lui influencer les jurés.

Toujours à cause du Covid-19, les trois autres policiers impliqués dans le drame, Alexander Kueng, Thomas Lane, et Tou Thao, seront jugés en août pour "complicité de meurtre".

Avec AFP

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