Mort de George Floyd : les jurés plongés au cœur du débat lors du procès de Derek Chauvin

Le procureur Jerry Blackwell (au centre) prend la parole, le 29 mars 2021, lors du procès de Derek Chauvin, accusé du meurtre de George Floyd, au palais de justice du comté de Hennepin, à Minneapolis (Minnesota).
Le procureur Jerry Blackwell (au centre) prend la parole, le 29 mars 2021, lors du procès de Derek Chauvin, accusé du meurtre de George Floyd, au palais de justice du comté de Hennepin, à Minneapolis (Minnesota). © AP

Après trois semaines consacrées à la sélection des jurés, les débats de fond ont commencé lundi dans le cadre du procès de Derek Chauvin, accusé du meurtre de George Floyd. L'accusation entend faire du jugement un "référendum" sur la justice aux États-Unis après les manifestations géantes contre le racisme, suscitées par la mort du quadragénaire noir.

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Des images à la limite du soutenable. Aux États-Unis, le procès du policier blanc accusé du meurtre de George Floyd est entré dans le dur, lundi 29 mars, avec la diffusion, dès le début de l'exposé de l'accusation, de la vidéo du calvaire de l'Afro-Américain.

Derek Chauvin a "trahi" son serment de policier et fait "un usage excessif et déraisonnable de la force" contre le quadragénaire noir, a dénoncé d'emblée le procureur Jerry Blackwell.

"Nous allons vous prouver au-delà du doute raisonnable que M. Chauvin est loin d'être innocent", a-t-il lancé aux jurés, en leur rappelant que le policer est resté agenouillé sur le cou de George Floyd, plaqué au sol et menotté, pendant 9 minutes et 29 secondes. Le procureur leur a ensuite montré une vidéo du drame, filmé par une passante. Sur cet enregistrement qui a fait le tour du monde, George Floyd râle, halète, supplie "Je ne peux pas respirer", avant de perdre conscience.

Les procureurs veulent démontrer que Derek Chauvin a manifesté du mépris pour la vie de George Floyd en maintenant sa pression bien que celui-ci se soit évanoui, et que son pouls ait finalement disparu. Pour prouver que son attitude sortait de la norme, ils ont convoqué comme premier témoin la standardiste qui avait dépêché les agents auprès de George Floyd.

Jena Scurry a raconté avoir suivi, tout en gérant d'autres appels, leur intervention sur une caméra de surveillance. "J'ai cru que l'image s'était figée", tant ils sont restés longtemps immobiles, "mon instinct m'a dit que quelque chose clochait", a-t-elle confié. Elle avait alors décidé d'appeler un responsable policier. "Vous allez peut-être dire que je suis moucharde", lui avait-elle dit avant de lui signaler l'incident.

"Pas de cause politique dans la salle d'audience"

Me Eric Nelson, l'avocat de Derek Chauvin qui plaide non coupable, a assuré que son client avait agi conformément à sa formation et a demandé aux jurés de se concentrer sur les faits, loin de toute considération politique. "Derek Chauvin a fait exactement ce qu'il a été formé à faire au cours de ses 19 ans de carrière", a déclaré Eric Nelson, au début de son argumentaire. "Ce dossier porte sur les preuves qui vont vous être présentées" pendant les trois à quatre prochaines semaines, a-t-il dit aux jurés. "Il n'y a pas de cause politique ou sociale dans la salle d'audience."

Selon Me Nelson, le quadragénaire, qui souffrait de problèmes de santé, aurait succombé à une overdose au fentanyl, un puissant opiacé dont des traces ont été retrouvées à l'autopsie.

Juste avant l'audience, l'avocat de la famille de George Floyd a souligné la dimension "historique" de ce procès. C'est "un référendum sur le chemin parcouru par l'Amérique dans sa quête d'égalité et de justice pour tous", a déclaré Ben Crump.

"Chauvin est sur le banc des accusés, mais c'est l'Amérique qui est en procès", a renchéri le révérend Al Sharpton, un militant des droits civiques qui, avec les proches de George Floyd, s'est agenouillé en silence pendant environ neuf minutes à l'extérieur de la salle d'audience.

Crainte de nouvelles émeutes

Les autorités ont lancé un appel au calme et aux "manifestations pacifiques" pendant la durée du procès, alors que des manifestants doivent se retrouver devant le tribunal lundi matin.

Épidémie oblige, le procès se déroule sans public mais les audiences sont retransmises en direct et de nombreux Américains devraient les suivre.

Le verdict est attendu fin avril ou début mai. Les douze jurés devront se prononcer à l'unanimité, sinon le procès sera considéré comme nul. Ce scénario, ou un acquittement, pourraient déclencher de nouvelles émeutes à Minneapolis, qui s'est déjà embrasée fin mai.

Les poursuites contre des policiers pour des violences commises dans l'exercice de leurs fonctions sont en effet très rares et les condamnations encore plus.

La mairie de Minneapolis, qui a décidé de réformer les services de police en profondeur, a accepté mi-mars de verser 27 millions de dollars de dédommagements à la famille de George Floyd pour mettre un terme à sa plainte au civil.

"J'ai un immense vide dans le cœur, il ne peut pas être rempli, aucune somme d'argent ne le pourra. Nous voulons une condamnation", a affirmé dimanche soir le frère de George Floyd, Philonise.

L'avocat de Derek Chauvin a critiqué cet accord, qui pourrait selon lui influencer les jurés.

Toujours à cause du Covid-19, les trois autres policiers impliqués dans le drame, Alexander Kueng, Thomas Lane et Tou Thao, seront jugés en août pour "complicité de meurtre".

Avec AFP

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