Mort de George Floyd : la parole est à la défense de l'ex-policier Derek Chauvin

Derek Chauvin et son avocat au tribunal de Minneapolis, le 13 avril 2021.
Derek Chauvin et son avocat au tribunal de Minneapolis, le 13 avril 2021. © Jane Rosenberg, via Reuters

L'avocat de Derek Chauvin, l'ancien officier de police accusé du meurtre de George Floyd, a commencé, mardi, à convoquer des témoins lors du procès. Il espère convaincre les jurés que la victime est morte d'une overdose d'opiacés plutôt qu'asphyxiée sous le genou de l'officier.

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L'avocat de Derek Chauvin est passé à l'offensive, mardi 13 avril, en convoquant ses premiers témoins avec un but : semer le doute sur les causes de la mort de George Floyd dans l'esprit des jurés, qui doivent rendre un verdict unanime, pour sauver son client de la prison.

L'ex-policier blanc est accusé d'avoir tué George Floyd par asphyxie, en maintenant un genou sur le cou du quadragénaire afro-américain pendant près de dix minutes le 25 mai 2020, une scène filmée en direct par une passante et qui a fait le tour du monde.

Eric Nelson propose une autre lecture des faits : pour lui, George Floyd est décédé d'une overdose combinée à des problèmes de santé. À 46 ans, il consommait régulièrement des opiacés et avait été hospitalisé début mars 2020 après une surdose d'héroïne. Il souffrait d'hypertension et de problèmes cardiaques, et avait été infecté par le Covid-19.

Fentanyl

Me Nelson a sous-entendu à plusieurs reprises qu'il avait pris du fentanyl, un puissant opiacé qui plonge les consommateurs dans l'inconscience, juste avant de mourir.

Mardi, il a convoqué une ex-petite amie, Shawanda Hill, présente le jour du drame. Celle-ci a raconté que George Floyd s'était endormi dans sa voiture et avait eu du mal à se réveiller à l'arrivée des policiers.

L'autopsie a bien révélé la présence de fentanyl et de méthamphétamine, un stimulant. Mais ces éléments ne sont pas "les causes directes" de sa mort, qui restent le manque d'oxygène dû à la compression du cou, avait insisté vendredi le médecin légiste Andrew Baker.

Des experts toxicologiques, appelés à la barre par l'accusation, ont jugé les doses insuffisantes pour entraîner une surdose, mais Me Nelson a prévu de convoquer d'autres experts.

Un usage justifié de la force

Après un défilé de policiers, dont le chef des forces de l'ordre de Minneapolis, qui ont dénoncé un usage "injustifié" de la force contre George Floyd, Me Nelson a produit une contre-expertise pour tenter d'affaiblir leur propos. Il a fallu trois policiers pour maîtriser cet homme d'1,92 m et de 101 kg visiblement sous l'emprise de stupéfiants et qui se débattait, a assuré l'avocat. 

Ils ont dû recourir à la force pour le mettre à terre, mais celle-ci était "justifiée" et pas "mortelle", a assuré mardi Barry Brodd, spécialiste des procédures d'arrestation. "Toute personne qui résiste, menottée ou pas, doit être mise au sol" sur le ventre pour que les policiers soient en "position de contrôle" en utilisant leur poids pour bloquer le suspect, a-t-il dit, en niant que cette technique d'immobilisation constitue cette fois un usage de la force.  

Derek Chauvin a également tordu les mains de George Floyd, une procédure autorisée pour obtenir une "obéissance par la douleur", selon lui. "Les policiers n'ont pas à se battre à la loyale, ils sont autorisés à surmonter la résistance en allant à un niveau supérieur" d'usage de la force, a expliqué cet ancien instructeur de la police.  

Pendant les débats, Eric Nelson a également suggéré que son client n'appuyait pas de tout son poids sur le cou de George Floyd, mais faisait pression sur son épaule et son dos.

Une foule menaçante

Une dizaine de passants ont assisté depuis le trottoir à l'agonie de George Floyd, interpellant de plus en plus ouvertement les policiers sur le sort du quadragénaire. Pour l'avocat de Derek Chauvin, cette "foule hostile" représentait une "menace" et a détourné l'attention du policier, l'empêchant de se préoccuper de George Floyd. "Il y avait une foule, qui devenait plus bruyante et plus agressive", a abondé mardi l'agent Peter Chang, qui a assisté de loin à l'interpellation. Il a estimé qu'il existait un risque pour la sécurité des policiers.

Derek Chauvin a aussi sorti sa bombe de gaz lacrymogène et intimé aux passants de reculer, a rappelé Barry Brodd. À ce moment, "il gère une menace plus grande" que George Floyd, a-t-il estimé.

Plusieurs témoins de la scène, dont de nombreux mineurs, ont admis s'en être pris verbalement aux policiers tout en niant fermement avoir été menaçants. Sur les vidéos, un ou deux tentent bien de s'approcher mais sont immédiatement refoulés par les agents.

Mort de Daunte Wright : la colère ne faiblit pas

En marge du procès, les proches de George Floyd et de Daunte Wright, un jeune homme noir tué dimanche dans un quartier de Minneapolis par la police, ont fait cause commune mardi et réclamé ensemble la fin des violences des forces de l'ordre et du racisme aux États-Unis. "De la part de la famille Floyd, à la famille Wright  : sachez que nous nous tenons à vos côtés". C'est avec ces mots simples que Philonise Floyd, frère de George, a offert ses condoléances aux parents de Daunte Wright lors d'une conférence de presse commune.

Daunte Wright, 20 ans, a été abattu dimanche lors d'un banal contrôle routier à Brooklyn Center. La police a qualifié sa mort d'"accidentelle". L'agente Kim Potter, 48 ans dont 26 au service des forces de l'ordre, a confondu son arme de service et son Taser, un pistolet à impulsion électrique qui n'est pas censé être létal, a assuré le chef de la police de Brooklyn Center, Tim Gannon. Face au tollé, la policière a démissionné mardi, tout comme Tim Gannon.

Les proches de Daunte Wright réclament désormais son arrestation. "Jetez-la en prison comme vous le feriez pour nous", a lancé sa tante Naisha Wright, qui portait un t-shirt décoré du visage de George Floyd. "Une erreur, c'est inacceptable !", a ajouté Brandon Williams, le neveu de cette icône. "Ça suffit : il faut des réformes de la police", a-t-il estimé.

Après deux nuits de manifestations et une quarantaine d'interpellations, un nouveau couvre-feu local est entré en vigueur à 22 h mardi.

Avec AFP

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