En Colombie, la répression des manifestations a déjà fait une quarantaine de morts

Des manifestants fuient les gaz lacrymogènes à Bogota le 10 mai 2021.
Des manifestants fuient les gaz lacrymogènes à Bogota le 10 mai 2021. © Reuters

Au moins 42 personnes ont perdu la vie lors des manifestations contre le gouvernement colombien qui durent depuis la fin du mois d'avril. Les autorités assurent que les abus policiers ont été portés devant la justice mais l'opposition reste en colère.

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Selon un nouveau bilan, publié mardi 11 mai, au moins 42 personnes sont mortes, dont un agent des forces de l'ordre, durant les manifestations contre le gouvernement qui agitent la Colombie depuis le 28 avril et dont la répression policière a été condamnée par la communauté internationale.

Le Défenseur du peuple, entité publique de protection des droits humains, a fait état de "41 civils" et d'"un membre de la force publique" morts durant ces 13 jours. Son précédent bilan était de 27 morts. De son côté, le ministère de la Défense, dont relève la police en Colombie, maintient un chiffre de 849 agents blessés, dont 12 par armes à feu, et 716 civils blessés, sans préciser le nombre de ceux par balles. Les ONG locales Temblores et Indepaz ont pour leur part fait état de 47 morts, dont "39 par la violence policière". 

Ces chiffres font de ces manifestations les plus sanglantes du gouvernement du président de droite Ivan Duque depuis les mobilisations massives de 2019 et celles de 2020 contre la brutalité policière. Elles sont aussi un précédent dans un pays jusqu'alors peu coutumier de la protestation sociale et appauvri par la pandémie de Covid-19, alors qu'il peine à émerger de décennies de conflit armé, en dépit de l'accord de paix de 2016 avec la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc).

Échec des pourparlers

Les dénonciations des abus des forces de l'ordre, également par de multiples vidéos sur les réseaux sociaux, ont aggravé la colère de la rue.

Une première réunion lundi entre le gouvernement et le Comité national de grève, initiateur des manifestations, a échoué à désactiver la crise générée par un projet de hausse des impôts visant à pallier l'impact économique de la pandémie.

Le Haut commissaire gouvernemental pour la paix, Miguel Ceballos, a assuré mardi sur W Radio que les "abus policiers" non seulement "ont été condamnés, mais déjà portés devant la justice", mais a insisté sur les "abus de citoyens qui blessent d'autres citoyens" et "la force publique".

Cinq policiers suspendus

La police a annoncé lundi la suspension de cinq agents et que 62 autres faisaient l'objet d'enquêtes pour des violences présumées.

Bien que le projet de réforme fiscale ait été retiré le 2 mai, la mobilisation se maintient contre la répression policière et pour un changement de cap au gouvernement face à une pauvreté accrue à 42,5 %, aux inégalités, à la corruption et à une recrudescence de la violence des groupes armés.

Parallèlement aux manifestations quotidiennes, qui après la tombée de la nuit dégénèrent souvent en affrontements avec la police antiémeute, plusieurs villes sont bloquées par des barrages de manifestants, comme Cali (sud-ouest) où des pénuries se font sentir.

Mardi ont été annoncés les décès de deux hommes, restés plusieurs jours dans un état critique. Lucas Villa, professeur de yoga de 37 ans, avait reçu plusieurs balles lors d'une marche pacifique le 5 mai à Pereira (centre). Le président Duque a déploré sa mort et demandé sur Twitter à ce que "les responsables" soient sanctionnés avec "tout le poids de la loi". L'ONG Lazos de dignidad a de son côté annoncé le décès d'Alejandro Zapata, 20 ans, "gravement blessés par des membres de l'Esmad" (escadron antiémeute) lors d'une manifestation le 1er mai à Bogota.

L'ONU, l'Union européenne, l'Organisation des États américains (OEA) et plusieurs pays, dont les États-Unis, ont dénoncé l'usage disproportionné de la force publique lors des manifestations. "Nous continuons d'exhorter la police colombienne à faire preuve de la plus grande retenue pour maintenir l'ordre public", a déclaré mardi le porte-parole du département d'État américain Ned Price.

Avec AFP

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