REPORTAGE

Le Covid-19 a fait plus d'un million de morts en Amérique latine et dans les Caraïbes

Vue aérienne du cimetière Parque Taruma, où de nouvelles tombes ont été creusées pendant la pandémie de coronavirus, à Manaus, État d'Amazonas, Brésil, le 21 avril 2020.
Vue aérienne du cimetière Parque Taruma, où de nouvelles tombes ont été creusées pendant la pandémie de coronavirus, à Manaus, État d'Amazonas, Brésil, le 21 avril 2020. © Michael Dantas, AFP

La pandémie de Covid-19 a tué plus d'un million de personnes en Amérique latine et dans les Caraïbes. La vaccination progresse très lentement dans la plupart des pays, dont le Brésil, où une enquête parlementaire est en cours pour faire la lumière sur d'éventuels délits de négligence concernant notamment l'acquisition des vaccins.

Publicité

Le Covid-19 a fait plus d'un million de morts en Amérique latine et dans les Caraïbes, où la vaccination progresse trop lentement pour enrayer la pandémie, contrairement aux États-Unis ou à l'Union européenne qui entrevoient une issue à la crise sanitaire.

Depuis l'apparition dans la région du virus mortel, le 26 février 2020 à Sao Paulo, au Brésil, plus d'un million de morts ont été enregistrés dans la région, pour plus de 31,5 millions de cas détectés vendredi, selon un décompte de l'AFP.

Près de 90 % des décès enregistrés se répartissent entre cinq pays qui représentent 70 % de sa population : le Brésil (446 309 décès), le Mexique (221 080), la Colombie (83 233), l'Argentine (73 391) et le Pérou (67 253).

Au Brésil, une enquête pour des délits de négligence

Bien que le nombre de décès quotidiens ait diminué de plus d'un tiers en six semaines – après avoir dépassé les 3 000 morts au cours de la première moitié du mois d'avril, les chiffres les plus élevés dans le pays depuis le début de la pandémie –, le Brésil est toujours en alerte face au virus, deuxième pays le plus touché au monde par la pandémie derrière les États-Unis.

Opposé aux mesures de confinement et en retard dans l'achat de vaccins, le président d'extrême droite Jair Bolsonaro est sous le feu d'une commission d'enquête du Sénat pour sa gestion de la crise sanitaire.

À Rio, depuis quelques mois, le mythique sambodrome s'est transformé en centre de vaccination. Chaque jour, les patients défilent au compte-gouttes. Depuis vendredi, la campagne de vaccination est ouverte aux professionnels de santé et aux personnes vulnérables de plus de 38 ans. 

"Je me sens privilégié de pouvoir me faire vacciner", affirme Rafael Lopes da Silva au micro de France 24 alors qu'il vient de recevoir son injection. "Mais la campagne aurait pu être plus efficace avec beaucoup plus de personnes vaccinées aujourd'hui. La négligence de notre gouvernement a retardé les choses."

Le gouvernement de Jair Bolsonaro est accusé d'être responsable des retards d'importation des vaccins et des principes actifs. Dans l'État de Rio, pourtant bien en avance sur d'autres, seuls 8 % des habitants ont reçu la seconde dose du vaccin.

"Les autorités ne se préoccupent pas de la population. On ne comprend plus rien, leur discours change tous les jours", dénonce Alfred Dia da Cunha, un Brésilien interrogé par France 24.

À Brasilia, une commission d'enquête parlementaire est en cours pour savoir si des délits de négligence ont été commis par le gouvernement depuis le début de la crise dans l'acquisition des vaccins. Anciens ministres et hauts responsables font chaque jour des révélations accablantes concernant notamment des offres à répétition restées sans réponse et qui auraient permis l'acquisition de 70 millions doses supplémentaires dès août dernier.

Une attitude jugée criminelle par l'ONG Rio da Paz, qui défend les populations vulnérables. "Tout ce que j'espère, c'est que cette commission parlementaire apportera la lumière avec des éléments concrets qui prouvent l'incompétence du gouvernement dans la gestion de la pandémie", témoigne Antonio Carlos Costa, président de l'ONG.

Face à cette situation, les spécialistes brésiliens alertent : si la vaccination venait à prendre plus de retard, le Brésil pourrait avoir à affronter une nouvelle vague, plus violente, à partie de juillet.

Situation dramatique au Mexique, en Colombie et en Uruguay

Deuxième pays le plus endeuillé du continent, le Mexique a vu le virus reculer encore plus nettement ces derniers mois, avec 170 décès par jour en moyenne actuellement contre plus de 1 300 fin janvier. Signe de cette amélioration, les classes rouvriront à Mexico à partir du 7 juin.

La situation est inverse en Colombie, où les chiffres ont atteint des niveaux sans précédent (500 décès par jour, +4 % sur une semaine), alors que se poursuivent les manifestations contre le gouvernement. Comme dans d'autres pays de la région, le virus a exacerbé la pauvreté, les inégalités et la violence.

"En Colombie nous nous attendons à des augmentations encore plus prononcées après les nombreux rassemblements", a prévenu mercredi la directrice de l'Organisation panaméricaine de la santé (OPS), Carissa Etienne.

La situation est également dramatique en Argentine, qui a enregistré mardi son plus grand nombre de nouveaux cas (35 543) et de décès (745) en 24 heures et décrété un nouveau confinement strict de neuf jours à partir de vendredi soir. Pour le président Alberto Fernandez, "le pays traverse son pire moment de la pandémie".

L'Uruguay voisin, qui a fait figure de modèle pour la gestion de la pandémie pendant la majeure partie de l'année 2020, est aujourd'hui incapable de freiner les contaminations. Au cours des 14 derniers jours, 20,73 morts par million d'habitants y ont été comptabilisés en moyenne, soit le taux le plus élevé au monde, devant l'Argentine (14,16) et la Colombie (13,22), selon un décompte de l'AFP.

Même très forte augmentation dans d'autres pays peu peuplés, tels que l'Équateur (85 décès par jour, +37 % sur une semaine) et la Bolivie (53 décès par jour, +44 %).

Combat inégal

L'Amérique latine n'a immunisé que 3 % de ses habitants, selon l'OPS, reflétant le fossé économique entre les régions du monde. En Argentine et au Brésil, elle progresse très lentement. Au contraire du Chili, où plus de 50 % de la population s'est vue administrer les deux doses, et de l'Uruguay.

Lors de son passage dans la région, le virus a non seulement semé la mort, montrant les carences des systèmes de santé locaux, avec des hôpitaux débordés et des pénuries de matériel, mais il a également frappé de plein fouet des économies fragiles marquées par les inégalités.

Aucun pays n'a été épargné. Plus d'un million de personnes ont perdu leur emploi, une situation qui, dans les cas extrêmes, a conduit de nombreuses personnes à vivre dans des campements aux abords des villes, l'un des visages les plus visibles de la pauvreté.

Depuis la découverte du virus en décembre 2019 en Chine, l'Amérique latine et les Caraïbes sont la deuxième région la plus endeuillée au monde, derrière l'Europe (1 119 433 décès) et devant les États-Unis et le Canada (614 248 décès).

Avec AFP

Le résumé de la semaineFrance 24 vous propose de revenir sur les actualités qui ont marqué la semaine

Emportez l'actualité internationale partout avec vous ! Téléchargez l'application France 24