Birmanie : Facebook bloqué par les autorités, les appels à résister continuent à se propager

Après le coup d'État du 1er février 2021, des groupes appelant à la "désobéissance civile" se sont créés sur Facebook, porte d'entrée à Internet pour une grande partie de la population birmane.
Après le coup d'État du 1er février 2021, des groupes appelant à la "désobéissance civile" se sont créés sur Facebook, porte d'entrée à Internet pour une grande partie de la population birmane. © AFP
9 mn

Trois jours après le coup d'État qui a renversé le gouvernement d'Aung San Suu Kyi, les services de Facebook étaient perturbés, jeudi, face à la propagation des appels à la résistance. L'un des principaux fournisseurs de télécommunications du pays a confirmé que les autorités avaient émis un ordre pour "bloquer temporairement" le réseau social.

Publicité

Les services de Facebook, outil essentiel de communication en Birmanie, étaient perturbés, jeudi 4 février, trois jours après le coup d'État qui a renversé le gouvernement civil d'Aung San Suu Kyi, tandis que les appels à résister au putsch continuaient à se propager.

L'armée a mis brutalement fin lundi à la fragile transition démocratique du pays, instaurant l'état d'urgence pour un an et arrêtant Aung San Suu Kyi ainsi que d'autres responsables de son parti, la Ligue nationale pour la démocratie (LND). 

La peur des représailles reste vive dans le pays qui a vécu, depuis son indépendance en 1948, sous le joug de la dictature militaire pendant presque cinquante ans. Pourtant, les signes de résistance contre le putsch, condamné vivement par l'ONU qui appelle la communauté internationale à se rassembler pour le faire échouer, continuaient à émerger.

"Nous exhortons les autorités à rétablir la connexion"

Mercredi soir, dans le quartier commerçant de Rangoun, la capitale économique, des habitants ont klaxonné et tapé sur des casseroles pour la seconde soirée consécutive, certains scandant : "Vive Mère Suu !" (Aung San Suu Kyi).

Des groupes appelant à la "désobéissance civile" se sont aussi créés sur Facebook, porte d'entrée à Internet pour une grande partie de la population.

La firme américaine a fait savoir jeudi que certains de ses services étaient "perturbés". "Nous exhortons les autorités à rétablir la connexion afin que les habitants puissent communiquer avec leurs familles et amis et accéder à des informations importantes", a indiqué à l'AFP une porte-parole de la plateforme. 

La société norvégienne Telnor, l'un des principaux fournisseurs de télécommunications du pays, a confirmé que les autorités avaient émis un ordre pour "bloquer temporairement" Facebook. Nous avons été obligés de couper mais "nous ne pensons pas que cette mesure […] soit conforme au droit international", a ajouté la société.

Les autorités militaires ont déjà émis un avertissement recommandant à la population de ne pas dire ou publier quoi que ce soit qui pourrait "encourager des émeutes ou une situation instable".

02:23

L'ONU hausse le ton, la Chine bloque tout consensus

Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a affirmé mercredi qu'il ferait tout ce qui est en son pouvoir "pour mobiliser tous les acteurs-clés et la communauté internationale afin de mettre assez de pression sur la Birmanie pour s'assurer que [le] coup d'État échoue".

Dans un entretien au Washington Post, Antonio Guterres a jugé "absolument inacceptable de changer les résultats des élections et la volonté du peuple", déplorant que le Conseil de sécurité de l'ONU n'ait pu se mettre d'accord sur une déclaration commune, la Chine, principal soutien de la Brimanie, exerçant un droit de veto.

Mercredi, un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères a appelé la communauté internationale à "créer un environnement extérieur sain pour que la Birmanie puisse convenablement régler ses divergences", estimant que toute intervention du Conseil de sécurité devrait "éviter d'exacerber les tensions et de compliquer encore plus la situation", selon l'agence étatique Chine Nouvelle.

Accusations obscures

Le chef de l'armée birmane, Min Aung Hlaing, qui concentre désormais l'essentiel des pouvoirs, a justifié son putsch en évoquant des fraudes massives lors des législatives de novembre remportées massivement par la LND, un scrutin qui s'est pourtant déroulé sans problème majeur, d'après les observateurs internationaux.

Min Aung Hlaing, un paria à l'international depuis la crise des Rohingyas, a aussi renversé la dirigeante par ambition politique personnelle, alors qu'il était proche de la retraite, d'après eux.

La prix Nobel de la paix 1991 a été inculpée pour avoir enfreint une loi birmane sur les importations et les exportations, explique la LND, après que les autorités ont trouvé chez elle des talkies-walkies non enregistrés. 

Une accusation tout aussi obscure a été mise en avant pour l'ex-président Win Myint, poursuivi pour avoir violé une loi sur la gestion des catastrophes du pays en ne respectant pas des mesures anti-coronavirus. 

Avec AFP

Le résumé de la semaineFrance 24 vous propose de revenir sur les actualités qui ont marqué la semaine